Mokapop

mars 28, 2008

C’est la faute à la théorie des jeux

Filed under: Sciences humaines — mokawi @ 6:52

J’ai oublié quelque chose: dans les bidules scientifiques charmants, il y en a un qui vous permet d’expliquer pourquoi la cuisine est toujours sale. Ça s’appelle: la théorie des jeux. Disons que vous êtes deux en appart (pour rendre les choses plus simples). Si vous faites votre part de ménage, vous coopérez au grand projet d’une cuisine propre, si vous ne le faites pas, vous faites défection. Les résultats vont comme suit:

  Jean coopère Jean fait défection
Je coopère Rendement maximal:
La cuisine est propre, mais j’ai bossé.
Rendement du perdant:
J’ai bossé et la cuisine est à moitié sale.
Je fais défection Rendement du trouduc:
Je n’ai rien fait et la cuisine est à moitié propre.
Rendement nul:
Personne n’a rien fait et la cuisine est sale.

D’un point de vue purement égoïste, le rendement du perdant est le pire, et le rendement maximal est le meilleur. Le trouduc récolte évidemment mieux que le perdant et que le rendement nul, donc dans l’ordre on a: rendement maximal, du trouduc, nul et enfin du perdant.

On pourrait donner une valeur au travail pour laver une moitié de cuisine (disons -6) et une autre pour la valeur d’une cuisine propre (disons 10) et pour une cuisine à moitié propre (disons 3). Alors le rendement maximal est de 4, le rendement du trouduc est de 3, le rendement du perdant est de -2, et le rendement nul est de zéro. Donc, j’ai intérêt à faire défection, parce que la moyenne de rendement est supérieure (1,5 contre 1).

Cependant, dans la pratique, c’est différent: si on joue à long terme, les gens commencent par faire confiance aux autres pour avoir le rendement maximal. Mais lorsque quelqu’un fait défection, personne ne veut se retrouver dans la peau du perdant trop longtemps, donc tout le monde en vient vite à jouer les paresseux.

Donc, mesdames, voilà pourquoi ma cuisine est sale: c’est la faute à la théorie des jeux.

avril 22, 2007

Le multi-touch de Jeff Han et la signification

Filed under: Informatique, psychologie, Sciences humaines — mokawi @ 10:57

J’ai posté un vidéo de YouTube où Jeff Han démontre une interface avec écran multi-touch. Mais ce qui a de plus touchant, c’est la différence avec un écran ordinaire. Prenons ce que j’ai sous les yeux en ce moment:

Comme vous pouvez le constater, l’espace est divisé clairement selon des lignes horizontales et verticales. Chacune des subdivision a un rôle bien précis, qui est clairement indiqué: certes, le néophyte resterait songeur devant un tel écran, mais l’utilisateur habitué comprend clairement que ce qui est en haut est une barre de menu, que l’espace de gauche est occupé par une liste hiérarchique représentant l’arborescence de mes journaux et que les icônes représentent chacune une action, par exemple.

Jeff Han a fait son possible pour faire éclater la subdivision de l’écran: désormais l’espace de l’écran est ouvert et infini, et il est, tant que possible, indivisible, sinon peut-être pour former des unités finies. Comme, peut-être, un espace physique idéal. Mais surtout, il fait sauter les figures de signification: l’utilisateur n’a pas à apprendre ce à quoi correspondent les symboles de l’écran, car les actions associées aux mouvements des mains seraient ceux qu’on ferait intuitivement, sans qu’on nous dise quoi faire.

De toute évidence, Jeff Han compte sur notre perception naturelle du physique pour poser les points de repère de son interface. Pour donner une idée claire de cette perception, je vous donne un exemple: la glace. Les environnements glacés sont quelque chose de spécifique aux nordiques: les gens qui ont vécu dans les tropiques ne savent pas ce que c’est que se déplacer sur une surface aussi glissante. Aussi, lorsqu’on les met sur une paire de ski ou de patin, c’est à coup sûr la catastrophe. Alors qu’un adulte moyen, pas sportif pour une cent, mais nordique, est généralement capable de descendre une piste bleue après une heure de cours, le méridional moyen, qui a passé la moitié de son heure de cours à apprendre à glisser sur une surface plane, peut se compter très heureux s’il a descendu une verte autrement que sur le cul.

