Mokapop

décembre 27, 2008

Pourquoi j’ai posté blanc.

Filed under: Politique — mokawi @ 6:24

Primo, je voudrais expliquer pourquoi j’ai posté un article vide le 25 décembre: c’est une petite tradition sur la blogosphère, et tout particulièrement sur la blogosphère maghrébine, pour laquelle ce sujet est particulièrement important, de manifester ainsi son appui à la liberté de parole. De nombreux pays, incluant la Tunisie et le Maroc, ont des législations qui permettent aux officiels de filtrer le contenu du web accessible à leurs citoyens afin d’empêcher, le plus souvent, la diffusion d’idées démocratiques ou de critiques aux institutions.
On n’y peut, évidemment, rien y faire, mais Noël est le moment où on peut s’en rappeler. Au moins, que les gens qui sont confrontés à ce genre de problèmes sachent que je les appuie, et que je suis disposé à les aider dans la mesure de mes modestes moyens.

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octobre 15, 2008

La corde à linge a perdu

Filed under: Politique — mokawi @ 4:19
F. Monsieur Corde à linge Pilon sur le site d'Élections Canada

F. Monsieur Corde à linge Pilon sur le site d'Élections Canada

Ce n’est pas une farce. Les électeurs d’Outremont ont vraiment eu un candidat qui s’appelle « Corde à linge ». Mais c’est un surnom. Je me demande si c’est ce qui s’est retrouvé sur les bulletins de vote!

En passant, les conservateurs sont minoritaires. Je dirais qu’ils sont là pour au moins un an, mais je me demande s’il pourra survivre plus de deux ans à un leader de l’opposition qui sait parler anglais.

juin 16, 2008

Chaotique copyright

Filed under: Arts, Cultures, Politique — mokawi @ 12:55

J’ai fait un post l’autre jour sur cet article de Rasmus Fleisher sur l’avenir du copyright, mais il n’est apparemment pas sorti, et on s’en fout parce que je ne disais rien d’autres que d’aller le lire. Il y a eu deux réponses à date, une qui s’accordait globalement avec Fleisher, et une autre écrite par Doug Lichtman qui le critique de façon très acerbe.

Globalement, je suis très d’accord avec Fleisher. En fait, je suis probablement beaucoup plus anarchiste que m. Fleisher: je crois qu’il est grand temps non seulement d’arrêter d’étendre à tout prix la propriété intellectuelle sur internet, mais aussi de limiter son utilisation notamment dans les brevets. Ce n’est cependant pas de quoi je veux parler ici.

Lichtman critique Fleisher sur la base de deux arguments: 1) les pertes de revenu frapperaient davantage les artistes de « niche » (qui ne participent pas de la culture de masse), feraient baisser la diversité et la qualité artistique et 2) Fleisher ne donne pas vraiment de contrepartie de la culture de téléchargement.

En ce qui concerne le premier point, Lichtman ne nous donne aucune information sur la chose, mais il semble plutôt que ce soient les artistes mainstream qui y goûtent à date. Dans une émission de Bandeapart.fm (la radio alternative de Radio-Canada), on mentionnait qu’alors que les ventes chutaient dans l’industrie en général, les ventes de disques québécois augmentaient. Idem, comme le mentionnait Fleisher, pour les revenus des performances live. Par ailleurs, les artistes marginaux sont généralement très heureux de la diffusion que leur donne internet, diffusion que jamais les autres médias, beaucoup trop centralisés autour d’une culture de masse, n’avaient jamais pu leur donner. On voit même apparaître des groupes qui auraient sombré dans l’oubli avant internet: Les amis au Pakistan, par exemple.

Dans un monde où le net serait libre de copyrights, il faut le concéder à Lichtman, il serait sans doute plus difficile de lever les moyens pour les grosses productions, comme Spartacus et Halo. Mais c’est précisément des aspects de la culture mainstream qui souffriraient, et pas les pauvres de petits pauvres, comme le pense Lichtman.

Quand au deuxième point, rappelons que, selon la formule de Lichtman, la protection de la propriété intellectuelle vise à créer un climat favorable à la création. Or les artistes (du moins les musiciens, qui sont les plus touchés) sont précisément pour le téléchargement parce que ça leur donne davantage accès à du matériel inspirant, en plus bien sûr de se donner un large auditoire. Pour quelqu’un qui aime passionnément la musique, tout ce qui peut aider sa propagation est une bonne chose.

Comme le dit Pheek:

C’est pourquoi il faut revenir à ce qu’était notre but premier en faisant de la musique: avons-nous commencé à créer pour plaire, pour faire de l’argent, pour nous faire connaître ou parce que nous aimons faire de la musique?

