Mokapop

mars 21, 2008

Le test psychométrique

Filed under: Personnel, psychologie — mokawi @ 8:16

J’ai reçu une invitation de l’Université Laval pour passer un test psychométrique. C’est comme ça que c’est dit: «Nous vous invitions à venir compléter un test psychométrique. Aucune préparation particulière n’est nécessaire pour la passation de ce test, car il ne s’agit pas d’un test de connaissances mais bien d’un test de personnalité. »
Évidemment, ça sent le roussi. Si ce n’est qu’une invitation, c’est probablement parce qu’il serait illégal d’obliger les étudiants à ce soumettre à ce procédé.

Il y a une bonne raison pour que ce soit illégal. Les tests psychométriques sont un outil intéressant en psychologie clinique: ils appellent le psychologue ou le médecin à tendre l’oreille dans un sens ou dans l’autre. Mais le test psychométrique de sélection fait tout le contraire: il permet d’éviter l’entrevue au moins dans un bon nombre de cas. De sorte que le candidat est, en pratique, jugé par une machine. Et là, évidemment, on tombe premièrement dans tous les problèmes de l’intelligence artificielle (e.g. la machine ne peut pas évaluer vos pensées, elle n’a accès qu’à leur forme, et pas à son contenu). On tombe aussi dans des problèmes d’interprétation: si un comportement x (e.g. répondre de telle façon à telle question) peut effectivement être causé par une disposition y pour madame z, ça ne veut pas dire que le même comportement x traduit la même disposition y chez monsieur w. Et même en multipliant les indicateurs, il n’y a qu’une certaine partie des gens qui peuvent vraiment rentrer dans les moules psychologiques du test.

Enfin, une petite histoire sur Nils Bohr, grand physicien qui a participé à la théorie de la physique quantique: Nils Bohr étant jeune étudiant à l’université de Copenhague, il aurait eu à passer un test dont une des questions demandait de mesurer la hauteur d’un édifice à étages avec un baromètre. À quoi il aurait répondu qu’on pourrait utiliser une corde, la nouer au baromètre, le faire descendre jusqu’à ce qu’il touche le sol, et mesurer la longueur de la corde depuis le haut du bâtiment.

Son examinateur n’aurait pas aimé, et l’aurait coulé, lui en aurait appelé de sa décision, et on lui aurait donné une chance de donner une réponse plus scientifique. Joueur, il aurait donné toutes sortes de réponses: on peut laisser tomber le baromètre et chronométrer sa chute, on peut l’utiliser comme une règle et mesure la taille du bâtiment en longueurs de baromètre, utiliser l’ombre projeté par le bâtiment et par un baromètre à la verticale, puis faire comme Thalès avec les pyramides, ou encore faire un pendule du baromètre et mesurer la différence dans la force de gravité. Ces réponses données, il termine ainsi: « Enfin, si on veut être un peu ennuyeux, on peut toujours obtenir la mesure à partir de la différence de la pression atmosphérique. Mais comme notre université nous encourage à être indépendants d’esprit et à appliquer la méthode scientifique, la meilleure manière serait sans doute d’aller cogner à la porte du concierge et de lui promettre un beau baromètre tout neuf s’il nous donne la hauteur du bâtiment! »

La morale de cette histoire, c’est qu’un homme d’une réelle intelligence s’approprie un test comme un objet, plutôt que de se dévoiler sur celui-ci. Aucun test psychométrique n’est en mesure de reconnaître le génie d’un homme, qu’il soit dans l’intelligence, le charisme ou la bonté, parce que le génie se manifeste par un type de créativité qui permet de sortir du cadre et d’explorer des horizons nouveaux.

Alors, comme disait Richard Desjardins, « j’y va tu ou ben si j’y va pas? »

février 12, 2008

Xavier — L’interprétation

Filed under: Philosophie, psychologie — mokawi @ 10:52

Bon, alors je vous ai parlé de Xavier et de son camp d’hiver scout dans les derniers posts.

