Mokapop

mai 20, 2012

Que valent les prêts et bourses?

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 4:23

La source, sans doute, des plus grandes incompréhensions dans cette grève: les étudiant-e-s demandent une baisse des frais de scolarité, et le gouvernement répond par une amélioration des prêts et bourses. Les commentateur-e-s de l’extérieur la qualifient de « très généreuse », et les étudiant-e-s y sont presque unaniment opposés.

Revenus et dépenses

Voyons les tableaux de la Presse (calcul de Luc Godbout, je crois):

Frais de scolarité avant et après la hausse

Le plus que puissent rapporter les prêts et bourses, c’est 7 553 $. En soi, ce n’est pas le Pérou. Regardez les dépenses:

par mois par an
Loyer 400 $ 4 800 $
Chauffage 50 $ 600 $
Internet/Téléphone 40 $ 480 $
Nourriture 200 $ 2 400 $
Université 4 000 $
Livres 500 $
Total 12 780 $

Notez que je n’ai pas mis de frais afférents (100$ à 1200$ selon l’endroit) et qu’il faut bien se vêtir, dormir dans un lit, avoir un ordinateur pour travailler, etc. Notez aussi que les prix supposent que le marché reste le même, ce qui est improbable – le prix de la bouffe, en particulier, augmente beaucoup par les temps qui courent. Donc disons que vous aurez besoin de 14 000$.

Donc il faut d’autre argent. Un emploi d’été peut aller chercher un peu plus de 5 000 $; ajoutez un petit contrat, une petite jobine, et tiguidou.

Mais voilà! Les prêts et bourses sont calculés en fonction du revenu de l’étudiant, donc vous aurez besoin de plus de 7 000 $ en revenu d’emploi pour palier à la baisse des prêts et bourses. Les calculs de l’aide financière aux études sont très mystérieux, mais comme dans tout calcul mystérieux, on en sort généralement assez dépossédé.

Je pense qu’il est possible de s’en sortir en faisant 15h/semaine de travail ou moins, de sorte que le travail n’affecte pas démesurément les études. Cependant, il ne faut pas trop passer de temps au chômage. C’est dire que l’étudiant-e est l’otage de son travail, qui peut ainsi augmenter à souhait ses heures et lui demander de travailler dans les périodes d’examen.

Tout ça vaut pour les enfants dont les parents font 45 000 $ et moins. Jusqu’à 60 000 $, l’AFE donne la même chose, mais moins en bourse et plus en prêt – ces enfants-là vont s’endetter énormément. Après 60 000 $ (la majorité des jeunes), les prêts totalisent 4 678 $ pour un étudiant qui ne travaille pas, de sorte qu’après la réduction dûe au revenu étudiant, la part de l’AFE sera sans doute négligeable. Il est donc très improbable que ces jeunes puissent y arriver en travaillant 15h ou moins.

Évidemment, je ne prend pas en compte la contribution parentale. La loi oblige les parents à contribuer aux études de leurs enfants, et les cours peuvent les obliger à le faire. Mais de facto, cette aide est pratiquement absente, et lorsqu’elle se fait, c’est souvent une contribution en matériel (meubles, ordinateurs, etc.) – choses que je n’ai pas compté dans les dépenses.

Incertitude

Par ailleurs, être dépendant de l’aide financière a ses dangers. Dans les trois dernières années, l’aide financière m’a été coupée deux fois parce que, ayant fait mes choix de cours un peu tard, l’université n’avait pas enregistré mon inscription. Son calcul a fluctué souvent, et la raison n’étant jamais expliquée, je n’ai pas toujours su pourquoi.

L’aide financière compte beaucoup de vérificateurs fort pointilleux. J’ai eu un appel parce que mon revenu anticipé différait de quelques centaines de dollars de mon revenu réel, et on m’a exigé force preuves de ma bonne foi. À la moindre suspicion, l’aide financière vous coupe les vivres.

Comme nous l’ont appris Kahneman et Tversky, les êtres humains n’aiment pas le risque – surtout s’il implique de ne manger que du riz et des fèves pour quelques mois. Donc il n’est pas surprenant que celles et ceux qui planifient d’aller aux études ne comptent pas trop sur l’aide financière lorsque vient le temps du budget. C’est pourquoi le nouveau régime va inévitablement empêcher des milliers d’inscriptions et encourager les étudiant-e-s à allonger leurs diplômes.

Exclusion

Le défaut le plus souvent mentionné de l’aide financière est qu’elle n’aide pas les plus démunis. Martine Desjardins mentionnait récemment qu’il excluait les jeunes mères en ne calculant pas leurs dépenses essentielles. Plus généralement, le calcul en fonction du revenu des parents ne prend pas en compte que les jeunes les plus vulnérables ne sont pas celles et ceux dont les parents sont pauvres, mais celles et ceux dont le milieu familial est malsain.

Les média ont souvent parlé des jeunes adultes comme des « enfants-rois », mais pour faire des enfants-rois, il faut des parents-gâteaux – faire plaisir à son enfant est avant tout une indulgence et un plaisir qu’on se fait à soi-même. L’hédonisme de ces générations continue lorsque leurs enfants atteignent l’âge adulte, alors qu’ils sont volontiers prêts à offrir un gadget électronique, mais rarement à contribuer aux frais de scolarité.

Il est difficile de vivre avec un parent-gâteau, comme en témoigne le taux de divorce (un mariage sur deux se termine en divorce). Mais on oublie souvent que les relations ne sont pas seulement tendues dans le couple, mais aussi souvent avec les enfants. Face à une mésentente avec leurs parents ou suite à une rupture, beaucoup de jeunes sont pour ainsi dire laissés à eux-mêmes, et sont privés de support à un moment où ils en ont beaucoup besoin. Ce genre de situation est fréquent, et les victimes sont plus dépourvues que les enfants de parents pauvres qui peuvent compter sur l’aide de ces derniers.

L’aide financière considère néanmoins ces quasi-orphelins comme des privilégiés si leurs parents gagne plus de 60 000 $. Lorsque ces jeunes ont une autre contrainte – par exemple, un handicap, une maladie chronique ou un enfant – la porte de l’université leur est pratiquement fermée.

Bref

Parce qu’elle baisse avec l’augmentation du revenu, l’augmentation de l’aide financière est insuffisante même pour les plus pauvres. Par ailleurs, les étudiants ne peuvent vraiment compter sur elle parce qu’elle n’est jamais vraiment garantie. Mais surtout, elle n’aide aucunement les enfants que leurs parents ont laissé à eux-mêmes, un groupe fort nombreux qui sont les jeunes les plus défavorisés en terme d’accès aux études.

Les étudiants vont continuer d’y résister, et les québécois auraient intérêt à tenter de comprendre les raisons qui sous-tendent leur méfiance.

MISE À JOUR

J’ai décidé de m’inscrire pour l’AFE, pour profiter sa nouvelle « générosité ». Le calculateur de l’AFE me donnait ~10 000 $, avec ~6 000 $ de bourse (chiffres de mémoire). Le résultat: j’obtient 5000$, dont 200$ de bourse! Et comme le calcul est caché, difficile de demander des explications.

Un commentaire »

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    Commentaire par leonmelton87272 — avril 8, 2016 @ 1:22


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