[…]

Créer ne devrait pas être une histoire de couilles, mais bien d’avancement de l’art et d’embellissement, chacun à sa façon, de son entourage immédiat et lointain, sans vivre dans la peur de perdre ce qu’on a. Pensez-y, la musique qui se multiplie pour rejoindre un grand nombre de gens relève pratiquement du miracle et n’est, en fait, qu’une culture qui s’étale selon les goûts du moment. Ce n’est pas une perte, c’est la multiplication totale. Un rêve de réunir une foule, en un court laps de temps.

Le principe le plus élémentaire de l’art et de la connaissance, c’est qu’ils doivent être diffusés. Le copyright sur les médias physiques aidait à leur distribution, mais il joue le rôle inverse sur le net. C’est pourquoi, à terme, il devrait mourir.

juin 5, 2008

Rapport Bouchard-Taylor: La noblesse d’âme et la fierté d’être québécois

Filed under: Politique — mokawi @ 3:55

Je prédisais que le rapport Bouchard-Taylor ne serait pas très aimé des médias, et que ces derniers vergeraient dessus à grand coups… Ça ne s’est pas passé. Somme toute, même les critiques des différents organismes nationalistes ont eu assez peu de couverture médiatique, et leurs appels à l’indignation ont eu assez peu d’échos. Même si il y a encore des intellectuels aux compétences douteuses pour s’époumoner dans la section « Opinions » du Devoir, leurs pamphlets contiennent plus d’insultes que de critiques. Même la critique de Pauline Marois, qui d’ailleurs ne reprochait pas grand chose à la commission, semble déjà oublié, perdue au milieu des petites crises récurrentes qui sont le fait toute opposition en santé.

L’a-t-on vraiment compris, ce rapport? Probablement pas. Bien qu’il soit écrit dans une langue très accessible, il est fait pour qu’on s’accorde à tous ses jugements. Le document dessine une philosophie de l’intégration qui est déjà celle du Québec, et qui est ancrée dans nos habitudes, dans notre sens commun. Les quelques jugements un peu intrépides qui s’y retrouve sont exprimés dans le cadre d’une pensée qui est déjà la nôtre.

Difficile donc, pour les médias, d’en dire quoi que ce soit d’intelligent. Le rapport a un profil si peu provocateur qu’on ne peut rien en dire.

Laïcité et « tord moral »

Mais le diable, comme d’habitude, est dans les détails. À témoin, le concept de « tord moral », exposé dans le chapitre sur la laïcité:

« … si donner de la viande à un patient dont la condition exige un menu végétarien équivaut à lui infliger un tort physique, forcer le végétarien, pour une question de principe, à manger de la viande revient à lui infliger un tort moral. On pourrait aussi dire que, dans un cas, la personne est soumise à une restriction physique, alors que, dans l’autre, elle l’est à une restriction « morale » ou « de conscience ». » – Rapport intégral de la commission, p.145

Le problème le plus évident dans ce concept de tord moral, c’est qu’il est difficile de définir une restriction de conscience dans la sphère publique. C’est une règle donnée à soi par soi, et il est trop facile, a priori de prétendre à une restriction de conscience qui permettrait de contrôler les autres. Cependant, ce genre de bluff tient mal le long terme, et il a fallu assez peu d’astuce pour réaliser que Said Jaziri agissait davantage pour se donner de l’importance que par restriction de conscience.

En revanche, ce genre de vision vient à l’encontre d’une vision que j’appellerais « le repas ». Prenez des gens de toutes origines et de tous âges, et mettez-les ensemble autour d’une table. Vous aurez sans doute plusieurs langues, plusieurs philosophie du repas et plusieurs restrictions de conscience différentes autour de la table. Afin de satisfaire tous les convives, il faudra sans doute une grande variété de plats. Si un convive ne suit pas les manière de table habituelles, vous n’en ferez pas un plat. La conversation va probablement sauter d’une langue à l’autre, généralement en préférant les langues plus communes comme l’anglais ou le français aux langues plus rares comme l’abénaquis ou le breton. Les sujets de conversations seront rassembleur, et les convives feront attention à ce que personne ne soit exclu.

Si un convive adopte une restriction de conscience radicale (par exemple, refuser que les autres mangent de la viande en sa présence), les autres essaieront de l’intégrer dans la dynamique du repas, en tâchant d’adopter le langage de sa conscience. En tâchant de penser comme lui ou elle, les autres se montrent vulnérables en ce sens qu’ils peuvent être convaincus, mais cette vulnérabilité est contre-balancée par la force du groupe. De l’autre côté, en tâchant de penser comme le convive réfractaire, ils font marque de respect, et le rende à la fois lui-même vulnérable parce que suivant sa logique, ils sont en mesure de donner des arguments convaincants.

