Mokapop

août 29, 2007

La chimie: science immorale

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 5:33

Après une semaine consacrée principalement à la biologie et la chimie organique (pour ceux qui l’ignorent, je me prépare à passer le MCAT, l’examen d’entrée en médecine pour les universités anglophones d’Amérique du Nord), je me suis attaqué à la chimie générale.

Mes souvenirs de chimie du cégep sont disparates. Je me rappelle un prof qui ne souriait que lorsqu’elle parlait potin avec les bonnes petites filles de la classe de sciences pures, parce qu’elle-même semblait s’ennuyer à mourir durant ses cours (Je tiens à dire qu’elle était quand même très professionnelle et fort compétente. Mais pas du tout genre feu sacré.) Quelques TPs avec mes amis en première année, qui finissaient toujours bâclés et qui étaient suivies de beuveries au bord du ruisseau de la Brasserie (je n’avais que 16 ans et j’avais l’air d’en avoir 12).

De la matière, je ne retiens pas grand-chose—je viens de découvrir pourquoi: la chimie n’exprime rien sur le monde. Pas la moindre observation d’ordre cosmologique.

La physique newtonienne exprime mathématiquement les mouvements du monde: elle raconte l’effort et l’impact, elle va jusqu’à prédire précisément quand une balle frappera un mur, à quelle vitesse et si elle le traversera. Elle tue le hasard, donne sa consistence au temps, à la causalité, à la responsabilité. C’est une science essentielle moralement.

La chimie organique est comme un grand jeu de construction dans un monde parallèle. C’est l’espace représenté en plus petit où se créent toutes sortes de produits aux capacités surprenantes comme les combustibles et les sucres, qui font se mouvoir vivants et machines. Rien n’est pur, tout est artificiel, à l’image de notre monde. L’artifice donne sens au travail et à l’histoire. La chimie organique est aussi une science moralement correcte.

La statistique est une science très ennuyeuse, mais elle donne un pouvoir sur le hasard et rend intelligible des nombres qui ne le seraient pas autrement. Elle aussi permet de prendre son destin en main.

La chimie générale, en revanche, se démarque par son manque de sens—elle en manque tant qu’elle doit ordonner les choses en dépit du bon sens. On relève les propriétés des éléments, et on les classe sur un tableau périodique qui n’est plus vraiment un tableau tellement il est croche et discontinu. On note des réactions, leur vitesse, leur point d’équilibre, leur recette, on utilise des calculs extrêmement sybillins (mais toujours trop simples pour avoir de l’intérêt) pour obtenir au mieux des prédictions démesurément approximatives, puisqu’ultimement c’est l’expérience qui nous dira si la réaction va effectivement se produire dans ces conditions-là, ou s’il faut accélérer le tout. Bref, aucune beauté théorique. Et comble de tout, rien de grandiose n’en sort vraiment, puisqu’on ne fait qu’apprendre ce qu’il faut pour la pâte lève au four! La chimie nous montre au sommet de l’impuissance, et la communauté scientifique réagit à ce constat-là comme toute communauté démocratique réagit lorsqu’elle se voit dans une telle position: elle remplit des formulaires et classes ses dossiers.

La chimie nous apprend que le monde n’est pas fait pour être intelligé, même s’il est effectivement intelligible. Elle nous apprend la validité de classifications disharmonieuses et aux approximations (voir aux manipulations de résultats et donc à la tricherie). La nature qu’elle dépeint est malicieuse, elle donne inutilement du fil à retordre au chercheur, qui est finalement confronté à un monde sans sens, où le fruit du travail n’est plus que l’ombre de ses efforts. La chimie est donc immorale.

août 24, 2007

Agents provocateurs

Filed under: Politique — mokawi @ 5:12

Radio-Canada rapporte que la Sureté du Québec aurait eu à s'expliquer parce qu'un vidéo YouTube montre de ses agents provocateurs pris sur le fait.

Bon. C'est un secret de polichinelle que les forces policières canadiennes envoient régulièrement des agents provocateurs dans les manifs, histoire de faire les choux gras de la télévision. Avec relativement peu de succès, d'ailleurs, puisque les manifestants canadiens sont plutôt pacifiques. La pratique n'est même pas nouvelle, paraît-il; j'ai entendu parler d'eux jusque dans les grandes manifs de la fin des années 60. Il y a donc de quoi être surpris que ça provoque assez d'émoi pour faire bouger la chambre basse.

Mais bon, ça cache une chose: la rencontre de Montebello s'est déroulé de la même façon que d'habitude. Les chefs d'état se sont rencontré, ils ont parlé à huis clos, ils ont répondu à 6 questions des journalistes (je ne rigole pas: 3 pour les médias canadiens, 3 pour les américains), et ils ont rencontré des industriels.

Je ne nie pas que les industriels ont des visions intéressantes de l'avenir et que les discussions doivent être plus faciles à huis clos, mais c'est un peu fort. Depuis le temps qu'on attend un minimum de transparence et de démocratie dans ce genre de sommet, on aurait pu s'attendre à voir la formule changer au moins un tout petit peu, juste histoire de dire que quelqu'un, quelque part, y a mis un petit peu de coeur, mais non: rien. Pas le moindre essai, ni même le moindre iota d'odeur de potentielle amélioration.

