Mokapop

novembre 12, 2008

Le « On » québécois

Filed under: Cultures, Philosophie — mokawi @ 3:42

Il y quelques jours que s’est close au musée canadien de la guerre l’exposition « Médecine mortelle », qui porte sur la médecine eugéniste nazi, mais ce soir, dans le bus, il y avait encore des pancartes pour l’annoncer. Pour vendre sa salade, le musée a choisi des citations de médecins et d’officiels nazis, et lettres sobres sur fond blanc. Les citations ne sont pas très impressionantes: on sent la lourdeur de la bureaucratie. Par exemple:

One was purified because one was considered inferior.

« Fut purifié celui qui est considéré inférieur ». Mais la raison pourquoi j’ai donné la version anglaise (parce que vous vous doutez bien que le français était tout juste à côté), c’est le « one », qui se traduit certainement en allemand par « mann ».

Ça m’a rappelé mes cours d’existentialisme, que j’ai suivi en anglais. Le prof, un francophile, traduisait le « das Mann » d’Heidegger par « the they », mais donnait aussi sa traduction française—« le on »—qu’il jugeait beaucoup plus juste. De fait, il y a deux choses dans le « das Mann » heideggerien: d’une part, « das Mann » est proche de je et lui appartient presque, parce qu’il est une convenance que je doit intégrer dans sa vie; d’autre part « das Manna » est loin de je parce je n’est pas imputable pour les jugements de « das Mann ». On peut donc dire que le sens de « das Mann » est double: une appartenance à soi et une altérité.

Le « they » anglais a donc ceci de mauvais qu’il traduit très mal l’aspect « appartenance » du concept, ce que le « on » français traduit beaucoup mieux. Qu’en est-il cependant du « on » québécois? Car bien qu’on le remarque peu, l’usage du « on » est très différent de ce côté-ci de l’Atlantique. À l’oral, il a complètement remplacé la première personne du pluriel!

Étant devenu un pronom de la première personne, le « on » d’ici n’est donc plus approprié pour traduire le « on » heideggerien. Et à vrai dire, l’absence du « on » heideggerien dans le langage d’ici traduit peut-être quelque chose de concret: les québécois s’approprie très intemement le « on ». Au Québec, « on » pense comme « je »; et autant « je » que « nous » sont imputables de « on ».

La cause et la conséquence de ceci, c’est que le « on » québecois est un peu la famille de pensée qu’on choisit: par exemple, ceux qui méprisent la politique étrangère de George W. Bush. Bizarrement, tous ne réalisent pas que ce choix par eux et leur entourage n’est pas le choix de tout le reste de l’univers, ce qui amène des situations cocasses, et parfois même de l’exclusion. Mais il faut avouer que cette bizarrerie résulte d’un paradoxe inhérent au « on » approprié par je: on ne peut accorder a priori les choix de l’individu et les choix d’une collectivité.

Par ailleurs, cette appropriation du « on » rend les québecois assez susceptibles lorsqu’on critique leur nation, et ce parce qu’ils ont à y répondre personellement; et bien que, tout le monde étant imputable, les examens de conscience collectifs soient ici monnaie courante, ils ne se conduisent pas toujours avec le détachement nécessaire à l’analyse scientifique.

Bref, je n’ai jamais trop compris pourquoi les médias ont fait tout un plat de ce fameux « nous » québecois: le « on » est beaucoup plus représentatif du Québec et beaucoup plus intéressant. Il représente bien le côté entier et un peu naïf de l’ethos québécois. Et, à tout prendre, je l’aime bien, ce « on » paradoxal.

mars 10, 2008

Salaires: l’écart entre hommes et femmes s’accentue

Filed under: Cultures, Philosophie — mokawi @ 3:56

Malgré les efforts soutenus de millions d’individus, de milliers d’ONG et de très nombreuses autres institutions, malgré le fait que les femmes sont maintenant plus instruites que les hommes, malgré le fait que les femmes font davantage passer leur carrière avant leur famille, et donc, à l’encontre de toute logique, l’écart salarial entre les deux sexes se creuse.

En ce lendemain du jour de la femme, on ne peut que se sentir impuissants devant de tels résultats. Il est difficile de penser à un enjeux de société qui a connu une attention aussi constante dans les dernières décennies (à part évidemment la fameuse « question nationale » pour les canadiens et surtout les québecois). Autant dire qu’il s’agit d’un échec retentissant.

Pourtant, on sait tous que la chose aura très peu de répercussion dans les médias, au près de la population et même dans les efforts des activistes qui veulent améliorer le sort des femmes. La cause n’est pas le manque d’intérêt de la population—après tout, on est tous homme ou femme, et donc on est tous concernés—mais un puissant mélange d’impuissance, de bonne volonté et de mauvaise rhétorique. Impuissance, car personne ne sait trop comment réagir, personne ne connaît de solution. La bonne volonté, parce que nous craignons que de trop publiciser cet échec spectaculaire ne vienne compromettre les efforts de ceux qui promeuvent des meilleurs pratiques en matière d’embauche.

La mauvaise rhétorique, c’est l’ensemble du soi-disant message féministe tel qu’il nous parvient à nous, humble public, et qui nous encourage à garder un peu stupidement le cap.

