Mokapop

avril 22, 2007

Le multi-touch de Jeff Han et la signification

Filed under: Informatique, psychologie, Sciences humaines — mokawi @ 10:57

J’ai posté un vidéo de YouTube où Jeff Han démontre une interface avec écran multi-touch. Mais ce qui a de plus touchant, c’est la différence avec un écran ordinaire. Prenons ce que j’ai sous les yeux en ce moment:

Comme vous pouvez le constater, l’espace est divisé clairement selon des lignes horizontales et verticales. Chacune des subdivision a un rôle bien précis, qui est clairement indiqué: certes, le néophyte resterait songeur devant un tel écran, mais l’utilisateur habitué comprend clairement que ce qui est en haut est une barre de menu, que l’espace de gauche est occupé par une liste hiérarchique représentant l’arborescence de mes journaux et que les icônes représentent chacune une action, par exemple.

Jeff Han a fait son possible pour faire éclater la subdivision de l’écran: désormais l’espace de l’écran est ouvert et infini, et il est, tant que possible, indivisible, sinon peut-être pour former des unités finies. Comme, peut-être, un espace physique idéal. Mais surtout, il fait sauter les figures de signification: l’utilisateur n’a pas à apprendre ce à quoi correspondent les symboles de l’écran, car les actions associées aux mouvements des mains seraient ceux qu’on ferait intuitivement, sans qu’on nous dise quoi faire.

De toute évidence, Jeff Han compte sur notre perception naturelle du physique pour poser les points de repère de son interface. Pour donner une idée claire de cette perception, je vous donne un exemple: la glace. Les environnements glacés sont quelque chose de spécifique aux nordiques: les gens qui ont vécu dans les tropiques ne savent pas ce que c’est que se déplacer sur une surface aussi glissante. Aussi, lorsqu’on les met sur une paire de ski ou de patin, c’est à coup sûr la catastrophe. Alors qu’un adulte moyen, pas sportif pour une cent, mais nordique, est généralement capable de descendre une piste bleue après une heure de cours, le méridional moyen, qui a passé la moitié de son heure de cours à apprendre à glisser sur une surface plane, peut se compter très heureux s’il a descendu une verte autrement que sur le cul.

Évidemment, cet exemple suppose évidemment que certaines personnes pourraient ne pas être à l’aise immédiatement avec l’interface « intuitive » de m. Han. Je crois que ce sera le cas, et qu’il y aura besoin de moyens didactiques d’expliquer les logiciels aux moins tactiles d’entre nous.

Par ailleurs, la puissance de l’ordinateur, c’est précisément qu’il est capable de rattacher une fonction complexe à un symbole tout simple: à la finitude de l’espace bidimensionnel des gestionnaires de fenêtre ordinaires se conjugue l’infinitude de la série (ou de l’arborescence) des signes. La magie de l’ordinateur, c’est de faire apparaître à l’infini de nouveaux objets dans le fini grâce à des commandes indiquées par signes. En ce sens, l’interface de l’ordinateur rappelle le langage universel de la Renaissance, qui s’attachait à relier entre eux grâces à des signes divins les êtres de la terre et du ciel pour en établir le sens cosmologique. 

Le gros problème d’un espace infini, c’est qu’il est laborieux à gérer (je ne voudrais honnêtement pas avoir à classer les photos de m. Han): si un tel espace devait venir, il serait nécessairement limité par quelque chose en bout de compte. L’infini de l’arborescence des signes, en revanche est plus facilement gérable, puisqu’il fait appel à des association thématiques plutôt que géographique. En ce sens, l’interface à signes est plus proche de la façon de fonctionner de l’esprit humain. Nos ordinateurs ne sont pas près de subir l’épuration, mais peut-être l’espace du bureau pourra-t-il effectivement prendre un peu de dimension. Mac OS XI?