Cependant, la restriction de conscience du végétarien est parfois tyrannique, car elle impose parfois de voir toute viande comme un cadavre, avec les règles de bienséance qui s’imposent. Si les convives croyaient vraiment que refuser de respecter ces règles en présence de ce végétarien consistait en un tord moral, ils chasseraient le végétarien comme un tyran: la notion de tord moral va donc à l’encontre de la philosophie du repas. Dans la philosophie du repas, il faudrait au contraire voir le fait de suivre ces règles d’une part comme un acte de générosité de la part des autres convives et une exception métaphysique à la règle qui veut que le monde ne se conforme jamais à ce qu’on voudrait de sa part, et d’autre part comme une stratégie pour intégrer le convive à la fête.

En toute honnêté, il y a toujours une forme de prescription dans la philosophie du repas, mais le sens de cette prescription est différend. D’un certain angle, c’est comme si les commissaires essayaient de forcer la générosité et l’intégration avec une contrainte de droit, ce qui n’est d’ailleurs pas représentatif du reste du rapport. Il ne faudrait pas qu’une générosité forcée, ce n’est plus de la générosité.

Stratégies d’intégration

Une des choses les moins vraies qui a été dite du rapport Bouchard-Taylor, c’est qu’il considérait les québécois « de souche » comme une minorité ethnique parmi d’autres. En fait, le rapport Bouchard-Taylor est concentré sur le phénomène d’accommodement, ce qui est naturel vu son mandat. Ce qui rend une image un peu croche: les groupes qui prennent existence dans un tel phare, ce sont le groupe affichant la différence et le groupe majoritaire qui n’a pas cette differentia specifica. Le premier groupe est souvent hassidique, sikh ou musulman, mais il varie. Le second en revanche, est toujours un ensemble de toute la société confronté à la demande d’accommodement. Il n’a pas vraiment d’identité sinon par opposition au groupe demandeur.

De là on peut arriver à deux perceptions fausses. On peut croire qu’aucun groupe ne représentant explicitement la majorité francophone, elle a été oubliée, ou plutôt elle n’est qu’une communauté ethnique parmi tant d’autres. Ou alors on peut penser que le groupe confronté à la demande d’accommodation est toujours un groupe de québécois de souche, et que de la sorte, ce sont toujours eux qui portent le fardeau de l’intégration. Dans l’une ou l’autre des lectures, le groupe majoritaire aurait été contraint au silence.

Il faut avoir lu très vite et très mal pour s’arrêter à cette conclusion. La vision de l’interculturalisme de Bouchard et Taylor est justement caractérisée par une culture commune forte, implicitement celle du Québec de souche. Le rapport souligne l’importance du français et l’importance de la communion autour de projets communs. Autrement dit, contrairement au multiculturalisme, l’interculturalisme est basé sur une intégration qui ne peut se faire que sous le leadership de la culture majoritaire.

C’est un aspect du rapport qui a été très peu souligné et qui explique certaines choses. D’abord, que le fardeau de l’accommodement semble échoir à la majorité francophone: le leadership implique davantage de responsabilité parce qu’il implique davantage de pouvoir. Après tout, les accommodements sont présentés comme des stratégies d’intégration.

Malaise identitaire et fierté nationale

Je dois cependant mettre un bémol. Robert Leroux, qui a fait un (assez mauvais) article sur le sujet dans Le Devoir, cite Gérard Bouchard s’exprimant sur l’interculturalisme en 1999:

« C’est une idée [l’interculturalisme] qui a déjà dix ou quinze ans, et à mon avis, c’est la proposition la plus intéressante. Elle m’intéresse à titre d’intellectuel ou de scientifique, et à titre de citoyen aussi. J’entends bien faire tout mon possible pour travailler à la promotion d’une idée comme celle-là, comme modèle d’arrangements des rapports collectifs dans la société québécoise. C’est un idéal très élevé, chargé de valeurs les plus nobles. » – Dialogue sur les pays neufs, p. 185

De fait, Bouchard est manifestement un tout petit peu aveuglé par la « noblesse » de l’idéal. En découle un optimisme un peu exagéré, et il mine le rapport au complet, qui a souvent l’air d’un merveilleux voyage au pays des « Câlinours ». Si le rapport de la commission a raison d’inviter à l’accommodement et au dialogue, s’il est vrai que ce sont des moyens légitimes d’intégration, je crois que Pauline Marois a touché juste en parlant du silence sur le « malaise identitaire ».