Comme Don Quichote, Xavier interprète le monde selon un récit a priori. Il est la victime des autres, et rien d’autre. C’est ce qui lui donne le droit d’être méchant à souhait envers eux. C’est aussi ce qui lui permet d’interpréter la moindre peccadille comme une injure et une malice à son endroit. C’est enfin ce qui lui permet de vivre en retrait, de choisir quelles activités il veut faire avec le groupe sans s’occuper du tord que son absence pourrait faire.

Qu’y a-t-il de particulier dans le récit de Xavier? On sent qu’il est beaucoup plus « récit » que le récit de Gertrude, par exemple. Il y a dans ce récit un début (le nid douillet, l’amour inconditionnel de la mère), un noeud (la confrontation avec l’autre), des épreuves, une conclusion où on apprend que le héros doit soit vaincre les autres soit être vaincu lui-même, certes dans la souffrance, mais dans l’honneur. Et il y a un héros, bien évidemment. Le récit de Xavier, comme le récit de Don Quichote, pourrait se retrouver dans un roman; pas les récits de George ou de Gertrude.

Évidemment, il est particulièrement malsain qu’un récit initial possède une fin et qu’il prenne la confrontation comme a priori. La méthode d’interprétation du monde, qui est de trouver les preuves que le récit est vrai dans les similitudes entre le récit et l’expérience, est aussi dangereuse: le jeu de la ressemblance entre le récit et le monde limite le monde au récit.

Mais surtout il possède un héros. C’est un problème pragmatique: le héros ayant un statut éthique spécial, il a différends droits et devoirs que les autres. C’est un peu le genre d’éthique qu’on retrouvait au troisième Reich (sauf que là le « je » est une nation) et chez le héros de Crime et châtiment de Dostoievsky. Le héros pose problème car, à la limite, il est possible de coller un récit au monde, de chercher les ressemblances entre les deux et de rester fonctionnel, mais lorsque le récit implique un héros, la mécanique du récit s’expose à être contrée par les faits. Et lorsque le monde refuse au héros son statut éthique, lorsque le héros faillit à sa destinée, le récit s’effondre, souvent dans des circonstances tragiques.

février 11, 2008

Xavier

Filed under: Philosophie, psychologie — mokawi @ 9:39

Xavier n’a quand même pas eu une si mauvaise fin de semaine. Après notre chicane, Xavier a cherché mon attention et celle de Kaa (l’animateur qui est parvenu à le faire rentrer). Personnellement, j’étais encore fâché, donc je suis resté assez froid. Il a fallu le pousser sans cesse pour qu’il travaille à la vaisselle, mais il en a fait un peu (mais moins que tous les autres). Lorsqu’on a demandé aux sizeniers (les plus vieux qui font office de leaders) s’ils avaient des problèmes, il a fallu mentionner son nom, parce que son manque de participation leur posait moins de problèmes que les frasques des plus énervés. Évidemment, il n’a pas abandonné le langage violent, et il l’attribue sans cesse aux autres.
À un moment, il a insisté pour quitter la partie de
cache-cache l’esprit (cachette nocturne) et est entré dans le chalet alors qu’il n’y avait que moi. Il m’a demandé à jouer avec lui, ce que j’ai refusé catégoriquement.
– Pourquoi?
– Tu as choisi de ne pas jouer, alors tu ne joues pas. Si tu veux jouer, tu dois jouer avec les autres.
– Oui, mais c’est pas que je n’aime pas le jeu, mais c’est que je n’ai pas envie de jouer
en ce moment.
Je suis resté surpris, mais pas trop. Ce n’est pas le jeu ni les autres, mais c’était simplement qu’il n’avait pas envie
en ce moment.
– Rien à faire. Imagine ce que ça serait si tout le monde faisait comme toi! Dans la plupart des jeux, la plupart voudrait jouer à autre chose, ou n’ont pas nécessairement envie, mais ils savent qu’on va jouer à leur jeu à un autre moment. Alors ils jouent pour les autres, en attendant que les autres jouent pour eux.
Finalement, sa maman, qui est venu avec nous pour s’occuper de la bouffe, est arrivé et a cajolé son Xavier, et a joué avec lui.
À la fin du camp, il a affirmé, comme tout le monde (mais avec un langage plus ordurier, fait pour scandaliser) qu’il avait aimé le camp, mais pas le chocolat chaud du deuxième soir, qui était effectivement raté.