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 9:33

Jeff Han démontre un écran multi-touch

avril 19, 2007

Kyoto au Canada

Filed under: Politique, Sciences humaines — mokawi @ 5:05

La politique canadienne est entrée dans une ère nouvelle il y a quelques années, à peu près à l’époque où avait échoué l’implantation d’une usine de cogénération dans le Suroît, au Québec. Au même moment, le parti vert, qui avait été à peu près aussi populaire que les marxistes-léninistes et le parti de la Loi Naturelle (la secte de la méditation transcendantale), multipliait ses votes par 10 ou 20, et le parti libéral conservait de justesse le pouvoir grâce à la question de l’environnement.

Désormais, l’environnement est en haut de l’agenda du gouvernement fédéral, avec la question constitutionnelle. Or le parti au pouvoir, ce sont maintenant les conservateurs—bien qu’ils soient en probation pour ainsi dire, puisque les Canadiens n’ont pas voulu leur accorder la majorité des sièges, ce qui limite beaucoup leur pouvoir législatif. Or le premier ministre a sa base électorale en Alberta, qui vit en ce moment un boom économique grâce à l’exploitation de sables bitumineux (extraction de pétrole grâce à un processus extrêmement polluant).

Les conservateurs, pris entre l’intérêt économique des Albertains et la vague vertes du reste du pays, louvoient. Le dernier virage, c’est celui du ministre de l’environnement, John Baird, qui recommande d’abandonner Kyoto sur la base de ce document (english). Honnêtement, je ne suis pas convaincu. Premièrement, il ne s’agit pas d’une étude universitaire, mais d’un document du gouvernement. 

Mais surtout, ça me paraît très, très léger. Je n’ai fait que survoler, mais je n’ai pas encore trouvé d’argumentation digne de ce nom, seulement un paquet de chiffres qui semblent sortis d’un chapeau noir. Il n’y a même pas de bibliographie. En lieu de cela, on a mis cet avis:

Le rapport d’Environnement Canada, intitulé Coût du projet de loi C-288 pour les familles et les entreprises canadiennes, a été évalué par des experts économiques très respectés du secteur privé et du monde universitaire :

Don Drummond, vice-président directeur et économiste en chef, Groupe financier Banque TD

Jean-Thomas Bernard, professeur, Faculté d’économie, Université Laval

Christopher Green, professeur, Faculté d’économie, Université McGill

Mark Jaccard, professeur à la School of Resource and Environmental Management à la Simon Fraser University

Carl Sonnen, président, Informetrica Limited

Les évaluateurs croient que le rapport d’Environnement Canada donne une représentation raisonnable des coûts des engagements du Canada en vertu du Protocole de Kyoto.

Bref, je crois que le rapport n’est pas une étude, qu’il n’est qu’une manifestation de l’opinion des économistes inquiets des changements qui s’imposent pour rencontrer les normes de Kyoto. En tout cas, qu’il ne dit rien de neuf. Mais j’aimerais que vous me disiez ce que vous en pensez.

avril 14, 2007

Pauvre Canada!

Filed under: Politique, Uncategorized — mokawi @ 10:53

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de « Pauvre Canada! », vous connaissez sans doute néanmoins l’histoire des trois enfants de Fatima, auxquels la Sainte Vierge est apparue à plusieurs reprises. Eh bien, la Sainte Vierge a eu la gentillesse de leur donner trois oracles, en précisant qu’ils ne devaient en dévoiler le contenu qu’au Saint-Père, je crois. Ou plutôt: le dernier des trois oracles devait rester secret, et devait annoncer un grand malheur (ou une rude « épreuve », pour prendre les mots de l’Église. Toujours est-il qu’en lisant cet oracle, Pie XII se serait exclamé « Pauvre Canada! », condamnant du coup la génération de mes parents, qui fréquentait encore des écoles menées par des religieux, à de longues veillées de prières pour implorer sa clémence au Bon Dieu.

Mais c’est seulement pour avoir un titre accrocheur que je dis « Pauvre Canada! ».

Parce que je ne crains pas que le Bon Dieu en vienne à nous punir, nous pauvres pécheur ayant tourné notre dos à Son Église en donnant leur juste place aux gays et lesbiennes et aux Infidèles ou en reniant peu ou prou l’institution du mariage. Je crains plutôt la vague de droite qui vient de déferler sur le Québec et qui risque d’amener un gouvernement conservateur majoritaire au pouvoir. Je suis convaincu que ce n’est pas une mauvaise chose pour la place du Québec, mais je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne chose pour endiguer la vague de racisme qui commence à se manifester.