Évidemment, cet exemple suppose évidemment que certaines personnes pourraient ne pas être à l’aise immédiatement avec l’interface « intuitive » de m. Han. Je crois que ce sera le cas, et qu’il y aura besoin de moyens didactiques d’expliquer les logiciels aux moins tactiles d’entre nous.

Par ailleurs, la puissance de l’ordinateur, c’est précisément qu’il est capable de rattacher une fonction complexe à un symbole tout simple: à la finitude de l’espace bidimensionnel des gestionnaires de fenêtre ordinaires se conjugue l’infinitude de la série (ou de l’arborescence) des signes. La magie de l’ordinateur, c’est de faire apparaître à l’infini de nouveaux objets dans le fini grâce à des commandes indiquées par signes. En ce sens, l’interface de l’ordinateur rappelle le langage universel de la Renaissance, qui s’attachait à relier entre eux grâces à des signes divins les êtres de la terre et du ciel pour en établir le sens cosmologique. 

Le gros problème d’un espace infini, c’est qu’il est laborieux à gérer (je ne voudrais honnêtement pas avoir à classer les photos de m. Han): si un tel espace devait venir, il serait nécessairement limité par quelque chose en bout de compte. L’infini de l’arborescence des signes, en revanche est plus facilement gérable, puisqu’il fait appel à des association thématiques plutôt que géographique. En ce sens, l’interface à signes est plus proche de la façon de fonctionner de l’esprit humain. Nos ordinateurs ne sont pas près de subir l’épuration, mais peut-être l’espace du bureau pourra-t-il effectivement prendre un peu de dimension. Mac OS XI?

avril 19, 2007

Kyoto au Canada

Filed under: Politique, Sciences humaines — mokawi @ 5:05

La politique canadienne est entrée dans une ère nouvelle il y a quelques années, à peu près à l’époque où avait échoué l’implantation d’une usine de cogénération dans le Suroît, au Québec. Au même moment, le parti vert, qui avait été à peu près aussi populaire que les marxistes-léninistes et le parti de la Loi Naturelle (la secte de la méditation transcendantale), multipliait ses votes par 10 ou 20, et le parti libéral conservait de justesse le pouvoir grâce à la question de l’environnement.

Désormais, l’environnement est en haut de l’agenda du gouvernement fédéral, avec la question constitutionnelle. Or le parti au pouvoir, ce sont maintenant les conservateurs—bien qu’ils soient en probation pour ainsi dire, puisque les Canadiens n’ont pas voulu leur accorder la majorité des sièges, ce qui limite beaucoup leur pouvoir législatif. Or le premier ministre a sa base électorale en Alberta, qui vit en ce moment un boom économique grâce à l’exploitation de sables bitumineux (extraction de pétrole grâce à un processus extrêmement polluant).

Les conservateurs, pris entre l’intérêt économique des Albertains et la vague vertes du reste du pays, louvoient. Le dernier virage, c’est celui du ministre de l’environnement, John Baird, qui recommande d’abandonner Kyoto sur la base de ce document (english). Honnêtement, je ne suis pas convaincu. Premièrement, il ne s’agit pas d’une étude universitaire, mais d’un document du gouvernement. 

