Mokapop

juillet 28, 2007

Les paradis du copyright

Filed under: Arts, Politique — mokawi @ 6:28

Hier soir, étant tombé sous le charme affolant de la voix de CéU et son joli minet brésilien, j'ai décidé qu'il me fallait son cd sur-le-champs. Rien de plus facile, de nos jours. Je vais donc sur le site de CéU, mais bien qu'elle me fasse le plaisir de me présenter d'autres images de sa beauté incomparable, elle ne me donne qu'un lien vers un vendeur de cd physique au Royaume-Uni.

Google est plus malin. Il m'envoie sur un site (musicmp3.ru) qui m'offre le cd en question, en mp3 et pour la très modique somme de 1.51$. Néanmoins, le .ru sur le site ne me dit rien qui vaille: les russes ont une grande réputation dans la piraterie informatique. Je vais au site suivant: mp3sparks.com. Le prix du cd: 2.23$. Sentant l'arnaque, je vais dans la section "legal info", où j'apprend que MP3Sparks est aussi russe que le site précédent, qu'il considère que la loi russe lui permet de faire son commerce, et qu'il en va de même de la loi américaine. Il ajoute par ailleurs qu'il paie 15% de son profit aux "Russian Licensing Societies", et qu'il planifie un jour de verser un 5% additionnel aux artistes.

Il va de soi que les gros bras de l'industrie musicale ne peuvent être satisfaits de ce genre d'accord. Leurs pression ont déjà fait tomber Allofmp3.com. Mais même s'ils font plier toute la Russie, il y a fort à parier que les escrocs trouveront d'autres endroits d'où ils pourront vendre leurs musique.

En fait, je me demande si on ne trouvera pas un jour des petites îles dans l'Océan Pacifique se transformer en "paradis sans propriété intellectuelle" à l'image des paradis fiscaux. On y retrouvera toutes sortes de bandits y vendant images, films, livres, musique… tout ce qui se numérise. À moins évidemment qu'une âme charitable décide de tout donner gratuitement. Ce qui évidemment rend la libération des œuvres assez peu rentable. Mais encore là, il y a certainement des lois pour empêcher une charité si peu souhaitable.

juillet 5, 2007

L’expérience de pensée de la semaine

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 7:06

Comme le remarque John Searle, les philosophes ont parfois des expériences de pensée assez étrange. Je croyais que ça ne valait que pour le courant analytique (contemporain anglo-américain), mais à ce qu’il paraît, j’avais tord:

Others, as Empedocles, say that the differentiation takes place in the uterus; for he says that if the uterus is hot or cold what enters it becomes male or female, the cause of the heat or cold being the flow of the catamenia, according as it is colder or hotter, more ‘antique’ or more ‘recent’. Democritus of Abdera also says that the differentiation of sex takes place within the mother; that however it is not because of heat and cold that one embryo becomes female and another male, but that it depends on the question which parent it is whose semen prevails,—not the whole of the semen, but that which has come from the part by which male and female differ from one another. This is a better theory, for certainly Empedocles has made a rather light-hearted assumption in thinking that the difference between them is due only to cold and heat, when he saw that there was a great difference in the whole of the sexual parts, the difference in fact between the male pudenda and the uterus. For suppose two animals already moulded in embryo, the one having all the parts of the female, the other those of the male; suppose them then to be put into the uterus as into an oven, the former when the oven is hot, the latter when it is cold; then on the view of Empedocles that which has no uterus will be female and that which has will be male. But this is impossible. Thus the theory of Democritus would be the better of the two, at least as far as this goes, for he seeks for the origin of this difference and tries to set it forth; whether he does so well or not is another question.

Aristote, On the Generation of Animals, trad. A. Platt, Université d’Adelaide, 2007

There ain’t nathin’ like the smell of cookin’ foetuses in th’ morning, I c’n tell you that!

juillet 3, 2007

La journée de la liberté d’expression

Filed under: Philosophie, Politique — mokawi @ 3:11

Comme vous le savez déjà, le 1er juillet a été l'objet d'une initiative pour la liberté d'expression, à laquelle j'ai participé. Il y a déjà une liste de gens ayant participé … de laquelle je ne suis pas. Pour le moment.

Je veux tout de suite répondre à une critique que j'ai croisé quelques fois sur le web dirigé contre ce genre d'initiative. Selon celle-là, ce genre d'initiative démontre la vanité des blogs, puisque les posts seraient répétitifs, qu'ils ne contribueraient en rien à la cause qu'ils prétendre servir. Les initiatives de bloggage collectives ne serviraient ni la science, parce que la science ne s'abreuveraient que des sources claires des intellectuels, ni l'action, puisqu'ils ne sont que parole.

Primo, ces gens-là ne sont pas dans le bon party, parce que ces remarques-là nous amènent tout droit à l'aristocratie, ce qui sans nécessairement contraire à l'esprit de la liberté d'expression, est contraire à l'espèce de liberté d'expression que souhaitent ceux qui la défendent: une liberté d'expression politique, et donc une liberté de participer à la décision politique.

Secundo, le moins qu'on puisse dire de l'élite de sciences humaines de notre époque, c'est qu'elle n'a cessé de faire l'exégèse de l'homme. Cette position lui a permis de faire un méta-discours dont les aboutissements n'ont pas été beaucoup plus brillants que ce que le sens commun aurait lui-même recommandé. Les modifications à ce qu'ils perçoivent toujours comme le flux constant de l'histoire et de la pensée ont engendré des problèmes insoupçonnés, ce qui n'a fait que prouver que la nature de la pensée a ses propres règles qui lui donnent une certaine harmonie. Bref, le dernier des hommes de bon sens est apte à discuter de politique, pourvu qu'il utilise ce bon sens correctement et jusqu'au bout. 