Moi vs tout le reste

Filed under: Philosophie, psychologie — mokawi @ 7:29

On descend de l’autobus, et tous les jeunes se mettent au travail. Tous ces
jeunes-là viennent des cartiers de bungalows de Hull. Ils habitent des grosses
maisons unifamiliales dont le ménage est fait par des bonnes portugaises ou
latino-américaines, et dont la vaisselle est faite par des machines
encastrées, mais ils sont disciplinés. Ils font très vite une ligne pour envoyer les
bagages dans le gymnase. Moi-même, je m’affaire aux détails essentiels qu’ils
sont incapables de voir, que la règle ignore. Puis je vois un petit bonhomme
en train de fesser sur le banc de neige à l’écart: comme de raison, c’est
Xavier (nom fictif).

– Qu’est-ce qu’il y a Xavier? Pourquoi tu aides pas les autres?
– Ils sont pas gentils avec moi.

Bon, ça y est. Il maugrée quelques insultes dont je ne capte que la violence.
Il frappe encore plus fort sur le banc de neige, et il évite mon
regard.

– Qu’est-ce qu’ils ont fait?
– Je voulais emmener mon sac moi-même, et ils voulaient pas.

Je l’ignore alors, mais la consigne, c’est qu’on empêche nos louveteaux, qui
sont très individualistes, de porter leur propre sac.

– Est-ce que tu leur as dit que tu voulais le porter toi-même?
– Non, mais ils l’ont pris et l’ont emmené. La gang de maudit, je vais prendre
un fusil, pis je vais tous les tuer.
– Ça risque pas de régler ton problème. Viens plutôt nous aider à ranger.
– J’m’en va les tuer, ils vont voir ça.
– Ou alors tu pourrais ranger les sacs avec nous. Messembe que ça sonne plus
efficace pour avoir du respect, non?
– Ostie! Laisse-moi tranquille! J’va les tuer, ok? Je veux réfléchir tout
seul, laisse-moi.
– Xavier, ça te donne quoi de dire des choses de même? Si tu veux tuer tout le
monde, tu vas te rammasser tout seul, pis avant ça, y’en a unqui va te
rammasser.
– Je m’en fous, je vais me tuer moi-même avant ça. Pis laisse-moi tranquille,
je veux réfléchir.

– Pensée très constructive, je vois. Et là tu te demandes pourquoi les autres
sont pas gentils envers toi. Peut-être que si tu étais gentil et que tu les
aidais ça marcherais.
– Je m’en fous.
– De toute façon, le camp commence, je ne veux pas t’entendre menacer les
autres, ok? De toute façon, si tu fais ça, t’es faite. Tu vas te faire
détester.
– Y vont tous mourir la gang de maudits.

On « discute » depuis bientôt dix minutes, et tout le monde est
rentré.

– Écoute, faut rentrer. T’as deux choix dans la vie: soit tu vis avec le
groupe, soit tu vis tout seul contre tout le monde. Ici, dans les scouts,
faut que tu vives avec le groupe. Soit tu aides les autres et tu les
respectes, soit tu te fais un ennemi de tout le monde et tu es malheureux.
C’est un choix facile, messembe. Mais si tu fais le mauvais, tu vas payer le
prix, pis pas juste dans les scouts.
– Non, je veux pas rentrer. Laisse-moi tranquille, je veux être tout seul.
– Tu vas pas faire le mauvais choix?
– J’m’en fous. Je vais prendre une mitraillette pis je vais tout détruire.
– On rentre. Viens.
– Ben attrappe-moi alors. Force-moi.
– Non, je veux que tu viennes. T’as des jambes pour marcher.
– Si je rentres, je vais me faire chicaner.
– QUOI? Alors il faut que je me fâche pour que tu rentres. Faut pas me le dire
deux fois!

Et là je ne me souviens pas très bien de la teneur de mon discours, mais je
lui fais sentir profondément comment je le trouve cheap, avant de rentrer
bredouille et de réclamer l’aide d’un autre animateur.