Mais surtout, ça me paraît très, très léger. Je n’ai fait que survoler, mais je n’ai pas encore trouvé d’argumentation digne de ce nom, seulement un paquet de chiffres qui semblent sortis d’un chapeau noir. Il n’y a même pas de bibliographie. En lieu de cela, on a mis cet avis:

Le rapport d’Environnement Canada, intitulé Coût du projet de loi C-288 pour les familles et les entreprises canadiennes, a été évalué par des experts économiques très respectés du secteur privé et du monde universitaire :

Don Drummond, vice-président directeur et économiste en chef, Groupe financier Banque TD

Jean-Thomas Bernard, professeur, Faculté d’économie, Université Laval

Christopher Green, professeur, Faculté d’économie, Université McGill

Mark Jaccard, professeur à la School of Resource and Environmental Management à la Simon Fraser University

Carl Sonnen, président, Informetrica Limited

Les évaluateurs croient que le rapport d’Environnement Canada donne une représentation raisonnable des coûts des engagements du Canada en vertu du Protocole de Kyoto.

Bref, je crois que le rapport n’est pas une étude, qu’il n’est qu’une manifestation de l’opinion des économistes inquiets des changements qui s’imposent pour rencontrer les normes de Kyoto. En tout cas, qu’il ne dit rien de neuf. Mais j’aimerais que vous me disiez ce que vous en pensez.

mars 12, 2007

Le Bailly!

Filed under: Cultures, Sciences humaines, Uncategorized — mokawi @ 7:35

Bonjour amis amateurs de langue, je vous offre aujourd’hui rien de moins que le dictionnaire grec ancien-français de notre ami Anatole Bailly. Il s’agit d’une version abrégée du début du siècle, tombée dans le domaine public. Pour un modique 35 megs de pdf, vous aurez accès à ce dico depuis le confort de votre maison sans même avoir accès à internet.
Si vous avez accès à internet en revanche, je vous conseille cette page, malheureusement assez bien cachée sur le site web de Perseus, qui vous permet de chercher dans l’incomparable dictionnaire de messieurs Liddell et Scott en utilisant les formes infligées (conjuguées, déclinées, contractes, etc.).

mars 5, 2007

Défoulement sur le pseudo-féminisme enragé

Filed under: Cultures, Politique, Sciences humaines, Uncategorized — mokawi @ 9:43