Cependant, et je crois que Mme Marois serait d’accord, le malaise identitaire n’est pas une recherche de l’identité: les québécois savent très bien qui ils sont. Le malaise, c’est qu’on ne sait pas ce que les autres cultures vont nous apporter. Et surtout, on ne sait pas si on va pouvoir conserver les valeurs qui nous sont chères si on doit jongler avec des règles tyranniques au nom de « tord moraux » dus à des « restrictions de conscience ». Le souvenir du pouvoir de l’église catholique est assez frais pour que le potentiel explosif d’une telle règle paraisse évident.

Pourquoi alors Bouchard et Taylor sont-ils tombés sous le charme des idéaux jusqu’à oublier cet aspect et jusqu’à proposer la notion de « tord moral » ? Je serais tenté de dire qu’ils aiment leur pays, et qu’à ce titre ils veulent lui donner les plus belles et les plus nobles qualités, pour continuer d’en être fier sans limite.

avril 18, 2008

Seulement au Québec

Filed under: Politique — mokawi @ 8:30

Il y a une vieille tradition qui réunit tous les Canadiens hors de l’Ontario, qu’ils viennent du Québec, des maritimes ou de l’Ouest: c’est de dire du mal d’Ottawa et du gouvernement fédéral. À Gatineau, la moitié québecoise de la capitale nationale du Canada (il faut le préciser, parce Québec aime dire qu’elle est la capitale nationale du Québec!), la tendance est en revanche de plus en plus à chiâler contre le gouvernement provincial. Les gatinois, qui ne sont pas chiâleux de nature, commencent à réaliser que leurs hôpitaux et leurs écoles sont les pires de la province. La chose est assez surprenante, puisque la région est la plus prospère de la Belle Province, que sa population y est plutôt instruite, et que le coin est hospitalier, la nature, clémente, la ville, assez jolie et sécuritaire, etc. Et comme l’éducation et la santé sont les deux domaines où le gouvernement provincial a le plus de poid, l’équation a été assez facile à faire pour les gatinois: Québec nous délaisse.

J’aimerais cependant montrer un autre processus (de nature culturelle, celui-là) qui contribue peut-être à l’état de nos institutions provinciales, illustré par une règle et une anecdote. La règle, c’est la question de l’ancienneté: les syndicats québecois ont instauré dans les conventions collectives un article gérontocratique qui défie toute intelligence: si un poste est libéré et que deux personnes y appliquent, on donne priorité à celui qui y est depuis le plus longtemps. J’ai vu des absurdités semblables dans la branche québecoise du syndicat des commissionnaires, mais c’est le seul endroit où je l’ai vu dans les structures fédérales.

L’anecdote, c’est mon aventure avec la commission scolaire. Hier, je suis allé à l’école secondaire Mont-Bleu pour soumettre ma candidature comme suppléant avec un CV et une lettre. On me dit qu’il me faut un papier de la commission scolaire, qu’il faut que je m’y pointe avec mon DEC (équivalent du bac pour les français), et on me prend mon CV et ma lettre. « Ce n’est pas très long, m’assure-t-on, ils vont vous délivrer le papier sur place. »

Je me présente donc cet après-midi à la commission scolaire avec mon diplôme d’université et mes relevés de notes. Or, voilà, il me faut plus qu’un DEC, me dit-on. Ils veulent mes relevés de notes depuis le secondaire 5, mon CV, une lettre, tous mes diplômes post-secondaires et mon certificat de naissance. Je leur explique que je n’ai pas fait de secondaire 5 (j’ai fait l’équivalent français) et que l’université de Montréal (où j’ai tenté de faire ma maîtrise) rend l’obtention des relevés de notes difficile, alors on me répond que ce n’est pas grave, que ce que je peux obtenir va me suffire, et on me remet une liste des choses à emmener, où je peux constater qu’on demande trois ou quatre documents additionnels aux gens qui appliquent pour le poste de professeur, et encore deux ou trois documents additionnels pour ceux qui sont nés hors du Canada.

Je reviens une heure et demi plus tard à la commission scolaire, après avoir visité la maison de mes parents et mon appart, avec tout le patatra. J’attend (longtemps) devant un bureau désert, et la femme qui me répond finalement me dit que je devais apporter de photocopies de mes documents, pas des originaux. Je plonge mes yeux sur ma feuille, et effectivement, il est marqué en gras et souligné que la province de Québec veut des copies de mes documents.

« Je suis vraiment désolé, je n’ai pas de photocopieuse chez moi. Est-ce que je peux le faire avec la vôtre? » Et je pointe une photocopieuse dans le hall qui est resté silencieuse pendant tout le temps de mon attente.