À la place on continue d'envoyer des agents provocateurs, que les manifestants attendent de toute manière. Je ne sais pas si c'est la bande du protocole qui bloque des fonctionnaires consciencieux ou encore les gens des affaires extérieures qui se tournent les pouces, mais il y a quelqu'un dans le tissu gouvernemental qui n'a pas fait ses devoirs.

août 15, 2007

Omerta – Jamboree Montréal 2007

Filed under: Diversions, Politique — mokawi @ 3:13

Chers lecteurs, je vous livre aujourd’hui un scoop qu’on m’a conseillé de garder pour moi. Le conseil m’est d’ailleurs venu de gens que je respecte, que j’admire et qui ont été solidaire de moi, ce qui rend mon acte d’autant plus téméraire. Mais je le fais pour deux raisons: primo, vu la couverture médiatique qu’a eu le jam 2007, je ne crois pas que les chances que ce post reçoive une grande publicité, et secundo, même si c’était le cas, je ne crois pas que les scouts du Montréal métropolitain aient vraiment à gagner de la loi du silence, puisque les autorités du district ne semble plus avoir à répondre de leurs actes à qui que ce soit, et que c’est en grande partie la cause des déboires du jam en question.

Bref, j’ai donc passé la dernière semaine au parc Maisonneuve. Et j’y ai été témoin de la plus éloquente expression de mauvaise gestion qui m’a jamais été donné d’observer. En fait, pour être fidèle, cher lecteur, il faudrait que je t’énumère tant de problèmes d’importance signifiante que cet article serait aussi long et ennuyeux qu’une license d’utilisation de logiciel. Il est plus facile de te dire que l’infirmerie a donné un service exceptionnel et qu’il ne semble pas y avoir eu de bogues majeurs pendant les spectacles, et que dans tout le reste je n’arrive pas à trouver un seul service vierge de défaut (certains mentionneront le transport; effectivement les autobus ont été à l’heure et efficaces, mais j’ai vu des groupes se pointer 1h en retard à la porte sur des mauvaises informations).

L’information était une denrée rare et recherchée à ce jam. Les gens aux portes n’étaient pas en mesure de nous dire par quelle porte rentrer, ce qui était d’autant plus navrant qu’ils étaient tous équipés de walky-talkies. D’ailleurs, bien avant le jam, les officiels s’étaient donné le mot pour la rendre les choses compliquées, puisqu’ils avaient sorti nos horaires dans un nombre assez impressionnant de versions. Dans le dossier de l’échange que nous faisions avec une meute de la Guadeloupe, le nombre astronomique d’intervenant (17) n’a pas suffi à nous fournir les informations nécessaires pour accueillir nos hôtes comme il se doit: arrivés à minuit, les carraïbiens ont attendu en vain le comité d’accueil qui avait été coupé à notre insu 3 jours avant, et lorsque nous avons appris leur arrivée au camp à 2h30, on a aussi appris du même coup qu’ils n’avaient pas encore mangé (« Vous êtes bien sûr au courant qu’ils n’ont pas encore mangé, hein? » nous a dit une responsable avec dans la voix le ton de reproche généralement adressé aux paresseux.)

Chose qui me semble encore tout à fait incroyable, les responsables n’ont pas géré les quantités. Afin d’éviter que trop de véhicules circulent sur le camp, ils ont pensé un système de transport avec des 4 roues équippés de chariots-remorques, qui s’est évidemment révélé insuffisant. La paresse des conducteurs qui refusaient d’opérer en dehors des horaires prévus pour l’entrée des groupes (ce qu’évidemment les guadeloupéens n’ont pu suivre puisqu’ils sont arrivés après) n’a pas aidé. Évidemment, la chose a aussi fait boule de neige, et a retardé considérablement notre activité nature, puisque le matériel n’est arrivé qu’avec une heure de retard au stand de l’animateur qui se chargeait de l’activité, et encore avec des moyens improvisés en marge des structures du jam. Mais le transport de matériel dans le parc n’est qu’un exemple parmi tant d’autres

Les services essentiels n’ont pas été épargnés puisque les toilettes chimiques n’ont été vidées de toute urgence que le troisième jour, alors qu’elles débordaient littéralement, que les douches n’ont été montées que le quatrième jour, que les bidons d’eau grasse n’étaient vidées que lorsqu’on avait tant de déchets liquides qu’il fallait utiliser les bidons de recyclage et de déchets (et encore, par des gens trop pointilleux qui nous refusaient de faire quoi que ce soit tant que nous n’aurions pas enlevé de ces eaux toute chose vaguement solide de taille supérieure à un dé à jouer), et que rien n’était prévu pour se laver les dents.

Enfin, mentionons que la sécurité n’a pas été en mesure d’empêcher des gens de venir bouffer dans notre cuisine (située à 15 minutes de marche de nos campements) pendant la nuit, et que des étranges ont été surpris à rôder près des tentes des exploratrices. Ce qui est surprenant, puisque les gens de la sécurité avaient une manière très lousse de contrôler les cartes (« avez-vous vos cartes? » « oui » « ok, bonne soirée »). D’ailleurs, ceux-ci se sont plaint de n’avoir eu presque aucune consigne.

Bref, la cata, et j’en passe. À la fin du camp, on m’a rapporté les paroles de Claude-Jean Lapointe, chef des scouts du Montréal métropolitain, dans son discours de cloture (je n’y ai pas assisté; je dormais sur le gazon, épuisé que j’étais de ma semaine): « Nous avons travaillé très fort pendant deux semaines afin que cette célébration du 100e anniversaire du scoutisme soit absolument inoubliable. »

Je crois que ça explique tout.

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