Prenons, pour fins de comparaisons, la rhétorique d’Aristote, qui est toujours un canon actuel, même si ce n’est qu’un canon parmi d’autres. En gros, Aristote préconise une forme de dialogue qui s’étend à toute la cité. Pour convaincre quelqu’un de quelque chose, vous prenez des valeurs communes, vous ajoutez des faits et circonstances connues de tous, et vous dérivez des conclusions. Si vous voulez convaincre les gens de délaisser une idée, vous devez les convaincre que la déduction qui amène à la conclusion est invalide, ou qu’une ou plusieurs des prémisses sont invalides.

Par opposition, le soi-disant message féministe (c’est-à-dire ce que les médias nous présentent souvent comme tel) ne considère jamais son auditoire comme autre chose qu’un enjeux et un objet. Comme personne ne nie le bien-fondé du projet d’amener la femme à égalité avec l’homme, mais que des indicateurs indiquent encore une grande iniquité, alors c’est que le problème est dans l’inconscient, collectif et individuel. Donc c’est à une élite éclairée de nous guider vers une pensée véritablement égalitaire. Nous en revanche, le public, nous sommes des brebis malades qui désirons la rédemption et ne savons pas comment y parvenir. En cet état, notre discours est douteux, à peine digne d’oreille, car avoir grandi submergé dans la pensée patriarcale nous empêche de penser le féminisme convenablement.

Mais n’avons-nous pas grandi dans la pensée patriarcale? Y a-t-il quelqu’un d’assez pur pour y avoir échappé? Certes non, mais en y mettant beaucoup de persévérance et de ténacité, certains révolutionnaires peuvent aspirer à la pureté après avoir analysé chacun de ses gestes, chacunes de ses pensées pour les soustraire à l’influence du vilain. Donc celles et ceux qui sont aptes à nous éclairer sont des fanatiques, et comme tout fanatique, ils sont aussi orthodoxe. C’est pourquoi ce discours ne semble pas s’être renouvellé depuis la révolution tranquille.

Je ne sais pas exactement la cause du recul, mais je sais une chose: un discours qui objectifie son public—et surtout les femmes, puisqu’elles ont été plus touchées que les hommes par les nouvelles normes sociales et qu’elles sont devenu l’auditoire-cible de ce discours—et qui ne se renouvelle pas est certain de s’essouffler. Même lorsqu’une écrasante majorité supporte ses idéaux fondamentaux.

février 23, 2008

Profession: infirmier/infirmière

Filed under: Diversions, Philosophie — mokawi @ 9:40

Une vieille sagesse dit: « Les filles en sciences infirmières, c’est comme les gars en technique policière ». Et de fait, on y trouve toujours des gens prêts à aider, mais un peu moins doués pour l’école. Mon coloc a eu le plaisir de corriger les copies d’un cours d’éthique biomédicale à l’intention de futurs infirmiers et infirmières. Et force est de constater que bon nombre ne pourrait tout simplement pas faire carrière en philo. Lorsqu’il est devenu évident qu’il y avait du potentiel pour un top 5, je lui ai demandé de me copier des extraits…

10e position:

Le médecin doit savoir quel traitement est bon pour le patient même lorsque le patient exige un traitement particulier car ses amis lui ont dit qu’il était bon ou parce qu’il l’a lu sur internet.

Ici, ce n’est pas vraiment l’élève qui est comique, mais la réalité de la médecine. Faites confiance à votre médecin, il en sait plus que vous.

9e position:

Le diagnostic prénatal est lorsque la femme subis un échographie […] ceci est une forme d’eugénisme parce qu’il démontre vraiment le questionnement sur ce qui est correcte et pas correcte.

La preuve que les femmes enceintes pensent avec leur utérus.

8e position:

Selon Emmanuel Kant, la bonne volonté est la seule chose qui peut être morale car les gens disent toutes la vérité et font ce qui est bien.

Kant était quelqu’un d’une grande profondeur.

7e position:

L’eugénisme négatif sert à se débarasser des gens « malfaites » tandis que l’eugénisme positif sert à reproduire les gens « parfaites ».

J’aimerais bien ça, être « parfaite »!

6e position:

Le principe moral dans l’éthique utilitariste, est très utile dans l’éthique utilitariste parce que les individus l’utilise dans la vie de tous les jours. On prend les décisions différentes dans la vie, et ceci se passe tous les jour, et la morale nous montre ce qu’on doit faire, sans la morale, on aurait pas la force de décider dans la vie.

Bref, pour ceux qui l’ont pas compris: l’éthique utilitariste, c’est la morale qui est utile dans la vie de tous les jours.

5e position:

Le diagnostic prénatal est l’ensemble des actes qui nous aide à prédire l’état de nous de la naissance jusqu’à la mort.

Wow. Faque Jojo Savard, c’est un médecin?

4e position:

L’éthique clinique consiste à adopte les comportements, les altitudes quand on se trouve au cheveux de malade.

Parce que, comme chacun le sait, les cheveux, c’est vraiment très, très haut.

3e position:

[Le diagnostic prénatal] c’est lorsqu’on se demande si « l’enfant » (le foetus) est « en vie » lorsqu’il est dans le ventre de la mère. Donc l’avortement c’est-tu tuer quelqu’un (meurtre) ou non (c’est tu correcte)?