« Je suis désolé, mais vous ne pouvez pas utiliser notre photocopieuse. Vous comprenez, on ne pourrait pas laisser tous les applicants l’utiliser, il y en a tant. » Je jette un regard derrière moi, instinctivement, comme pour regarder le fantôme d’applicant auquel elle fait référence. On est vendredi après-midi, le moment de la semaine où il y a le plus de chances de rencontrer un applicant, et je suis le seul qui ne travaille pas déjà pour la commission scolaire. Je ne peux m’empêcher de faire une référence peu gracieuse à François Pérusse: « C’est un petit peu Mickey Mouse ici.

– Pardon?

– Je veux dire que c’est organisé d’une manière étrange.

– Monsieur, normalement, quand vous allez à une entrevue d’embauche, vous emmenez des copies de vos papiers.

– Madame, quand je vais à une entrevue d’embauche, je ne me suis jamais fait refuser l’usage d’un photocopieur. »

Finalement, la dame accepte de faire une exception, et me donne ma paperasse sur place.

La fonction publique fédérale a toutes sortes de travers. Comme disait un de mes amis: « J’aimerais mieux me tirer une balle dans le crâne que de travailler là ». Cependant, même si l’absurdité des tâches est souvent déconcertante, les règlements le sont moins. Le gros bon sens anglo-saxon y règne, et c’est pour le mieux. La morale de cette histoire, c’est que tout gatinois normalement constituée préfèrera travailler pour le fédéral que pour le provincial si lui donne le choix. Le salaire, plutôt que d’atténuer cette tendance, l’exacerbe. Donc, les institutions provinciales outaouaise subissant la compétition des institutions fédérales pour l’embauche, elles ne peuvent qu’embaucher des gens globalement moins compétents, ce qui rend encore plus pesante l’absurdité bureaucratique de la fonction publique provinciale. Ce qui explique encore pourquoi les professionnels, et notamment les professionnels de la santé, émigrent tous vers d’autres cieux.

décembre 14, 2007

Les dieux du Marché ont soif

Filed under: Cultures, Politique — mokawi @ 3:18

Le Canada est scène de deux procès assez significatifs: celui de Conrad Black, ex-magna de la presse, et celui de Brian Mulroney, ancien premier ministre fédéral.

Dans le premier cas, le procès concerne le vol de 6,1 millions de $ et une tentative d’obstruction de la justice. Conrad Black a cependant surtout été condamné pour ses travers moraux, que ça soit de la part des médias, de ses confrères, de ses associés ou même de la juge Amy St. Eve, qui vient de le condamner à 6 ans et demi de prison.

Dans le second cas, il s’agit de versements assez troubles alloués au premier ministre pour d’énigmatiques services rendus alors qu’il était en fonction et d’autres versements bien moins troubles alloués au parti conservateur à la même époque par un homme d’affaire corrompu, Karl-Heinz Schreiber. Comme le fait remarquer Chantal Hébert dans le Toronto Star, le transactions impliquant Mulroney n’étaient certainement pas aussi scandaleuses à l’époque où elles ont eu cours qu’aujourd’hui. Mais ce n’est pas non plus le cas de malversations de Conrad Black. Là où les politiciens canadiens ont essuyé le scandale des commandites et la commission Gomery, le monde des affaires en Amérique du Nord a connu le procès d’Enron. Dans un domaine comme dans l’autres, les lois protégeant l’intégrité du système ont été étendues et renforcées.

La raison est probablement dans le marché. En enlevant de l’argent qui aurait pu retourner dans le système, Black pipe les dés. Les investisseurs doivent ajouter à leur calculs la possibilité d’être floués, de sorte qu’ils investissent moins. De la même façon, on s’entend de plus en plus pour croire que les lobbies minent la démocratie plutôt que de la stabiliser, et les lois envers les contributions aux partis politiques sont de plus en plus contraignantes.

Il semble que la main invisible soit devenu un modèle dominant, et la dictature des démagogues
n’est plus la menace qu’elle a déjà été. Dans le marché de l’investissement comme dans le marché des votes,
le meilleur gouvernement, c’est le gouvernement minimal. Black et, dans une moindre mesure, Mulroney
représentent la vieille aristocratie qui « paternisaient » le système. Ils ne sont pas de grands coupables;
leur faute est de ne pas gouverner selon la nouvelle règle, mais leur sacrifice est un message à tous ceux
qui voudraient se croire plus malins que la main

septembre 15, 2007

Thérapie de groupe

Filed under: Politique — mokawi @ 11:03

Chantal Hébert est encore une fois une source de perspective fraîche dans un sujet qui commence à sentir la moisissure: les accommodements raisonnables. S’il y a un sujet dont on ne sait pas trop par quel bout le prendre, c’est bien celui-là. Voici sa piste:

Its high profile has more to do with the void left behind by the fading sovereignty-versus-federalism debate than with the place of minorities within Quebec’s public space.