Il réussit là où j’ai échoué. Je lui demande comment il a fait:

– Je ne sais pas… Je l’ai bien chicané, et il a fini par céder.
– Je ne sais vraiment pas comment m’y prendre avec ce jeune-là.

Je voudrais ajouter: « Il est tellement nihiliste. »

– Moi non plus honnêtement.

avril 22, 2007

Le multi-touch de Jeff Han et la signification

Filed under: Informatique, psychologie, Sciences humaines — mokawi @ 10:57

J’ai posté un vidéo de YouTube où Jeff Han démontre une interface avec écran multi-touch. Mais ce qui a de plus touchant, c’est la différence avec un écran ordinaire. Prenons ce que j’ai sous les yeux en ce moment:

Comme vous pouvez le constater, l’espace est divisé clairement selon des lignes horizontales et verticales. Chacune des subdivision a un rôle bien précis, qui est clairement indiqué: certes, le néophyte resterait songeur devant un tel écran, mais l’utilisateur habitué comprend clairement que ce qui est en haut est une barre de menu, que l’espace de gauche est occupé par une liste hiérarchique représentant l’arborescence de mes journaux et que les icônes représentent chacune une action, par exemple.

Jeff Han a fait son possible pour faire éclater la subdivision de l’écran: désormais l’espace de l’écran est ouvert et infini, et il est, tant que possible, indivisible, sinon peut-être pour former des unités finies. Comme, peut-être, un espace physique idéal. Mais surtout, il fait sauter les figures de signification: l’utilisateur n’a pas à apprendre ce à quoi correspondent les symboles de l’écran, car les actions associées aux mouvements des mains seraient ceux qu’on ferait intuitivement, sans qu’on nous dise quoi faire.

De toute évidence, Jeff Han compte sur notre perception naturelle du physique pour poser les points de repère de son interface. Pour donner une idée claire de cette perception, je vous donne un exemple: la glace. Les environnements glacés sont quelque chose de spécifique aux nordiques: les gens qui ont vécu dans les tropiques ne savent pas ce que c’est que se déplacer sur une surface aussi glissante. Aussi, lorsqu’on les met sur une paire de ski ou de patin, c’est à coup sûr la catastrophe. Alors qu’un adulte moyen, pas sportif pour une cent, mais nordique, est généralement capable de descendre une piste bleue après une heure de cours, le méridional moyen, qui a passé la moitié de son heure de cours à apprendre à glisser sur une surface plane, peut se compter très heureux s’il a descendu une verte autrement que sur le cul.

Évidemment, cet exemple suppose évidemment que certaines personnes pourraient ne pas être à l’aise immédiatement avec l’interface « intuitive » de m. Han. Je crois que ce sera le cas, et qu’il y aura besoin de moyens didactiques d’expliquer les logiciels aux moins tactiles d’entre nous.

Par ailleurs, la puissance de l’ordinateur, c’est précisément qu’il est capable de rattacher une fonction complexe à un symbole tout simple: à la finitude de l’espace bidimensionnel des gestionnaires de fenêtre ordinaires se conjugue l’infinitude de la série (ou de l’arborescence) des signes. La magie de l’ordinateur, c’est de faire apparaître à l’infini de nouveaux objets dans le fini grâce à des commandes indiquées par signes. En ce sens, l’interface de l’ordinateur rappelle le langage universel de la Renaissance, qui s’attachait à relier entre eux grâces à des signes divins les êtres de la terre et du ciel pour en établir le sens cosmologique. 

Le gros problème d’un espace infini, c’est qu’il est laborieux à gérer (je ne voudrais honnêtement pas avoir à classer les photos de m. Han): si un tel espace devait venir, il serait nécessairement limité par quelque chose en bout de compte. L’infini de l’arborescence des signes, en revanche est plus facilement gérable, puisqu’il fait appel à des association thématiques plutôt que géographique. En ce sens, l’interface à signes est plus proche de la façon de fonctionner de l’esprit humain. Nos ordinateurs ne sont pas près de subir l’épuration, mais peut-être l’espace du bureau pourra-t-il effectivement prendre un peu de dimension. Mac OS XI?

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.