Un examen, c’est quand le prof te pose des questions à toi, pas le contraire!

2e position:

Le diagnostic prénatal est un acte diagnostique qui a aidé à déterminer s’il y a des malfaisances chez le foetus. Il peut constituer une forme d’euginisme car s’il y a une malfaisance, les gens peuvent vouloir s’en débarrasser.

Darth Foetus, prend garde à toi!

1ère position:

Question: Qu’est-ce que le relativisme éthique

Cette pratique est basée plus sur la société. Le philosophe de cette théorie dir que si la société approuve que quelque chose mauvaise le philosophe approuve si la société dit que de sa prouve le philosophe de sa prouve aussi, mais si le philosophe prend une part contraire a celle de la société alors il est dans l’erreur.

Espère que tes correcteurs feront preuve de beaucoup de relativisme, l’ami!!!

février 12, 2008

Xavier — L’interprétation

Filed under: Philosophie, psychologie — mokawi @ 10:52

Bon, alors je vous ai parlé de Xavier et de son camp d’hiver scout dans les derniers posts.

Comme Don Quichote, Xavier interprète le monde selon un récit a priori. Il est la victime des autres, et rien d’autre. C’est ce qui lui donne le droit d’être méchant à souhait envers eux. C’est aussi ce qui lui permet d’interpréter la moindre peccadille comme une injure et une malice à son endroit. C’est enfin ce qui lui permet de vivre en retrait, de choisir quelles activités il veut faire avec le groupe sans s’occuper du tord que son absence pourrait faire.

Qu’y a-t-il de particulier dans le récit de Xavier? On sent qu’il est beaucoup plus « récit » que le récit de Gertrude, par exemple. Il y a dans ce récit un début (le nid douillet, l’amour inconditionnel de la mère), un noeud (la confrontation avec l’autre), des épreuves, une conclusion où on apprend que le héros doit soit vaincre les autres soit être vaincu lui-même, certes dans la souffrance, mais dans l’honneur. Et il y a un héros, bien évidemment. Le récit de Xavier, comme le récit de Don Quichote, pourrait se retrouver dans un roman; pas les récits de George ou de Gertrude.

Évidemment, il est particulièrement malsain qu’un récit initial possède une fin et qu’il prenne la confrontation comme a priori. La méthode d’interprétation du monde, qui est de trouver les preuves que le récit est vrai dans les similitudes entre le récit et l’expérience, est aussi dangereuse: le jeu de la ressemblance entre le récit et le monde limite le monde au récit.

Mais surtout il possède un héros. C’est un problème pragmatique: le héros ayant un statut éthique spécial, il a différends droits et devoirs que les autres. C’est un peu le genre d’éthique qu’on retrouvait au troisième Reich (sauf que là le « je » est une nation) et chez le héros de Crime et châtiment de Dostoievsky. Le héros pose problème car, à la limite, il est possible de coller un récit au monde, de chercher les ressemblances entre les deux et de rester fonctionnel, mais lorsque le récit implique un héros, la mécanique du récit s’expose à être contrée par les faits. Et lorsque le monde refuse au héros son statut éthique, lorsque le héros faillit à sa destinée, le récit s’effondre, souvent dans des circonstances tragiques.

février 11, 2008

Xavier

Filed under: Philosophie, psychologie — mokawi @ 9:39

Xavier n’a quand même pas eu une si mauvaise fin de semaine. Après notre chicane, Xavier a cherché mon attention et celle de Kaa (l’animateur qui est parvenu à le faire rentrer). Personnellement, j’étais encore fâché, donc je suis resté assez froid. Il a fallu le pousser sans cesse pour qu’il travaille à la vaisselle, mais il en a fait un peu (mais moins que tous les autres). Lorsqu’on a demandé aux sizeniers (les plus vieux qui font office de leaders) s’ils avaient des problèmes, il a fallu mentionner son nom, parce que son manque de participation leur posait moins de problèmes que les frasques des plus énervés. Évidemment, il n’a pas abandonné le langage violent, et il l’attribue sans cesse aux autres.
À un moment, il a insisté pour quitter la partie de
cache-cache l’esprit (cachette nocturne) et est entré dans le chalet alors qu’il n’y avait que moi. Il m’a demandé à jouer avec lui, ce que j’ai refusé catégoriquement.
– Pourquoi?
– Tu as choisi de ne pas jouer, alors tu ne joues pas. Si tu veux jouer, tu dois jouer avec les autres.
– Oui, mais c’est pas que je n’aime pas le jeu, mais c’est que je n’ai pas envie de jouer
en ce moment.
Je suis resté surpris, mais pas trop. Ce n’est pas le jeu ni les autres, mais c’était simplement qu’il n’avait pas envie
en ce moment.
– Rien à faire. Imagine ce que ça serait si tout le monde faisait comme toi! Dans la plupart des jeux, la plupart voudrait jouer à autre chose, ou n’ont pas nécessairement envie, mais ils savent qu’on va jouer à leur jeu à un autre moment. Alors ils jouent pour les autres, en attendant que les autres jouent pour eux.
Finalement, sa maman, qui est venu avec nous pour s’occuper de la bouffe, est arrivé et a cajolé son Xavier, et a joué avec lui.
À la fin du camp, il a affirmé, comme tout le monde (mais avec un langage plus ordurier, fait pour scandaliser) qu’il avait aimé le camp, mais pas le chocolat chaud du deuxième soir, qui était effectivement raté.

