Mokapop

mai 24, 2007

Urgence chez le PQ

Filed under: Politique — mokawi @ 2:01

Lu dans le fil rss de Radio-Canada:

 

Selon la Presse Canadienne, Pauline Marois sera couronnée le 30 juin si personne d’autre ne se lance dans la course. Dans le cas contraire, le résultat de la course sera dévoilé le 26 août.

 

Et rien n’annonce de nouvelle nomination, même parmi ceux qui n’aiment pas Pauline Marois. C’est dire jusqu’à quel point le PQ prend la menace qui pèse sur son existence au sérieux… Néanmoins, avis aux fédéralistes et aux Canadiens Anglais: le PQ est très loin d’être mort.


Chantal Hébert rapporte:

The last few polls all put the PQ in the lead in voting intentions.

Ça change un peu la donne. D’autant plus que Marois a l’air d’avoir déjà pris les rennes du parti, et de les avoir pris comme si elle avait pris le volant de sa voiture. Elle a peut-être déjà préparé son plan de campagne. Et elle a probablement une meilleure mainmise sur le parti qu’elle n’en aura dans deux ans. Bref, le feu est davantage sous la chaise de Jean Charest.

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Accommodements déraisonnables

Filed under: Cultures, Politique — mokawi @ 12:25

Je reviens tout juste de camp de printemps, assez meurtri merci parce que j’ai passé toutes mes nuits à bavarder jusqu’à 4h du matin avec une très charmante personne alors que je me levais à 6h le lendemain. En fait, j’ai le cerveau dans les vaps à cause de la grippe subséquente, donc j’implore votre clémence pour mes inexactitudes et mes éventuelles fautes.

Comment le « politiquement correct » peut devenir accommodement déraisonnable

Autrement, le camp a été une franche réussite, notamment parce que la formule de faire travailler ensemble tous les groupes d’âge a bien fonctionné. Néanmoins, notre chef de groupe nous a rapporté qu’un parent avait critiqué le fait qu’on utilise le mot « voler » dans les règles du grand jeu de la fin de semaine, et demandé qu’on le remplace à l’avenir par des mots comme « prendre ».

La logique derrière cette requête est inspirée d’une compréhension approximative de la pensée humaniste des années soixante, qui voudrait faire passer toute la construction de l’individu par le langage. L’idée est que la cognition du bien et du mal se fait par assimilation du réel à des « tags », comme le mot « voler »: en permettant à l’enfant de jouir (i.e.: faire avancer son équipe) d’un acte qu’on identifie comme « vol », on lui enseignerait à jouir de tout acte qu’on appellerait voler.

Or, à ce train-là, tous les jeux seraient plus aptes à pervertir l’enfant qu’à lui enseigner à être quelqu’un de bien: au soccer et au hockey, on doit battre l’adversaire et lui prendre le ballon ou la rondelle, au ballon chasseur ou au ballon chinois, il faut carrément le tuer, au « singe au milieu », il faut que celui du milieu vole la balle… À ce compte, il ne resterait que le haki.

Pourtant, on continue de croire à la mission éducative des jeux. Pourquoi? En mettant en jeu des situations indésirables (danger de « mort », guerre entre clans, etc.), on crée un stress artificiel où l’enfant doit utiliser toutes ses ressources pour s’en sortir. Et dans un jeu bien construit, il réalise que ses ressources les plus efficaces, c’est l’esprit de groupe, la coopération, le travail et l’effort, et que ses plus grands dangers, c’est la malhonnêteté, la tricherie et tous les autres trou-de-cul-ismes.

Néanmoins, la première réaction de notre chef de groupe, qui est pourtant une femme très intelligente, a été de manifester son accord avec la critique.