Et d’ajouter que l’attitude du gouvernement Charest, qui envoie la chose en commission plutôt que de l’étouffer dans l’oeuf, est dangereuse; c’est la même attitude de la part de Paul Martin qui a étalé le scandale des commandites au-delà de son importance.
Le Québec n’a rien à gagner dans ce débat, qui est devenu le forum de toutes les frustrations. La raison ne fera de lumière dans ce débat que lorsque les gens qui s’y expriment admettrons que les enjeux n’ont rien à voir avec leurs problèmes, et qu’ils accepteront de diviser la pseudo-problématique selon des problèmes réels. C’est évidemment une chose que certains accepteront difficilement, puisque la colère sur les accommodements raisonnables donne une valeur et une médiatisation à leurs revendications.
Espérons donc que cette thérapie de groupe ne se soldera pas par des mesures trop concrètes.

septembre 9, 2007

Schizophrénie et sexe des anges

Filed under: Politique — mokawi @ 6:16

Il y a déjà quelques temps, Nadia a cité ceci sur son blog:

Le foulard islamique et le sexe des anges

Dans ce point de vue publié par le quotidien turc en ligne Gazetem, un grand écrivain s’indigne de ce que ses concitoyens polémiquent sur le voile que porte l’épouse du nouveau président, négligeant les vrais sujets de préoccupation.

Dans notre pays, tout le monde sait que les théologiens byzantins discutaient encore du sexe des anges alors que leur ville, Constantinople, était sur le point de tomber aux mains des Turcs [en 1453]. Cette anecdote fait partie de notre folklore national. Je me suis toujours demandé pourquoi nous connaissions si bien cette fable de prêtres byzantins alors que nous ignorions des pans entiers de notre propre histoire. Il doit bien y avoir une raison pour qu’une société comme la nôtre, qui manifeste si peu d’intérêt pour l’Histoire, connaisse ce genre de détail historique.

Serait-ce parce que nous ressemblons finalement beaucoup à ces prêtres byzantins qu’ils suscitent tant notre intérêt ? Ou alors serions-nous en train de nous rassurer en projetant nos propres faiblesses sur d’autres ? Très probablement un peu des deux. Pour trouver une réponse à ces questions, il n’y a qu’à imaginer la façon dont l’Histoire, dans cent ans, décrira la façon dont nous vivons aujourd’hui : « Pendant que leur capitale était confrontée à la sécheresse, que la désertification était en marche dans certaines régions du pays, que les spécialistes affirmaient que leur plus grande ville, qui comptait alors 15 millions d’habitants, était sous la menace d’un tremblement de terre imminent et que les accidents de la route provoquaient des morts par dizaines, ils se disputaient pour savoir si les femmes devaient se couvrir la tête. »

[…]

Nous allons mourir, mais qu’importe ! Notre négligence ne pousse d’ailleurs pas ceux qui nous gouvernent à prendre soin de nous. Allons-nous succomber si l’épouse du président de la République porte un voile ? Voilà de quoi nous discutons. Si Istanbul devait être touché par un séisme, il y aurait des centaines de milliers de morts, le pays s’effondrerait. Mais qu’est-ce qu’on en a à faire ? Ankara souffre de graves pénuries d’eau. Et alors ? Nous, ce qui nous tient en haleine, c’est la controverse sur le fait de savoir si les cheveux des femmes doivent être conformes aux normes édictées par Atatürk [fondateur en 1923 de la république – laïque – de Turquie] ou à celles découlant des prescriptions religieuses. Et pendant ce temps on se moque des Byzantins qui se disputaient sur le sexe des anges alors que leur capitale tombait aux mains des Turcs ! Ils étaient vraiment stupéfiants, ces Byzantins ! Assurément, nous ne leur ressemblons pas ! Nous au moins, alors que nous nous préparons à mourir, tenaillés par la soif, lors du prochain tremblement de terre, nous ne discutons pas du sexe des anges ! Non, nous, nous nous interrogeons sur le bien-fondé du voile !