Moi vs tout le reste

Filed under: Philosophie, psychologie — mokawi @ 7:29

On descend de l’autobus, et tous les jeunes se mettent au travail. Tous ces
jeunes-là viennent des cartiers de bungalows de Hull. Ils habitent des grosses
maisons unifamiliales dont le ménage est fait par des bonnes portugaises ou
latino-américaines, et dont la vaisselle est faite par des machines
encastrées, mais ils sont disciplinés. Ils font très vite une ligne pour envoyer les
bagages dans le gymnase. Moi-même, je m’affaire aux détails essentiels qu’ils
sont incapables de voir, que la règle ignore. Puis je vois un petit bonhomme
en train de fesser sur le banc de neige à l’écart: comme de raison, c’est
Xavier (nom fictif).

– Qu’est-ce qu’il y a Xavier? Pourquoi tu aides pas les autres?
– Ils sont pas gentils avec moi.

Bon, ça y est. Il maugrée quelques insultes dont je ne capte que la violence.
Il frappe encore plus fort sur le banc de neige, et il évite mon
regard.

– Qu’est-ce qu’ils ont fait?
– Je voulais emmener mon sac moi-même, et ils voulaient pas.

Je l’ignore alors, mais la consigne, c’est qu’on empêche nos louveteaux, qui
sont très individualistes, de porter leur propre sac.

– Est-ce que tu leur as dit que tu voulais le porter toi-même?
– Non, mais ils l’ont pris et l’ont emmené. La gang de maudit, je vais prendre
un fusil, pis je vais tous les tuer.
– Ça risque pas de régler ton problème. Viens plutôt nous aider à ranger.
– J’m’en va les tuer, ils vont voir ça.
– Ou alors tu pourrais ranger les sacs avec nous. Messembe que ça sonne plus
efficace pour avoir du respect, non?
– Ostie! Laisse-moi tranquille! J’va les tuer, ok? Je veux réfléchir tout
seul, laisse-moi.
– Xavier, ça te donne quoi de dire des choses de même? Si tu veux tuer tout le
monde, tu vas te rammasser tout seul, pis avant ça, y’en a unqui va te
rammasser.
– Je m’en fous, je vais me tuer moi-même avant ça. Pis laisse-moi tranquille,
je veux réfléchir.

– Pensée très constructive, je vois. Et là tu te demandes pourquoi les autres
sont pas gentils envers toi. Peut-être que si tu étais gentil et que tu les
aidais ça marcherais.
– Je m’en fous.
– De toute façon, le camp commence, je ne veux pas t’entendre menacer les
autres, ok? De toute façon, si tu fais ça, t’es faite. Tu vas te faire
détester.
– Y vont tous mourir la gang de maudits.

On « discute » depuis bientôt dix minutes, et tout le monde est
rentré.

– Écoute, faut rentrer. T’as deux choix dans la vie: soit tu vis avec le
groupe, soit tu vis tout seul contre tout le monde. Ici, dans les scouts,
faut que tu vives avec le groupe. Soit tu aides les autres et tu les
respectes, soit tu te fais un ennemi de tout le monde et tu es malheureux.
C’est un choix facile, messembe. Mais si tu fais le mauvais, tu vas payer le
prix, pis pas juste dans les scouts.
– Non, je veux pas rentrer. Laisse-moi tranquille, je veux être tout seul.
– Tu vas pas faire le mauvais choix?
– J’m’en fous. Je vais prendre une mitraillette pis je vais tout détruire.
– On rentre. Viens.
– Ben attrappe-moi alors. Force-moi.
– Non, je veux que tu viennes. T’as des jambes pour marcher.
– Si je rentres, je vais me faire chicaner.
– QUOI? Alors il faut que je me fâche pour que tu rentres. Faut pas me le dire
deux fois!

Et là je ne me souviens pas très bien de la teneur de mon discours, mais je
lui fais sentir profondément comment je le trouve cheap, avant de rentrer
bredouille et de réclamer l’aide d’un autre animateur.

Il réussit là où j’ai échoué. Je lui demande comment il a fait:

– Je ne sais pas… Je l’ai bien chicané, et il a fini par céder.
– Je ne sais vraiment pas comment m’y prendre avec ce jeune-là.

Je voudrais ajouter: « Il est tellement nihiliste. »

– Moi non plus honnêtement.

février 5, 2008

Le pari

Filed under: Philosophie — mokawi @ 6:37

L'être n'est pas vraiment un secret. À la limite, c'est un sujet de
dissertations un peu trop intense. Mais on oublie que c'est avant tout
une question pratique.
Bon, avant d'aller plus loin, je crois que personne ne sait trop ce
qu'est, être. Et pour cause: être, ça ne se dit pas, ça se vit. Mais si
ça se disait, ça se situerait probablement à un moment initial, dont la
forme ressemblerait à ça:

“When Heracles was passing from boyhood
to youth's estate, wherein the young, now becoming their own masters,
show whether they will approach life by the path of virtue or the path
of vice, he went out into a quiet place, [22] and sat pondering which
road to take. And there appeared two women of great stature making
towards him. The one was fair to see and of high bearing; and her limbs
were adorned with purity, her eyes with modesty; sober was her figure,
and her robe was white. The other was plump and soft, with high
feeding. Her face was made up to heighten its natural white and pink,
her figure to exaggerate her height. Open-eyed was she; and dressed so
as to disclose all her charms. Now she eyed herself; anon looked
whether any noticed her; and often stole a glance at her own shadow.
[23]
“When they drew nigh to Heracles, the first pursued the even tenor of
her way: but the other, all eager to outdo her, ran to meet him,
crying: ‘Heracles, I see that you are in doubt which path to take
towards life. Make me your friend; follow me, and I will lead you along
the pleasantest and easiest road. You shall taste all the sweets of
life; and hardship you shall never know. [24] First, of wars and
worries you shall not think, but shall ever be considering what choice
food or drink you can find, what sight or sound will delight you, what
touch or perfume; what tender love can give you most joy, what bed the
softest slumbers; and how to come by all these pleasures with least
trouble. [25] And should there arise misgiving that lack of means may
stint your enjoyments, never fear that I may lead you into winning them
by toil and anguish of body and soul. Nay; you shall have the fruits of
others' toil, and refrain from nothing that can bring you gain. For to
my companions I give authority to pluck advantage where they will.’
[26] “Now when Heracles heard this, he asked, ‘Lady, pray what is your name?’
“‘My friends call me Happiness,’ she said, ‘but among those that hate me I am nicknamed Vice.’
[27]
“Meantime the other had drawn near, and she said: ‘I, too, am come to
you, Heracles: I know your parents and I have taken note of your
character during the time of your education. Therefore I hope that, if
you take the road that leads to me, you will turn out a right good doer
of high and noble deeds, and I shall be yet more highly honoured and
more illustrious for the blessings I bestow. But I will not deceive you
by a pleasant prelude: I will rather tell you truly the things that
are, as the gods have ordained them. [28] For of all things good and
fair, the gods give nothing to man without toil and effort. If you want
the favour of the gods, you must worship the gods: if you desire the
love of friends, you must do good to your friends: if you covet honour
from a city, you must aid that city: if you are fain to win the
admiration of all Hellas for virtue, you must strive to do good to
Hellas: if you want land to yield you fruits in abundance, you must
cultivate that land: if you are resolved to get wealth from flocks, you
must care for those flocks: if you essay to grow great through war and
want power to liberate your friends and subdue your foes, you must
learn the arts of war from those who know them and must practise their
right use: and if you want your body to be strong, you must accustom
your body to be the servant of your mind, and train it with toil and
sweat.’
[29] “And Vice, as Prodicus tells, answered and
said: ‘Heracles, mark you how hard and long is that road to joy, of
which this woman tells? but I will lead you by a short and easy road to
happiness.’
“And Virtue said: [30] ‘What good thing is
thine, poor wretch, or what pleasant thing dost thou know, if thou wilt
do nought to win them? Thou dost not even tarry for the desire of
pleasant things, but fillest thyself with all things before thou
desirest them, eating before thou art hungry, drinking before thou art
thirsty, getting thee cooks, to give zest to eating, buying thee costly
wines and running to and fro in search of snow in summer, to give zest
to drinking; to soothe thy slumbers it is not enough for thee to buy
soft coverlets, but thou must have frames for thy beds. For not toil,
but the tedium of having nothing to do, makes thee long for sleep. Thou
dost rouse lust by many a trick, when there is no need, using men as
women: thus thou trainest thy friends, waxing wanton by night,
consuming in sleep the best hours of day. [31] Immortal art thou, yet
the outcast of the gods, the scorn of good men. Praise, sweetest of all
things to hear, thou hearest not: the sweetest of all sights thou
beholdest not, for never yet hast thou beheld a good work wrought by
thyself. Who will believe what thou dost say? who will grant what thou
dost ask? Or what sane man will dare join thy throng? While thy
votaries are young their bodies are weak, when they wax old, their
souls are without sense; idle and sleek they thrive in youth, withered
and weary they journey through old age, and their past deeds bring them
shame, their present deeds distress. Pleasure they ran through in their
youth: hardship they laid up for their old age. [32] But I company with
gods and good men, and no fair deed of god or man is done without my
aid. I am first in honour (τιμῶμαι δὲ μάλιστα) among the gods and among
men that are akin to me: to craftsmen a beloved fellow-worker, to
masters a faithful guardian of the house, to servants a kindly
protector: good helpmate in the toils of peace, staunch ally in the
deeds of war, best partner in friendship. [33] To my friends meat and
drink bring sweet and simple enjoyment: for they wait till they crave
them. And a sweeter sleep falls on them than on idle folk: they are not
vexed at awaking from it, nor for its sake do they neglect to do their
duties. The young rejoice to win the praise of the old; the elders are
glad to be honoured by the young; with joy they recall their deeds
past, and their present well-doing is joy to them, for through me they
are dear to the gods, lovely to friends, precious to their native land.
And when comes the appointed end, they lie not forgotten and
dishonoured, but live on, sung and remembered for all time. O Heracles,
thou son of goodly parents, if thou wilt labour earnestly on this wise,
thou mayest have for thine own the most blessed happiness.’
[34]
“Such, in outline, is Prodicus' story of the training of Heracles by
Virtue; only he has clothed the thoughts in even finer phrases than I
have done now. But anyhow, Aristippus, it were well that you should
think on these things and try to show some regard for the life that
lies before you.”
– Xénophon, Les Mémorables, I, trad. William Heinemann