Je ne suis pas sûr qu’elle eût eu la même réaction si elle n’avait pas été aussi épuisée par le camp, mais je crois que cette attitude est néanmoins symptomatique de deux choses. Tout d’abord, de la pression qui est exercée sur l’éducateur: les parents se sentent le droit d’exiger des éducateurs qu’ils suivent les principes pédagogiques qu’ils considèrent comme « justes », parce que les éducateurs leur donne généralement raison, mettant leur propres principes au second plan. L’idée est que l’enfant appartient à ses parents, ce qui est évidemment faux: comme l’enfant une fois éduqué est un citoyen, et appartient à sa société, il est raisonnable de penser que son éducation, du moins son éducation sociale, devrait appartenir à la société. En ce sens, les suggestions des parents devraient être retenues comme telles, mais ne devraient pas avoir valeur de paroles du souverain.

La différence générationnelle

Ensuite, il y a, je crois, quelque chose de générationnel. Les voix, unanimes, qui se sont élevé contre l’accommodement, étaient les voix des animateurs de ma génération et de celle de ceux qui n’ont que dix ou quinze ans de plus que moi. Pour ma part, l’accommodement était si clairement et si instinctivement insensé que j’aurais sans doute renvoyé les parents à leurs oignons même dans un état de fatigue et de maladie dix fois pire que celui dans lequel j’ai terminé le camp. En revanche, j’aurais facilement vu mon père, ma mère ou d’autres animateurs de la même génération réagir de la même façon que mon chef de groupe—comme quoi ce n’est pas un cas isolé.

Je crois qu’il y a quelque chose là. La génération de mes parents est encore attachée à une transcendance—celle des principes de la démocratie—qui remplace en quelque sorte les principes légitimés autrefois par la religion. Dans cette mesure, l’individu et ses droits sont sacrés. Laisser l’enfant à la société plutôt qu’à l’adulte serait alors une atteinte aux droits de cet adulte à élever ses enfants selon les valeurs qu’il épouse, et une atteinte aux droits des minorités de manifester leur différence.

Évidemment, dans la pratique, ce genre de principes pose de nombreux problèmes, qui apparaissent de façon beaucoup plus éclatante dans la sphère pédagogique: j’ai mentionné le stress sur les éducateurs; on peut ajouter le conflit entre différents systèmes de valeurs et la difficulté d’organiser une classe alors que la légitimité de chaque activité peut être à tout moment questionnée.

Ajoutons à ceci que toutes les menaces qui se sont montrées à nous, jeunes québécois, ont toujours semblé venir de fondamentalisme basés sur une transcendance. Ajoutons encore à ceci que la mort du communisme donnait toute la place à une conception du monde néo-libérale, où les problèmes se règlent à la base, dans la sagesse naturelle des interactions humaines, plutôt que dans la lourde intervention de l’état, qui ne pouvait s’empêcher, en changeant la donne, de créer des effets pervers ailleurs dans le système.

La solution qui  s’impose, dans un tel cas, est une pensée immanentiste, qui cherche ses réponses dans le monde plutôt que dans les cieux de principes fondamentaux. Plutôt que de synthétiser le bien ex nihilo puis d’y faire s’y accorder le réel, il s’agit plutôt de synthétiser le bien à partir du réel—ou plutôt à partir de ce qu’il y a de meilleur dans le réel. Du coup, la capacité à faire le bien relève davantage de la capacité à prendre les bonnes décisions suivant une bonne vision, que de la capacité à être absolument fidèle aux principes.

La menace de l’Islam

Dans de telles circonstances, il est clair que lorsque vient en jeu la guerre idéologique que nous a déclaré l’Orient musulman, la réaction diffère. J’ai l’impression que ceux de la génération de mes parents vont soit vouloir tenir à leurs idéaux jusqu’au bout, quitte à laisser une place dangereuse aux valeurs musulmanes, soit rejeter carrément tout Islam et repositionner leur foi en la démocratie sur une foi en les valeurs occidentales voire chrétiennes ou catholiques d’une façon un peu kantienne.

À l’opposé, notre génération va soit se baser sur son expérience du multiculturalisme dans l’éducation et déduire que les problèmes d’accommodements raisonnables se doivent d’être résolus dans le détail, par le bon sens des individus, soit considérer sans subtilité qu’il y a une guerre à gagner, et que tout ce qui peut nous aider à la gagner est bon à prendre.