La vie a donc bien changé dans ce pays : en six cents ans, nous sommes passés du sexe des anges au morceau de tissu que les femmes mettent sur leur chevelure…

Ahmet Altan
Gazetem via Courrier International

(Article complet)

Depuis quelques temps, une décision d’élections Canada fait la une dans un pays en manque de nouvelles intéressantes. Ce soir, j’ai trouvé ceci dans mon fil rss, et ça m’a fait pensé à ce post.
Dans un soucis d’équité, Élections Canada a décidé de mesures pour permettre aux musulmanes portant la burqa de voter sans montrer leur visage, et ce même si les musulmanes n’ont jamais rien demandé. Ces mesures ayant été jugées insuffisantes au public pour prévenir les fraudes, on a droit à un tollé, d’autant plus prévisible que le directeur des élections du Québec avait eu la même réponse après une tentative similaire.

Appréciez la saveur canadienne de cet épisode: les autorités adoptent en toute connaissance de cause une réforme très impopulaire qui doit bénéficier à une minorité minuscule (les porteuses de burqa sont sans doute dénombrables à la dizaine dans tout le pays) qui ne revendique rien, et ce par un pur soucis (douteux, peut-être, mais certainement authentique et honnête) de justice. La pensée qui prévaut dans ce pays oblige à un dialogue avec un interlocuteur qui n’existe pas. La fonction publique synthétise le discours de cette minorité fantôme à partir de la charte canadienne des droits et liberté, envers et contre tout.

On dira même plus: elle tente de synthétiser tous les discours, incluant ceux qui se contredisent, dans un espace unique. Être canadien, c’est croire qu’on peut croire, dans un certain sens du verbe, que p et non-p. Bref, si les moines byzantins avaient été canadiens, ils auraient résolu que les anges sont à la fois sexués et asexués. Mais pas au sens où Dieu est une seule et trois personne(s) à la fois: Dieu peut être un et trois à la fois, mais les anges ne peuvent pas être sexués et asexués; ils doivent être l’un ou l’autre. C’est plutôt une simultanéité éthique, une façon de conceptualiser la multiplicité des opinions et de la valeur de vérité qui leur est accordée.

En fait, on pourrait être plus précis. Disons que p= »Les anges ont un sexe », et qu’un théologien canadien résout que p. En tant que théologien, il considère que p, mais comme citoyen, il pense (ou il devrait penser) que p et non-p, pour représenter la glorieuse multiculturalité de son pays. Bref: il croit que p et (p et non-p). Être canadien, c’est donc être schizophrène.

août 24, 2007

Agents provocateurs

Filed under: Politique — mokawi @ 5:12

Radio-Canada rapporte que la Sureté du Québec aurait eu à s'expliquer parce qu'un vidéo YouTube montre de ses agents provocateurs pris sur le fait.

Bon. C'est un secret de polichinelle que les forces policières canadiennes envoient régulièrement des agents provocateurs dans les manifs, histoire de faire les choux gras de la télévision. Avec relativement peu de succès, d'ailleurs, puisque les manifestants canadiens sont plutôt pacifiques. La pratique n'est même pas nouvelle, paraît-il; j'ai entendu parler d'eux jusque dans les grandes manifs de la fin des années 60. Il y a donc de quoi être surpris que ça provoque assez d'émoi pour faire bouger la chambre basse.

Mais bon, ça cache une chose: la rencontre de Montebello s'est déroulé de la même façon que d'habitude. Les chefs d'état se sont rencontré, ils ont parlé à huis clos, ils ont répondu à 6 questions des journalistes (je ne rigole pas: 3 pour les médias canadiens, 3 pour les américains), et ils ont rencontré des industriels.

Je ne nie pas que les industriels ont des visions intéressantes de l'avenir et que les discussions doivent être plus faciles à huis clos, mais c'est un peu fort. Depuis le temps qu'on attend un minimum de transparence et de démocratie dans ce genre de sommet, on aurait pu s'attendre à voir la formule changer au moins un tout petit peu, juste histoire de dire que quelqu'un, quelque part, y a mis un petit peu de coeur, mais non: rien. Pas le moindre essai, ni même le moindre iota d'odeur de potentielle amélioration.

À la place on continue d'envoyer des agents provocateurs, que les manifestants attendent de toute manière. Je ne sais pas si c'est la bande du protocole qui bloque des fonctionnaires consciencieux ou encore les gens des affaires extérieures qui se tournent les pouces, mais il y a quelqu'un dans le tissu gouvernemental qui n'a pas fait ses devoirs.

août 15, 2007

Omerta – Jamboree Montréal 2007

Filed under: Diversions, Politique — mokawi @ 3:13

Chers lecteurs, je vous livre aujourd’hui un scoop qu’on m’a conseillé de garder pour moi. Le conseil m’est d’ailleurs venu de gens que je respecte, que j’admire et qui ont été solidaire de moi, ce qui rend mon acte d’autant plus téméraire. Mais je le fais pour deux raisons: primo, vu la couverture médiatique qu’a eu le jam 2007, je ne crois pas que les chances que ce post reçoive une grande publicité, et secundo, même si c’était le cas, je ne crois pas que les scouts du Montréal métropolitain aient vraiment à gagner de la loi du silence, puisque les autorités du district ne semble plus avoir à répondre de leurs actes à qui que ce soit, et que c’est en grande partie la cause des déboires du jam en question.