Je crois honnêtement par ailleurs que ces articles de blog se complètent: chacun couvre du sujet donné une partie qui lui tient à coeur, de sorte qu'on a presque un tout, qui peut néanmoins se lire au hasard des liens. Bref, un heureux mélange de hasard et d'exhaustivité, et un beau modèle de création collective, sur quoi j'aurais bien des bonnes choses à dire (d'ailleurs, plusieurs historiens de la philosophie pensent qu'une bonne partie du corpus aristotélicien a ainsi vu le jour). 

juillet 1, 2007

10 remarques sur la liberté d’expression

Filed under: Politique — mokawi @ 8:30

Aujourd’hui, c’est le jour du bloggage pour la liberté d’expression. Donc, je me mouille, sous forme de remarques en vrac. En passant, il est 3h du matin et j’ai déménagé à 200km de Montréal. Je suis épuisé. Pardon pour la facture très ordinaire de l’article.

  1. La liberté d’expression, ce sont des conditions de discours. D’une part, des conditions négatives: absence de répression par l’état ou par d’autres groupes d’intérêt. Mais ce sont surtout des conditions positives: un dialogue. (En fait, dialogue est un abus de langage, puisqu’il y a beaucoup plus que deux interlocuteurs.)
  2. Le dialogue doit avoir une vocation politique; on ne parle pas de liberté d’expression pour l’art, sauf lorsqu’il porte un message politique. C’est que le dialogue en question est surtout une délibération en vue d’une décision commune. C’est pourquoi ceux qui invoquent la liberté d’expression pour proférer des insultes ne sont pas écoutés, à la limite, on les accuse même de nuire au débat en faisant violence à leurs victimes, qui sont souvent des gens ayant des points de vue opposés.
  3. Le dialogue étant en vue de la décision, il importe de ne pas le censurer dans le contenu. Ignorer une voie qui pourrait être la bonne est une très mauvaise façon de délibérer, et ne peut qu’aboutir souvent à des erreurs
  4. Le dialogue doit être public, pour qu’il soit entendu par l’exécutif. C’est pourquoi la liberté d’expression peut exister dans une monarchie: à ce moment-là, on s’attend du souverain qu’il écoute le débat public et qu’il tranche sur toutes les questions. Un dialogue entendu devrait engendrer une paix sociale: car alors il semble plus facile d’avoir gain de cause en convainquant le souverain qu’en affrontant ses forces armées. Évidemment, si le souverain manque à l’obligation d’écouter, il risque d’être renversé. Les élections, évidemment, facilitent cette punition, et rendent les gouvernements plus sensibles aux voix du public: c’est pourquoi on associe souvent démocratie représentative et liberté d’expression.
  5. Peut-on parler de liberté d’expression pour les sciences? Bien sûr: le dialogue amène à une décision, soit considérer une proposition vraie ou fausse. Il n’en va pas nécessairement de même avec une religion, car les vérités qu’elle contemplent ne relèvent pas de la vérité mais de la foi. Parfois la religion, à défaut de pouvoir se donner une preuve, peut tenter de se justifier avec des raisons éthiques, mais on ne peut croire avec sincérité que pour des raisons pragmatiques. Les vérités de foi ont plus souvent pour origine une révélation ou un mystère. Il saurait y avoir échange sur l’expérience de la foi, et débat sur la juste interprétation des textes sacrés, mais en aucun cas il ne peut y avoir de débat sur la foi.
  6. Un pseudo-débat sur la foi mène nécessairement à l’exclusion: comme aucun des partis ne peut se faire entendre des autres, il les disqualifie comme réfractaires au dialogue. C’est aussi pourquoi il importe d’éloigner la religion de l’état: elle prendrait des décisions qui « appartiennent » seulement à ceux qui ont la « bonne » foi, la foi officielle. C’est ainsi qu’on se retrouve avec un massacre des Cathares.
  7. Bref, il est mauvais pour le dialogue de censurer la politique et la science. En revanche, on pourrait censurer la religion sans que ce soit une atteinte à la liberté d’expression. Mais en fait, ce serait idiot et intolérants; ce serait comme censurer l’art.
  8. Le dialogue suit des règles. Le respect de l’interlocuteur en est une, accepter de ne pas mêler des considération esthétiques ou de foi aux délibérations en est une autre. La transgression de ces règles-là mérite certaines pénalités, qui viennent souvent d’elles-même (discrédit, perte de visibilité, etc). À preuve, les fondamentalistes américains utilisent souvent des arguments scientifiques (pseudo-scientifiques) ou éthiques pour défendre leurs positions sur l’homosexualité, la contraception, l’enseignement du créationnisme à l’école, etc.
  9. Le vrai patriotisme ne consiste pas à se ranger derrière son pays par ses paroles, mais seulement à participer à son action par ses actes. Au contraire, se taire sur les tords de son pays est une censure, et est ainsi nuisible à son pays. C’est une des raisons qui ont amené la débâcle des USA en Irak.
  10. Tous les peuples ne possèdent pas également la liberté d’expression, et c’est en partie parce que tous les peuples n’en possèdent pas également les règles. Les règles sont en effet une question d’éducation: il est du devoir démocratique de l’état de former les citoyens au dialogue.

Toutes ces remarques sont absolument élémentaires, mais je les ai écrite chacune en pensant à une situation dans l’actualité.

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