Je crois évidemment que la meilleure attitude est celle qui consiste à faire confiance à la sagesse populaire. La guerre idéologique n’a d’intérêt que pour les extrémistes musulmans, qui motivent ainsi des jeunes gens à joindre leur rang et qui leur donne une voix au niveau international. Les frottements sont inévitables, mais du moment où on les constate et où on les reconnaît, leur solution va venir dans le particulier. La menace n’est pas assez grande pour qu’il faille convoquer l’armée de l’air.

mai 16, 2007

Le problème de l’esclavage

Filed under: Politique, Uncategorized — mokawi @ 8:44

On a beaucoup parlé pendant la campagne présidentielle française de la fierté d’être occidental. En effet, d’un certain nombre de travaux, qui visaient à corriger une pensée triomphaliste qui voyait en l’occidental le preux chevalier amenant les bienfaits de la civilisations aux populations indigènes (cf. Tintin au Congo), est né en Occident et tout particulièrement dans les contrées catholiques un sentiment très chrétien de culpabilité par rapport aux fautes commises là où leur main colonisatrice a mis le pied.

Alors que subsistait l’alternative communiste, subsistait aussi la volonté et l’espoir de rétablir par le truchement d’un agent étatique toutes les inégalités créées, de sorte que cette culpabilité n’était pas vaine: elle n’était que le prélude à la création d’un ordre nouveau d’égalité et de fraternité. Même sans prôner positivement le communisme, elle s’appuyait sur son existence pour défendre un état-providence souverain d’une économie capitaliste qui en corrigerait les défauts.

Or, comme disent les américains, if it works, don’t fix it: il fallait donner une raison de plus aux classes dirigeantes de considérer le problème comme assez urgent pour qu’il leur faille vraiment prendre le risque s’y attaquer. Comme nous vivons encore sous le coup du lourd héritage de l’église, la culpabilité est resté un mécanisme efficace pour faire vouloir et agir les gens: c’est donc tout naturellement que la gauche s’est approprié cette culpabilité pour défendre son programme.

Mais l’effondrement du communisme puis l’échec du modèle économique français nous ont montré que l’état-providence, loin d’être l’acteur vigilant qui se substitue avantageusement aux lois de la nature pour garantir l’équité sociale et le progrès économique, était en fait beaucoup trop rigide et beaucoup trop aveugle pour ne pas nuire au développement de la civilisation et de l’économie. Lorsque la gauche elle-même s’est sentie obligée de réduire la puissance de l’état-providence, la culpabilité liée au statut d’occidental est devenu parfaitement inutile, et lorsqu’on s’est aperçu que les non-occidentaux la reprenaient à leur compte pour motiver la haine de l’Occident, elle est devenu carrément nuisible.

La réponse à cela, pour certains, ce serait carrément de revenir au triomphalisme qui prévalait encore avant la Seconde Guerre Mondiale. Or, même si l’on fait abstraction du danger évident de révisionnisme te de négationnisme, cette stratégie revient souvent à mettre des épouvantails pour protéger des squelettes dans le fond du placard (pardon pour le quétaine de l’image). Pour les peuples qui ont souffert des atrocités, comme les esclaves noirs ou les aborigènes latino-américain, ça relève carrément de l’insulte.

Le truc, c’est plutôt de se mettre dans les souliers de nos ancêtres et d’écouter ce qu’ils avaient à dire là-dessus. Prenons l’exemple de l’esclavage. Déjà, on peut constater qu’elle a été populaire dans toutes les nations jouissant d’une bonne organisation politique. Évidemment, on sait que les romains et les arabes se procuraient des esclaves soit à coup de conquêtes ou en les achetant de nations qui se spécialisaient dans ce genre de commerce. En Attique ancienne dans son apogée, ils comptaient pour près du tiers de la population, généralement issus de razzias en territoire barbare. En fait, l’esclavage est si généralisée qu’on peut presque le prendre comme le signe d’une civilisation avancée.