Premièrement, disons-le, le féminisme est une des plus grandes conquêtes de l’homme. Ce qui me peine, c’est que les femmes qui se disent féministes sans restriction de nos jours utilisent davantage cette étiquette comme un bouclier pour soutenir toutes sortes d’absurdités qui tiennent davantage du défoulement que du souci de dire quelque chose de vrai et d’utile sur notre société. Ce qui me peine encore plus, c’est que c’est souvent le fait de gens intelligents.
Je ne connais pas les travaux de l’historienne Micheline Dumont, mais j’en ai entendu beaucoup de bien, moi qui ai la chance d’être fils de deux historiens. Mais j’ai été choqué par le manque de rigueur dont elle a fait preuve dans une entrevue dans le cadre d’un documentaire sur le féminisme qui a passé sur le canal savoir (sorte de canal communautaire axé sur l’éducation qu’on retrouve sur les ondes à Montréal).
Mme Dumont a fait preuve d’un certain laxisme quant à la façon de décrire l’histoire « mainstream » et ses raisons pour rejeter le projet des histoires un peu laissées de côté, comme l’histoire des femmes. Sans même traiter du manque flagrant de documentation pour raconter ces histoires parallèles, sans compter qu’il est difficile de les lier à des événements de l’histoire des sciences, des gouvernements, et autres piliers de notre société pour leur donner de l’importance dans le récit de l’histoire de l’humanité. Sans compter qu’il est difficile d’opposer l’histoire militaire, par exemple, à l’histoire des femmes, puisqu’elles n’ont même pas de lieu commun où s’affronter. À la limite, je peux comprendre qu’elle décrive ainsi, en terme très vague, la difficulté qu’a peut-être eu la nouvelle histoire à se donner une niche dans les années 60 et 70. Ce que je ne peux pas comprendre, en revanche, c’est qu’après avoir attaqué le manque d’égard de l’histoire au femmes, elle a fait de l’histoire des femmes une histoire exclusivement féminine. Comme si des hommes du XVIIIe et XIXe siècle n’avaient pas préparé le terrain.
Le résultat d’un tel manque, c’est que le récit de la libération des femmes devient celui-ci: après des millénaires d’oppression injuste, les femmes se seraient levé seules contre l’iniquité et auraient triomphé par le nombre. La seule raison pour laquelle les femmes auraient tout ce temps resté dans l’ombre des hommes, c’est que leur nature empreinte de douceur et de compassion n’aurait pas osé se lever contre le caractère violent et agressif du sexe fort, et la contraception ainsi que la protection de la loi et de la raison contre la sauvage violence virile auraient déclenché la révolution.
Évidemment, c’est un petit peu naïf. Si les hommes étaient réellement contre cette révolution, ils auraient eu les moyens de garder les femmes sous contrôle, eux qui détenaient tous les postes-clé, tous les diplômes, toutes les ressources. Il a bien fallu qu’il s’en trouve pour prendre le parti des femmes.
Mais je suppose qu’en fait, dans le récit brossé par nos féminisme, ce qui est vraiment intéressant, c’est la part de l’homme: il est coupable sur toute la ligne. Certes, le XIXe siècle a vu des offensives bien organisées contre le pouvoir de la femme avec notamment le concours de la médecine, mais à une époque où le corps reprenait son importance comme générateur de raison et où on était convaincu d’abord par les traités médicaux anciens de l’infériorité du corps de la femme, on peut admettre un minimum de bonne foi. Ce siècle du romantisme a par ailleurs été marqué par l’image d’une genèse de l’humanité où l’homme par son physique était tout-puissant. Retourner la femme dans le foyer, c’était revenir à des moeurs naturelles et saines, et ce n’est pas la seule erreur qu’a fait ce siècle dans le but d’assainir les moeurs. Et surtout, les siècles qui ont précédé n’ont pas senti ce besoin. Après tout, du haut moyen-âge jusqu’au XVIIIe siècle, les élites et les intellectuels (à part peut-être Rousseau, qui passait pour être le pire misanthrope de sa génération) aimaient s’entourer de femmes brillantes, dont plusieurs ont exercé des pouvoirs importants: pourquoi les hommes se seraient-ils soudainement senti menacés?
Des études visent à réécrire l’histoire de l’humanité comme l’accomplissement de la volonté de l’homme blanc d’imposer son joug à toute l’humanité: aux animaux, aux femmes, aux nègres, aux forces de la nature. Je suis désolé, mais j’ai bien de la difficulté à avaler que mon essence se limite à une volonté d’assujettissement, encore moins à la violence ou l’agressivité.
Reste que le corollaire de cette pensée, c’est ceci: c’est par bonté et par générosité que les femmes ne leur font pas payer toutes leurs souffrances passées. C’est un moindre mal qu’elle puissent les pointer du doigt et les faire sentir coupable, les mépriser lorsqu’elles peuvent s’en passer (comme les fameuses lesbiennes féministes enragées) et tenter de réformer leur nature profondément vicieuse (notamment dans le domaine des relations de couple, cf. cet article de Dan Savage).
Bref, des femmes, ayant lu l’histoire de l’homme comme histoire d’assujettissement et de violence, doivent raisonner que le féminisme leur offre les outils pour assujettir l’homme et pour lui imposer par la violence psychologique le règne de la femme. Que si elles ne contre-attaquent pas, elles vont se retrouver de nouveau victimes de l’homme. La bonne nouvelle, c’est qu’elles ont tord sur toute la ligne, et que pour cette raison, on donne peu de crédit à leur pensée.
Néanmoins, je crois que tout ça, c’est un putsch contre la plus belle conquête du XXe siècle, puisque plus personne ne veut être associé au écarts de ces pseudo-féministes. Et par le fait même, ça empêche la progression du féminisme, qui n’a pas peut-être pas terminé de réfléchir sur lui-même et de donner aux femmes leur juste place dans l’échiquier social.

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