Les régions du Québec commencent à avoir peur de ceux qu’ils ne voient pratiquement jamais, à savoir les immigrants, qu’ils s’imaginent tous vêtus d’un turban ou d’un voile, prêts à défaire toutes les nobles conquêtes du féminisme et imposer la viande halal dans nos boucheries. Cet électorat, qui votait pour le Parti Québecois du temps où il incarnait la force de l’ethnie canadienne française contre celle des Canadiens Anglais, se sent un peu mal représentée dans l’idéal actuel du PQ, qui tente plutôt d’inclure les néo-québecois dans la vision, très urbaine, il faut le dire, d’une nation francophone, laïque et latine à l’intérieur d’un univers anglophone et protestant.

La vision du PQ en est une très cohérente: le citadin, qui regarde les pièces de Wadji Mouawad, les sketchs de Maka Koto et de Michel Mpembara, et qui écoute Corneille et Jean Leloup, n’en a aucun doute. Les sources du Québec sont doubles: la terre, et la Terre, la forêt et le Monde. Un Québécois qui va en camping ou en voyage de pêche effectue autant un retour aux souches qu’un Québécois qui quitte le pays: la conscience internationale est devenue partie intégrante de l’identité québécoise, parce qu’on a dû se justifier en vantant les mérites de la diversité culturelle. Une culture devant justifier son existence par le message qu’elle peut apporter aux autres cultures va non seulement écouter celui des autres cultures pour leur offrir le traitement qu’elle souhaite avoir, elle va aussi les écouter pour se renforcer et éviter son obsolescence puis sa décadence. Et puis somme toute, le Québécois se voit, tout comme l’Ontarien, comme ayant un important rôle international de conciliateur: il se reconnaît dans le rôle qu’on joué le Dr. Bethune en Chine et que <…> pour l’ONU autant que dans l’indignation du général Dallaire quant à la situation au Rwanda.

Mais le régional ou le banlieusard, lui, est contraint culturellement aux choix douteux de Famous Players et de Blockbuster, qui propose surtout de l’américain très blanc et très protestant. Lorsque, par exception, ils leur donne du québécois, il n’y a que des « pur laine » évoluant à côté d’étrangers occidentaux (français, ontariens, américains) très stéréotypés: les Boys, Elvis Gratton, Bon Cop Bad Cop. C’est un univers qui correspond peu ou prou à ce qu’il côtoie dans la vie de tous les jours: il n’est donc pas en mesure de se faire une idée de l’identité québécoise que présente le PQ.

Honnêtement, on ne peut pas le blâmer de vouloir se sentir plus inclus dans l’identité québécoise. Et donc, il n’y a rien de particulièrement blâmable dans l’appropriation identitaire qu’a su accomplir l’Action Démocratique. D’ailleurs, les pur laine ne sont pas les seuls à se retrouver dans la dénonciation des « accommodements raisonnables » qui a profité au parti de droite: beaucoup de néo-québécois se sentent menacés dans leur valeurs par des revendications de communautés ethniques, soit parce qu’ils s’identifient aux valeurs pur laines, soit parce que les valeurs qu’ils ont acquises dans leur pays leur inspirent une crainte de certains groupes (par exemple, la méfiance que les latino-américains ont envers les musulmans). Il n’y a donc pas de lutte de classe dans les conflits idéologiques entourant l’immigration.