Il y a probablement plusieurs manières de le justifier, mais évidemment, en bon aristotélicien, je ne peux que vous donner la version aristotélicienne—qui est cependant probablement une position typique. D’abord, pour les anciens, disons-le tout de suite, la philosophie et la science ne sont pas des voies pour celui qui n’a pas le sous: il faut être affranchi de la nécessité de travailler et avoir beaucoup de loisir pour s’y consacrer. Mais en fait, pour Aristote, même l’esclave a tout à gagner de son esclavage, du moment qu’il a le caractère d’un esclave et que son maître a le caractère d’un homme libre. L’esclave y gagne parce que son maître l’empêche de tomber dans toutes sortes de travers et donne un sens à sa vie.

Évidemment, cette association suppose que l’esclave ait une relation privilégiée avec son maître, ce qui était effectivement le cas en Grèce classique, où les hommes les plus riches ne disposaient que d’une poignée d’esclaves. Par ailleurs, l’association devient néfaste si le maître a un caractère d’esclave et l’esclave un caractère d’homme libre, comme l’admet Aristote lui-même. Mais les esclaves athéniens sont généralement des barbares amenés à Athènes à la suite de conquêtes dans les contrées barbares, or Aristote note que ceux-ci se démarquent justement par leur caractère servile: c’est d’ailleurs pourquoi, ajoute-t-il plus tard, ils ont tendance à n’être gouverné que par un seul homme, puisqu’il manque d’hommes possédant la vertu politique, qui est à peu de choses près celle de l’homme libre. De sorte que pour Aristote, l’esclavage n’est pas un idéal: idéalement, il faudrait que tous les esclaves de caractère soient esclaves de fait, et que tous les hommes libres de caractère le soient aussi de fait, mais l’organisation actuelle de la Cité approche cet idéal.

On peut évidemment contester la validité de la remarque d’Aristote sur l’inégalité de caractère entre grecs et barbares. Néanmoins, pour le philosophe, c’est l’organisation politique d’une tribu ou d’une cité qui détermine le caractère de ses membres. Or la polis, ou cité, qu’Aristote considère comme le seul type d’organisation où peut s’accomplir l’homme, n’est pas connue des barbares. Il est mentionné plus tard dans la politique 

En revanche, si on en vient dans un système où on n’a pas besoin d’exclaves et où l’on peut se permettre de former tous, ou quasiment tous en hommes libres, on s’évite les problèmes liés à des associations maître-esclave illégitime. Bref, le système maître-esclave n’est pas idéal, mais c’est un moindre mal par rapport à un monde où personne n’a le temps de s’occuper des affaires de la Cité ou du développement des sciences, et où les esclaves de nature seraient laissés à eux-mêmes.

Au Canada, on note une différence énorme entre les écoliers des Premières Nations et entre les écoliers de toutes les autres origines ethniques: les amérindiens qui terminent leur secondaire sont minoritaires, et souvent, les écoles donnent des diplômes qui ne sont pas reconnus par le ministère de l’éducation dans l’espoir de garder davantage d’élèves sur leurs bancs. Ailleurs, en Afrique noire par exemple, on trouve des anecdotes comme celle-là, que je tiens d’un diplomate canadien: 

Une entreprise d’informatique avait mis au point un système sensé adapter l’aéroport de la capitale à la réalité du travailleur congolais moyen, qui n’est pas réputé pour sa fiabilité. Pour que les lumières de l’aéroport soient remplacées promptement, elle avait conçu un système qui avertissait l’employé par l’intermédiaire d’un tableau à LEDs lorsque les lumières avaient besoin d’être remplacées. Au bout de quelques mois, la direction de l’aéroport s’aperçoit que malgré ce système, beaucoup de lumières de l’aéroport auraient besoin d’être changées. Elle va donc voir son employé, et réalise que celui-ci avait débranché le tableau, afin de ne pas être dérangé lorsqu’il discutait avec les passants.

