Mokapop

mars 28, 2008

C’est la faute à la théorie des jeux

Filed under: Sciences humaines — mokawi @ 6:52

J’ai oublié quelque chose: dans les bidules scientifiques charmants, il y en a un qui vous permet d’expliquer pourquoi la cuisine est toujours sale. Ça s’appelle: la théorie des jeux. Disons que vous êtes deux en appart (pour rendre les choses plus simples). Si vous faites votre part de ménage, vous coopérez au grand projet d’une cuisine propre, si vous ne le faites pas, vous faites défection. Les résultats vont comme suit:

  Jean coopère Jean fait défection
Je coopère Rendement maximal:
La cuisine est propre, mais j’ai bossé.
Rendement du perdant:
J’ai bossé et la cuisine est à moitié sale.
Je fais défection Rendement du trouduc:
Je n’ai rien fait et la cuisine est à moitié propre.
Rendement nul:
Personne n’a rien fait et la cuisine est sale.

D’un point de vue purement égoïste, le rendement du perdant est le pire, et le rendement maximal est le meilleur. Le trouduc récolte évidemment mieux que le perdant et que le rendement nul, donc dans l’ordre on a: rendement maximal, du trouduc, nul et enfin du perdant.

On pourrait donner une valeur au travail pour laver une moitié de cuisine (disons -6) et une autre pour la valeur d’une cuisine propre (disons 10) et pour une cuisine à moitié propre (disons 3). Alors le rendement maximal est de 4, le rendement du trouduc est de 3, le rendement du perdant est de -2, et le rendement nul est de zéro. Donc, j’ai intérêt à faire défection, parce que la moyenne de rendement est supérieure (1,5 contre 1).

Cependant, dans la pratique, c’est différent: si on joue à long terme, les gens commencent par faire confiance aux autres pour avoir le rendement maximal. Mais lorsque quelqu’un fait défection, personne ne veut se retrouver dans la peau du perdant trop longtemps, donc tout le monde en vient vite à jouer les paresseux.

Donc, mesdames, voilà pourquoi ma cuisine est sale: c’est la faute à la théorie des jeux.

Finalement, les sciences, c’est fou tight.

Filed under: Sciences naturelles — mokawi @ 5:15

Une des choses qu’on réalise très vite en retournant au merveilleux monde des sciences pures, c’est que les scientifiques qui ont de l’imagination ne savent pas trop quoi en faire. À preuve:

Together the work of Thompson and Tits has led to a better understanding of a strange class of symmetrical objects called sporadic groups, which don’t fit into the periodic table of symmetries. « They seem to come from nowhere, » says Niblo. The most bizarre of these, and the largest, is an object called the Monster, which can only be fully seen in 196,883 dimensions and has 8 x 1053 symmetry elements. Thompson devised a formula for predicting how many symmetry operations a sporadic group may have, and Tits has studied some of them: one (the Tits group) is named after him.
Nature, 27 mars 2008

J’ai hâte de voir le jour où on va trouver une application lointainement pratique au Monstre.

Plus tôt aujourd’hui, je découvrais qu’on pourrais faire des circuits encore plus petits et encore plus rapides avec du graphène, un matériel qui n’est autre qu’une immense molécule de carbones liés ensemble pour faire une feuille. Genre, les électrons approches la vitesse de la lumière. Méchant gizmo! Pour faire des ordis pour les schtoumps, peut-être?

Il y a peut-être de la place pour moi dans ce monde de fou, finalement!

mars 21, 2008

Le test psychométrique

Filed under: Personnel, psychologie — mokawi @ 8:16

J’ai reçu une invitation de l’Université Laval pour passer un test psychométrique. C’est comme ça que c’est dit: «Nous vous invitions à venir compléter un test psychométrique. Aucune préparation particulière n’est nécessaire pour la passation de ce test, car il ne s’agit pas d’un test de connaissances mais bien d’un test de personnalité. »
Évidemment, ça sent le roussi. Si ce n’est qu’une invitation, c’est probablement parce qu’il serait illégal d’obliger les étudiants à ce soumettre à ce procédé.

Il y a une bonne raison pour que ce soit illégal. Les tests psychométriques sont un outil intéressant en psychologie clinique: ils appellent le psychologue ou le médecin à tendre l’oreille dans un sens ou dans l’autre. Mais le test psychométrique de sélection fait tout le contraire: il permet d’éviter l’entrevue au moins dans un bon nombre de cas. De sorte que le candidat est, en pratique, jugé par une machine. Et là, évidemment, on tombe premièrement dans tous les problèmes de l’intelligence artificielle (e.g. la machine ne peut pas évaluer vos pensées, elle n’a accès qu’à leur forme, et pas à son contenu). On tombe aussi dans des problèmes d’interprétation: si un comportement x (e.g. répondre de telle façon à telle question) peut effectivement être causé par une disposition y pour madame z, ça ne veut pas dire que le même comportement x traduit la même disposition y chez monsieur w. Et même en multipliant les indicateurs, il n’y a qu’une certaine partie des gens qui peuvent vraiment rentrer dans les moules psychologiques du test.

Enfin, une petite histoire sur Nils Bohr, grand physicien qui a participé à la théorie de la physique quantique: Nils Bohr étant jeune étudiant à l’université de Copenhague, il aurait eu à passer un test dont une des questions demandait de mesurer la hauteur d’un édifice à étages avec un baromètre. À quoi il aurait répondu qu’on pourrait utiliser une corde, la nouer au baromètre, le faire descendre jusqu’à ce qu’il touche le sol, et mesurer la longueur de la corde depuis le haut du bâtiment.