La fable de Prodicos parle d'un pari initial: celui de la vertu. Il y a
un autre pari que nous faisons un peu avant toute chose, même si nous
le renouvelons sans cesse durant notre existence (à moins que notre
religion ne nous l'interdise): c'est le pari de vivre, d'exister. À
chaque fois que les vicissitudes de la vie nous rendent l'existence
exécrable, nous réalisons que nous sommes sans cesse à la croisée de
deux chemins, l'un où nous continuons de vivre, l'autre où nous
sombrons dans l'Hadès. Lorsque nous somme poussés à cette extrémité,
nous sommes forcés de renouveler notre alliance avec la vie, et ce sont
les termes de cette alliance qui sont le fondement de notre action. Et
les termes de cette alliance, c'est une définition de l'être.
La mort est une perte: c'est d'ailleurs pourquoi nous sommes
pratiquement forcés de la refuser à chaque fois que la question se
pose. Mais qui saurait dire exactement ce qu'il perd, sinon en parlant
des choses que contient la vie? Ce n'est pas les femmes, le vin et le
ciel que nous perdons, puisque des gens choisissent de vivre en étant
malades, aveugles et confinés à leur chambre. Et si c'est certes vrai
que perdre la vie nous fait perdre tout ce que la vie pourrait nous
amener, c'est sans doute davantage la perte de la vie elle-même qui
nous émeut. Il y a quelque chose qui meurt avec la mort qui n'est pas
vraiment nous, ni vraiment le monde, ni vraiment quelque chose de
spécifique, mais qui est « tout ça » ensemble et à la fois.
« Tout ça », c'est parfois je + le monde. Ou alors je dans le monde. Ou
même le monde dans je. « Tout ça », c'est un récit que nous nous
faisons de nous-même et de la vie qui doit définir, en gros ce que nous
perdrons le jour où nous mourrons. Par exemple:

George: « Le monde est un
engourdissement du feu divin »: ici, le monde, c'est nous, c'est je. Le
feu divin, c'est ce qui nous contient. La mort peut être interprétée
comme la perte du feu vital et le retour au néant froid, ou au
contraire le retour au feu divin. Dans un cas comme dans l'autre,
accepter la vie, c'est accepter le feu (incomplet) de Dieu. Vivre,
c'est donc lire en soi ce qui relève de la volonté et du feu divin, et
suivre ces repères-là.

Ou plus simplement:

Gertrude: « Le monde est tel que le
décrit la physique. L'homme n'est rien d'autre que le produit d'un
mécanisme biologique très complexe. »: Deux choses: primo, l'homme est
un résultat, non un moyen vers une perfection voulue par Dieu, de sorte
qu'il a son destin en main, de même que le choix de ce qu'il veut être
dans le futur. Secundo, s'il accepte la vie, l'homme peut être tenté de
consolider et aider ces mécanismes qui la soutiennent, en lui pour
avoir une meilleure santé, et en dehors de lui pour produire des
conditions propices au genre de vie dont il est issu (e.g.
biodiversité).

Ces récits initiaux comportent des indications très générale pour se
faire une idée de son environnement, pour établir des croyances et pour
donner une direction à ses action. Il est strictement impossible et
certainement pas souhaitable que toute une humanité partage le même
récit initial. Ce récit, chose la plus intime que nous possédions, est
le trésor caché qui est le véritable fondement de la dignité humaine,
le véritable enjeux du désir amoureux et le principe de
l'individualité. Il est fait pour nous garder en vie, pour nous faire
choisir la vie à chaque fois que nous nous posons la question, pour
donner un principe à toute activité de l'individu. Son pouvoir est
immense.
Mais il en va de même de sa fragilité. D'une certaine façon, il doit être vrai a priori,
avant toute expérience, car il nous dit comment l'expérience se
présente à nous et comment elle vient à exister, de sorte que rien, ou
presque, dans notre expérience ne devrait ébranler ce récit, mais en
même temps, nous nous inspirons de l'expérience pour le créer. En fait,
nous raffinons le récit selon un mélange de critères esthétiques et de
critères pratiques afin de créer un récit d'une vie que nous pouvons
vivre et que nous voulons vivre, de sorte que nous nous inspirons de
notre expérience pour façonner le récit de façon avantageuse. Par
ailleurs, comme il se place avant l'expérience dans l'ordre des
preuves, il n'est pas strictement possible de l'appuyer de preuves.
C'est pourquoi à chaque fois que, confrontés à la mort, nous sommes
forcés d'affirmer un récit, nous faisons en fait un pari: nous parions
sur une vision du monde en sachant que si nous nous trompons, nous
aurons travaillé en pure perte.

novembre 27, 2007

Exemple de morale bien enseignée

Filed under: Éthique — mokawi @ 10:40

Il y a quelques temps, j’ai promis que je ferais quelques articles de morale. Je dois
avouer que tout convaincu que j’étais de l’utilité et de la nécessité de faire de la
morale, j’ai quand même été présenté récemment devant une preuve supplémentaire qui vaut
la peine d’être mentionnée.