Je ne sais pas si ces gens, dont les ancêtres vivaient il n’y a pas si longtemps dans des régimes tribaux, auraient intérêt à être esclaves comme le croit Aristote—en fait, j’ai la certitude que bien qu’une aide soit nécessaire, elle devrait plutôt se manifester sous un forme d’aide logistique et financière au développement et à l’éducation—mais je suis absolument certain qu’ils ne sont globalement tout à fait prêts ni pour les exigeances de la  polis grecque, ni pour une économie de marché et une démocratie de masse. Mais les Cités grecques avaient besoin d’esclave et n’avaient pas assez à cœur le bien des autres pour se préoccuper d’aide internationale comme nous l’entendons.

mai 7, 2007

Sarkozy, économie et littérature antique

Filed under: Cultures, Politique, Uncategorized — mokawi @ 8:22

Je dois vous admettre, amis qui détestez certainement très franchement le candidat de l’UMP, et désormais président de la république, que je suis resté un peu perplexe face à au petit Sarko. Évidemment, il a l’air d’un véritable trou du cul, de la race de ces petits bonshommes qui compensent leur taille lilliputienne par une agressivité démesurée. Évidemment, il est excessivement provocateur quant on en vient aux banlieues, et son attitude le conduit tout droit à la catastrophe. En fait, je suis surpris de ne pas encore avoir entendu parler d’émeutes massives.

Mais la condition économique de la France demande un virage à droite, de toute urgence. L’économie moderne se définit comme une tentative de concilier la liberté individuelle de s’accomplir dans l’activité qui nous plaît avec le bien commun, propre à un état entier. L’avantage du capitalisme était de pouvoir donner à chacun l’espoir d’occuper l’emploi qui lui plaît; le prix à payer était l’inégalité économique: le chômage—surtout en période de crise—et la pauvreté. L’avantage du communisme économique était le plein emploi et l’absence d’inégalité économique (sauf peut-être pour les dirigeants), et le prix à payer était dans la rigidité d’une économie contrôlée à tous les niveaux par l’état, qui limitait l’innovation. La France a, semble-t-il, choisi une voix entre les deux, prenant un modèle économique capitaliste, et l’encadrant massivement avec des lois.

Le résultat est fascinant. Les lois destinées à protéger les travailleurs ont fait d’un emploi acquis un nid douillet, certes, d’où on ne saurait déloger l’employé, mais ce faisant, elles ont découragé l’emploi. Les entreprises, craignant d’engager des candidats ne leur convenant pas, ont appliqué des politiques d’embauches hyperboliquement conservatrices, ce qui a nuit beaucoup à ceux qui n’avaient pas d’emploi. De sorte que si quelqu’un se fait offrir un emploi en France, il y a de fortes chances qu’il le prenne, même si ce n’est pas exactement ce qui l’intéresse, et s’il ne trouve pas d’intérêt à son nouveau travail, l’employé en question sera plus frileux à se trouver un nouvel emploi, parce que le marché de l’emploi est mauvais. Par ailleurs, la politique conservatrice des entreprises les fait préférer les enfants issus de milieux aisés, qui représentent un moindre risque et encourage des pratiques comme le népotisme, qui est un fléau en France.