Ce qui est plus gênant, c’est que la solution à ce conflit identitaire semble devoir venir précisément de cette classe de gens qui ne se reconnaissent pas dans ce Québec multiculturel. Or on a dit qu’elle ignore la réalité de l’immigration, qui se passe dans des endroits qu’elle ne fréquente pas et qui est relatée dans un espace culturel qui lui est difficilement accessible. Plus dangereux encore, cette ignorance n’est pas seulement le fait de classe populaire, mais aussi des élites. C’est ce que montre les nombreuses gaffes des candidats de l’ADQ—certes, ils n’avaient probablement pas été suffisamment triés sur le volet, certes il n’y avait sûrement pas là assez de gens compétents pour faire un cabinet, mais ils avaient souvent un certain statut dans leur communauté, et, sauf pour Jeff Filion, leurs opinions ne rencontraient pas vraiment d’opposition.

Ça fait évidemment craindre la solution. Et ça nous fait espérer très fort que Charles Taylor sera capable de faire entendre sa voie avant qu’une catastrophe ne se produise.

D’autant plus que le Québec a beaucoup d’importance sur la scène politique de nos jours, et que le basculement de la politique d’immigration pourrait trouver des appuis dans l’Ouest et dans une partie de l’Ontario.

Ceci dit, ce n’est qu’un des nombreux périls qui guettent le Canada si la montée de la droite venait à se concrétiser. Certes, dans d’autres domaines, la droite peut aussi  devenir un beau risque, parce qu’elle pourrait accélérer le paiement de la dette, alléger la bureaucratie canadienne, aider les familles, grandes oubliées du système actuel, et même—qui sait—déboucher dans un conservatisme écologique, où la légendaire prudence de la droite en économie serait appliquée dans la gestion des écosystèmes (c’est après tout l’idéologie qui a donné lieu à la percé du parti Vert). Cependant, il me semble encore qu’au niveau de la politique d’immigration, le Canada  et le Québec ont tout à perdre et rien à gagner.

avril 2, 2007

Google annonce Gmail Paper, Google Writer

Filed under: Gadgets, Informatique, Uncategorized — mokawi @ 2:56

Vous êtes du genre à vouloir imprimer tous vos courriels, mais vous êtes renversés lorsque vient le temps de payer une nouvelle cartouche d’encre? L’idée d’utiliser tant de papier gêne votre conscience environnementale? Google a LA solution. Désormais, vous pourrez gratuitement faire imprimer et livrer tous vos courriels sur du papier fait à 96% de mucus de soya organique recyclé.

Google, qui a déjà montré par des réalisations comme celle-là qu’elle disposait des ingénieurs les plus intelligents de la galaxie, a par ailleurs annoncé une nouvelle percée dans le domaine de la rédaction. Google Writer, premier traitement de texte orienté sur le contenu, devrait rendre réel le rêve de toutes les victimes de bancs d’école qui aimeraient bien que leurs travaux se fasse tout seuls. À partir d’une brève description de votre projet et de mots-clé, Google Writer proposera des pages web et des articles susceptibles de contenir de l’information intéressante. À partir de vos choix, le logiciel vous offrira plusieurs plans d’articles, et rédigera selon le plan de votre choix, et si vous lui donnez des exemples de votre style d’écrire, il sera même capable de rédiger dans votre style.

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Je viens de découvrir quelque chose de sensationnel: Google a aussi lancé un service de fournisseur internet qui utilise le réseau d’évacuation des eaux usées pour nous alimenter en informations nouvelles! Comme quoi on arrête pas le génie. J’ai hâte de voir ce qu’ils vont inventer la semaine prochaine.

À noter: quoiqu’en dise Google, le service est compatible avec les ordinateurs qui ne tournent pas sur Windows, pour peu qu’ils possède un logiciel d’émulation. Selon une source sûre,  les logiciels de configuration du routeur tournent bien sur wine et sur ReactOS, de sorte qu’il n’est même pas nécessaire d’acheter Virtual PC avec Windows. On peut néanmoins se demander pourquoi ne pas avoir fait une interface web, comme c’est normalement le cas. Selon cette même source, les ingénieurs de Google auraient été arrêtés par l’instabilité du processeur ARMFish que l’on retrouve généralement dans les routeurs sans fil, qui risque de s’emballer dans un milieu humide. Ils auraient donc été forcés de se rabbattre sur le XP87Gv3 d’AMD, beaucoup moins puissant, mais moins sensible à l’humidité et aussi bon marché.

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