Je suis animateur scout, comme certains le savent déjà, et je pratique désormais ce
merveilleux hobby avec la 7e meute de St-Raymond, à Hull. La 7e
meute est une meute assez particulière, puisqu’elle a le même animateur responsable
depuis environ 15 an. C’est une meute dont l’organisation est très bien rodée, et qui
fonctionne à merveille, ce qui donne le loisir à notre chef scout d’y faire certaines
expériences pédagogiques. Depuis quelques temps, il a décidé de se pencher, avec les
jeunes, sur un proverbe par semaine. Le succès immédiat est appréciable: tous
s’empressent de lever leur main pour donner une explication. Mais ce qui est intéressant,
c’est de voir qu’ils utilisent les sagesses apprises en groupe avec leurs parents: en
effet, ils sont nombreux à affirmer avoir été repris par leur enfant.

Est-ce que cette sagesse du verbe va passer aussi dans les actes? Les enfants
réalisent le pouvoir de la sagesse lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils peuvent changer le
comportement de leurs parents avec elle. Mais ils ne peuvent manquer de réaliser que ce
pouvoir n’est présent qu’à la seule condition qu’ils suivent aussi cette sagesse.

Je ne ferai néanmoins pas ici comme mon maître. Pourquoi? Les proverbes peuvent s’interpréter de plusieurs façons. Par exemple, « Le mieux est l’ennemi du bien ». Ici, on peut voir la sagesse anti-utopiste qui propose d’améliorer humblement le quotidien plutôt que de tout réformer de fond en comble, parce que les implications d’une grande réforme sont toujours largement insoupçonnés. Mais on peut penser, au contraire, que les petites améliorations sont ennemies du bien véritable, puisqu’elles minent la vision originale du système. Il y a une sagesse dans ces deux interprétations, mais elles semblent en contradiction lorsqu’on les tire du même proverbe.

La réponse à ce problème en particulier, ce serait de prendre ces deux sagesses et de les balancer pour en arriver à un juste milieu: améliorer avec vision, et réformer lorsque les implications sont largement connues, ou lorsque le pari en vaut la peine. Pour bien représenter le problème, il faudra donc que je montre, sur un sujet, non seulement la sagesse elle-même, mais aussi les autres sagesses qui s’y opposent parfois, ou qui lui donnent des nuances.

octobre 20, 2007

Le besoin de morale

Filed under: Éthique, Philosophie, Uncategorized — mokawi @ 5:23

La morale est une bâtarde parmi les sciences de l’homme. On la méprisait déjà à l’époque classique pour son côté rébarbatif, arrogant et ennuyeux, mais on n’en respectait pas moins ceux qui la maniaient avec brio. Mais le XIXe siècle l’a rendu si odieuse qu’elle est passé des mains des hommes de lettre à celles, bien moins fines, de dirigeants, médecins, scientifiques et communicateurs dans une forme d’organisation complexe, où chacun se charge en tout cas de laisser le fardeau et la responsabilité de définir notre modèle de l’individu vertueux au prochain, ou mieux, au « système ».

La raison de ce changement est probablement liée un peu à l’avènement de l’histoire dans la pensée occidentale. Chez Aristote, même si le modèles politiques étaient multiples et changeants, ils évoluaient vers un idéal, la polis, qui répondait mieux que tout autre à la réalité humaine et qui permettait à l’homme d’atteindre son plein potentiel. Comme la vertu de l’homme correspondait à son environnement politique, elle finissait, elle aussi, par se stabiliser dans le personnage du phronimos, le vertueux par excellence de la polis. Même si la polis n’était même plus une possibilité au XVIIe siècle, l’horizon divin donnait à la vertu une stabilité qui validait encore une méthode d’observation, telle que l’avaient pratiqué les anciens.

En revanche, lorsque la science se renverse et que sa validité retombe sur la théorie du sujet, la société devient œuvre des hommes jusque dans son modèle. La vertu de l’homme repose donc toujours sur le modèle politique, mais celui-ci tend à vouloir appartenir à l’individu. Les modèles se multiplient, et il devient plus difficile de les disqualifier puisqu’ils sont relatifs à leur idéal politique.

On doit donc retourner aux racines pour justifier l’éthique. Plutôt que de se pencher sur les moeurs ou même sur les actes concrètement, on tente d’isoler les conditions de l’action. Or, au XXe siècle, les plus grands penseurs, Heidegger et Wittgenstein, se trouvent incapables même de penser l’éthique, et non sans tord: le « ought » ne se déduit pas de l’être sans une certaine dose de mauvaise foi. Bref, toute l’éthique en vient à être absorbé à combler l’espace qui les sépare.

Les résultats sont quand même là: relativement à certains objectifs (la vie, la liberté d’action, l’expression et le dialogue, etc.) ils arrivent à prôner des attitudes et des habitudes. Mais l’âme humaine reste résolument hors de leur domaine.

Parallèlement, l’observation des moeurs a subsisté, mais pour continuer de prétendre à la scientificité, elle a dû abandonner le jugement moral, puisque l’idéal vers lequel elle tendait était devenu subjectif. Même si des psychologues, individuellement, se sont parfois retrouvé éthiciens et vice-versa, l’un et l’autre s’emboîte très mal, puisque la psychologie a besoin pour la pratique d’un fondement moral stable, ce que des éthiciens pouvaient fournir individuellement, mais pas en groupe. La philosophie est de ces disciplines qui ne se font qu’en solitaire, alors que la psychologie ne peut être qu’un travail de collaboration.