Il est très difficile de renverser ces tendances par de nouvelles lois. Dans un effort de contrôler la distribution des emplois et d’empêcher le népotisme, le gouvernement fédéral canadien a tenté un ambitieux programme de quantification des candidats. On a d’abord mis en place un questionnaire très élaboré (500 questions et plus) où on tentait d’évaluer l’expérience du candidat (« Avez-vous déjà utilisé Microsoft Word ou Corel Wordperfect? ») Évidemment, cette méthode a déjà ses limites: si vous utilisiez des logiciels semblables comme ThinkFree ou OpenOffice.org, vous êtes déjà hors circuit. Par ailleurs, le choix de réponse était modulé sur l’intensité de l’utilisation (jamais, parfois, souvent) et par la durée (jamais, 6 mois, 2 ans). Mais certains maîtrisent un logiciel super complexe en une journée, alors que d’autres ne seront toujours pas familier avec un outil après des années d’usage quotidien. Évidemment, il fallait aussi évaluer la compétence du candidat: normalement, on juge un peu par le CV et par les questions posées, mais ici, c’était impossible, puisqu’un CV est inquantifiable. Bref, on sort des tests: un test de communication écrite, un test d’intelligence et un test de personnalité. Le test de communication écrite est une rédaction qui doit résumer un texte, le test d’intelligence est un test de QI « light », avec trois dizaines de problèmes de trois types seulement qui sont des sortes de calculs logiques, et le test de personnalité est composé de questions du type « Votre collègue a fait un mauvais coup, allez-vous a) le dénoncer au patron, b) le convaincre de ne plus faire ce qu’il a fait, c) déposer une plainte à une autre instance ou d) vous fermer la trappe pour cette fois-ci? » dont toute personne intelligente répondrait nécessairement « ça dépend ». Évidemment, en plus d’être frustrant (en particulier le test de personnalité), ce test ne peut être adapté à chaque emploi—ce serait beaucoup trop laborieux—sinon peut-être par une voix qui reviendrait à délaisser aux patrons immédiats du candidat et à leurs adjoints le soin de mettre les critères sur papier, voix qui en plus d’être assez laborieuse pour ceux-ci, ne mettrait pas le candidat à l’abri du pistonnage. Le résultat est qu’on a jamais le candidat que l’on demande, et qu’il n’a jamais les compétences de l’emploi. Comme cette façon de prendre des candidats n’est pas la seule, mais qu’elle est la seule qui donne accès à la banque de demandeurs d’emploi du gouvernement, les employeurs du gouvernement font ont de plus en plus recourt à leur réseau pour trouver des candidats qualifiés.

Je ne crois pas que cette difficulté peut être surmontée. Même si on neutralisait la stupidité crasse qui a donné lieu à ce genre de dispositif, il ne ferait que mettre les mauvaises personnes au mauvais endroit au mieux, et au pire il créerait davantage d’inégalités en faisant des classes artificielles de « haut QI » ou de « haute personnalité » qui ne correspondent pas à des compétences réelles. Trouver le bon candidat est déjà un art, se limiter à ce qui est quantifiable est un handicap inacceptable à ce titre.

Il vaut donc mieux combattre le népotisme et la discrimination socio-économique ou raciale en ne donnant pas de raison pour l’utiliser. En ce sens, le virage économique à droite s’impose en France: si on donne aux entreprises le loisir de balancer les mauvais employés, le prix à payer pour un beau risque devient moindre. Si on établit des mesures de discrimination positive pour amener les employeurs à engager des gens issus de milieux défavorisés ou de minorités visibles, le risque devient aussi rentable que pour un candidat issu d’un milieu aisé.

Bref, j’aime la politique économique de Sarkozy. 

Le reste, j’aime moins. Ce que j’aime moins, ce sont des trucs comme ça:

« Vous vous fixez comme objectif de ne laisser aucun enfant sortir du système scolaire sans qualifications. Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ?

– Par exemple dans les universités, chacun choisira sa filière, mais l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage. L’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5000 étudiants pour 250 places.

Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ? 

– Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes. »

Dans le domaine culturel, la France fait figure de modèle. Si elle coupe là, d’autres le feront. Mais le calcul me semble mauvais, même d’un point de vue purement utilitariste: Mozart a apporté beaucoup plus au monde que le monde ne lui a redonné, et je crois que le même raisonnement est valable pour l’ensemble des artistes et créateurs. L’argent que l’état leur donne sous forme de subventions ou de bourses est un investissement.

Mais les français ne sont pas des utilitaristes: le droit de créer est pour eux un droit inaliénable. J’ose espérer que Sarkozy ne bafouera pas ce droit pour avoir maladroitement simulé l’utilitarisme anglo-saxon qu’il a de toute façon compris tout de travers.

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