Son examinateur n’aurait pas aimé, et l’aurait coulé, lui en aurait appelé de sa décision, et on lui aurait donné une chance de donner une réponse plus scientifique. Joueur, il aurait donné toutes sortes de réponses: on peut laisser tomber le baromètre et chronométrer sa chute, on peut l’utiliser comme une règle et mesure la taille du bâtiment en longueurs de baromètre, utiliser l’ombre projeté par le bâtiment et par un baromètre à la verticale, puis faire comme Thalès avec les pyramides, ou encore faire un pendule du baromètre et mesurer la différence dans la force de gravité. Ces réponses données, il termine ainsi: « Enfin, si on veut être un peu ennuyeux, on peut toujours obtenir la mesure à partir de la différence de la pression atmosphérique. Mais comme notre université nous encourage à être indépendants d’esprit et à appliquer la méthode scientifique, la meilleure manière serait sans doute d’aller cogner à la porte du concierge et de lui promettre un beau baromètre tout neuf s’il nous donne la hauteur du bâtiment! »

La morale de cette histoire, c’est qu’un homme d’une réelle intelligence s’approprie un test comme un objet, plutôt que de se dévoiler sur celui-ci. Aucun test psychométrique n’est en mesure de reconnaître le génie d’un homme, qu’il soit dans l’intelligence, le charisme ou la bonté, parce que le génie se manifeste par un type de créativité qui permet de sortir du cadre et d’explorer des horizons nouveaux.

Alors, comme disait Richard Desjardins, « j’y va tu ou ben si j’y va pas? »

mars 10, 2008

Salaires: l’écart entre hommes et femmes s’accentue

Filed under: Cultures, Philosophie — mokawi @ 3:56

Malgré les efforts soutenus de millions d’individus, de milliers d’ONG et de très nombreuses autres institutions, malgré le fait que les femmes sont maintenant plus instruites que les hommes, malgré le fait que les femmes font davantage passer leur carrière avant leur famille, et donc, à l’encontre de toute logique, l’écart salarial entre les deux sexes se creuse.

En ce lendemain du jour de la femme, on ne peut que se sentir impuissants devant de tels résultats. Il est difficile de penser à un enjeux de société qui a connu une attention aussi constante dans les dernières décennies (à part évidemment la fameuse « question nationale » pour les canadiens et surtout les québecois). Autant dire qu’il s’agit d’un échec retentissant.

Pourtant, on sait tous que la chose aura très peu de répercussion dans les médias, au près de la population et même dans les efforts des activistes qui veulent améliorer le sort des femmes. La cause n’est pas le manque d’intérêt de la population—après tout, on est tous homme ou femme, et donc on est tous concernés—mais un puissant mélange d’impuissance, de bonne volonté et de mauvaise rhétorique. Impuissance, car personne ne sait trop comment réagir, personne ne connaît de solution. La bonne volonté, parce que nous craignons que de trop publiciser cet échec spectaculaire ne vienne compromettre les efforts de ceux qui promeuvent des meilleurs pratiques en matière d’embauche.

La mauvaise rhétorique, c’est l’ensemble du soi-disant message féministe tel qu’il nous parvient à nous, humble public, et qui nous encourage à garder un peu stupidement le cap.

Prenons, pour fins de comparaisons, la rhétorique d’Aristote, qui est toujours un canon actuel, même si ce n’est qu’un canon parmi d’autres. En gros, Aristote préconise une forme de dialogue qui s’étend à toute la cité. Pour convaincre quelqu’un de quelque chose, vous prenez des valeurs communes, vous ajoutez des faits et circonstances connues de tous, et vous dérivez des conclusions. Si vous voulez convaincre les gens de délaisser une idée, vous devez les convaincre que la déduction qui amène à la conclusion est invalide, ou qu’une ou plusieurs des prémisses sont invalides.

Par opposition, le soi-disant message féministe (c’est-à-dire ce que les médias nous présentent souvent comme tel) ne considère jamais son auditoire comme autre chose qu’un enjeux et un objet. Comme personne ne nie le bien-fondé du projet d’amener la femme à égalité avec l’homme, mais que des indicateurs indiquent encore une grande iniquité, alors c’est que le problème est dans l’inconscient, collectif et individuel. Donc c’est à une élite éclairée de nous guider vers une pensée véritablement égalitaire. Nous en revanche, le public, nous sommes des brebis malades qui désirons la rédemption et ne savons pas comment y parvenir. En cet état, notre discours est douteux, à peine digne d’oreille, car avoir grandi submergé dans la pensée patriarcale nous empêche de penser le féminisme convenablement.

Mais n’avons-nous pas grandi dans la pensée patriarcale? Y a-t-il quelqu’un d’assez pur pour y avoir échappé? Certes non, mais en y mettant beaucoup de persévérance et de ténacité, certains révolutionnaires peuvent aspirer à la pureté après avoir analysé chacun de ses gestes, chacunes de ses pensées pour les soustraire à l’influence du vilain. Donc celles et ceux qui sont aptes à nous éclairer sont des fanatiques, et comme tout fanatique, ils sont aussi orthodoxe. C’est pourquoi ce discours ne semble pas s’être renouvellé depuis la révolution tranquille.

Je ne sais pas exactement la cause du recul, mais je sais une chose: un discours qui objectifie son public—et surtout les femmes, puisqu’elles ont été plus touchées que les hommes par les nouvelles normes sociales et qu’elles sont devenu l’auditoire-cible de ce discours—et qui ne se renouvelle pas est certain de s’essouffler. Même lorsqu’une écrasante majorité supporte ses idéaux fondamentaux.

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