La psychologie s’est trouvé à devoir appliquer un ensemble assez chaotique de valeurs qui ne retrouvaient d’ordre que sous la plume de philosophes individuels: il a semblé plus prudent d’être conservateur et de ne pas choisir d’objectif en particulier, mais de donner les outils pour permettre à l’individu de les atteindre tous, pour autant qu’il en choisisse un. Peut-être la psychologie a-t-elle pernicieusement fixé un seuil au-dessous duquel elle considère que l’individu ne peut plus participer pleinement à la vie de la société, peut-être a-t-elle tenté de fixer des normes que la société immédiate de l’individu devait remplir pour l’aider à aspirer à un certain bonheur, ou, en tout cas, à une absence de pathologie, mais elle a toujours tenté de ne pas se mêler de ce que les individus devraient, ultimement, désirer comme vertu.

Le résultat, c’est qu’il n’y a plus de morale sur des bases scientifiques. On conçoit d’ailleurs généralement qu’on peut s’en passer, et c’est un peu vrai: un homme mûr, accompli (ou à peu près), n’en a aucun besoin, puisqu’il est à un âge ou la vertu et le vice sont là pour rester. Mais l’éducation a besoin de balises claires. Les sciences humaines telles qu’elles se pratiquent de nos jours ont certes quelque chose à nous apprendre, mais il nous faut un véritable discours moral pour pouvoir une idée de la valeur de leurs observations.

La méthode de ce genre de discours ne devrait pas être bien différente de celle d’Aristote, dans la mesure où il nous est permis de discuter de l’idéal de l’homme en fonction du genre de société qui s’affirme de plus en plus comme le seul qui s’approche du meilleur en ce bas monde depuis la débâcle du communisme. Évidemment, on ne peut plus mettre à l’horizon l’idéal du moteur premier, de cette chose éternelle qui se contemple elle-même et fait aspirer les reste de l’univers à lui ressembler.

Mais il y a une chose qui reste digne de notre aspiration, et c’est de transcender l’animal et l’automate, en quelque sorte programmé à des tâches répétitives et à une existence éternellement pareille, pour créer quelque chose de totalement nouveau et de totalement sien. Peu importe l’aspect que prend cette créativité, elle est ce qui fait de l’homme le dieu qu’il a toujours tenté d’extérioriser sous les traits d’un autre, peut-être par peur de devoir assumer sa propre toute-puissance avec le peu de moyen dont dispose l’individu.

Je vais tenter de suivre la voie que je me suis tracé dans les prochains mois, et de faire un petit exposé sur certaines questions de morale.

juillet 3, 2007

La journée de la liberté d’expression

Filed under: Philosophie, Politique — mokawi @ 3:11

Comme vous le savez déjà, le 1er juillet a été l'objet d'une initiative pour la liberté d'expression, à laquelle j'ai participé. Il y a déjà une liste de gens ayant participé … de laquelle je ne suis pas. Pour le moment.

Je veux tout de suite répondre à une critique que j'ai croisé quelques fois sur le web dirigé contre ce genre d'initiative. Selon celle-là, ce genre d'initiative démontre la vanité des blogs, puisque les posts seraient répétitifs, qu'ils ne contribueraient en rien à la cause qu'ils prétendre servir. Les initiatives de bloggage collectives ne serviraient ni la science, parce que la science ne s'abreuveraient que des sources claires des intellectuels, ni l'action, puisqu'ils ne sont que parole.

Primo, ces gens-là ne sont pas dans le bon party, parce que ces remarques-là nous amènent tout droit à l'aristocratie, ce qui sans nécessairement contraire à l'esprit de la liberté d'expression, est contraire à l'espèce de liberté d'expression que souhaitent ceux qui la défendent: une liberté d'expression politique, et donc une liberté de participer à la décision politique.

Secundo, le moins qu'on puisse dire de l'élite de sciences humaines de notre époque, c'est qu'elle n'a cessé de faire l'exégèse de l'homme. Cette position lui a permis de faire un méta-discours dont les aboutissements n'ont pas été beaucoup plus brillants que ce que le sens commun aurait lui-même recommandé. Les modifications à ce qu'ils perçoivent toujours comme le flux constant de l'histoire et de la pensée ont engendré des problèmes insoupçonnés, ce qui n'a fait que prouver que la nature de la pensée a ses propres règles qui lui donnent une certaine harmonie. Bref, le dernier des hommes de bon sens est apte à discuter de politique, pourvu qu'il utilise ce bon sens correctement et jusqu'au bout. 

Je crois honnêtement par ailleurs que ces articles de blog se complètent: chacun couvre du sujet donné une partie qui lui tient à coeur, de sorte qu'on a presque un tout, qui peut néanmoins se lire au hasard des liens. Bref, un heureux mélange de hasard et d'exhaustivité, et un beau modèle de création collective, sur quoi j'aurais bien des bonnes choses à dire (d'ailleurs, plusieurs historiens de la philosophie pensent qu'une bonne partie du corpus aristotélicien a ainsi vu le jour). 

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