Bref, j’ai donc passé la dernière semaine au parc Maisonneuve. Et j’y ai été témoin de la plus éloquente expression de mauvaise gestion qui m’a jamais été donné d’observer. En fait, pour être fidèle, cher lecteur, il faudrait que je t’énumère tant de problèmes d’importance signifiante que cet article serait aussi long et ennuyeux qu’une license d’utilisation de logiciel. Il est plus facile de te dire que l’infirmerie a donné un service exceptionnel et qu’il ne semble pas y avoir eu de bogues majeurs pendant les spectacles, et que dans tout le reste je n’arrive pas à trouver un seul service vierge de défaut (certains mentionneront le transport; effectivement les autobus ont été à l’heure et efficaces, mais j’ai vu des groupes se pointer 1h en retard à la porte sur des mauvaises informations).

L’information était une denrée rare et recherchée à ce jam. Les gens aux portes n’étaient pas en mesure de nous dire par quelle porte rentrer, ce qui était d’autant plus navrant qu’ils étaient tous équipés de walky-talkies. D’ailleurs, bien avant le jam, les officiels s’étaient donné le mot pour la rendre les choses compliquées, puisqu’ils avaient sorti nos horaires dans un nombre assez impressionnant de versions. Dans le dossier de l’échange que nous faisions avec une meute de la Guadeloupe, le nombre astronomique d’intervenant (17) n’a pas suffi à nous fournir les informations nécessaires pour accueillir nos hôtes comme il se doit: arrivés à minuit, les carraïbiens ont attendu en vain le comité d’accueil qui avait été coupé à notre insu 3 jours avant, et lorsque nous avons appris leur arrivée au camp à 2h30, on a aussi appris du même coup qu’ils n’avaient pas encore mangé (« Vous êtes bien sûr au courant qu’ils n’ont pas encore mangé, hein? » nous a dit une responsable avec dans la voix le ton de reproche généralement adressé aux paresseux.)

Chose qui me semble encore tout à fait incroyable, les responsables n’ont pas géré les quantités. Afin d’éviter que trop de véhicules circulent sur le camp, ils ont pensé un système de transport avec des 4 roues équippés de chariots-remorques, qui s’est évidemment révélé insuffisant. La paresse des conducteurs qui refusaient d’opérer en dehors des horaires prévus pour l’entrée des groupes (ce qu’évidemment les guadeloupéens n’ont pu suivre puisqu’ils sont arrivés après) n’a pas aidé. Évidemment, la chose a aussi fait boule de neige, et a retardé considérablement notre activité nature, puisque le matériel n’est arrivé qu’avec une heure de retard au stand de l’animateur qui se chargeait de l’activité, et encore avec des moyens improvisés en marge des structures du jam. Mais le transport de matériel dans le parc n’est qu’un exemple parmi tant d’autres

Les services essentiels n’ont pas été épargnés puisque les toilettes chimiques n’ont été vidées de toute urgence que le troisième jour, alors qu’elles débordaient littéralement, que les douches n’ont été montées que le quatrième jour, que les bidons d’eau grasse n’étaient vidées que lorsqu’on avait tant de déchets liquides qu’il fallait utiliser les bidons de recyclage et de déchets (et encore, par des gens trop pointilleux qui nous refusaient de faire quoi que ce soit tant que nous n’aurions pas enlevé de ces eaux toute chose vaguement solide de taille supérieure à un dé à jouer), et que rien n’était prévu pour se laver les dents.

Enfin, mentionons que la sécurité n’a pas été en mesure d’empêcher des gens de venir bouffer dans notre cuisine (située à 15 minutes de marche de nos campements) pendant la nuit, et que des étranges ont été surpris à rôder près des tentes des exploratrices. Ce qui est surprenant, puisque les gens de la sécurité avaient une manière très lousse de contrôler les cartes (« avez-vous vos cartes? » « oui » « ok, bonne soirée »). D’ailleurs, ceux-ci se sont plaint de n’avoir eu presque aucune consigne.

Bref, la cata, et j’en passe. À la fin du camp, on m’a rapporté les paroles de Claude-Jean Lapointe, chef des scouts du Montréal métropolitain, dans son discours de cloture (je n’y ai pas assisté; je dormais sur le gazon, épuisé que j’étais de ma semaine): « Nous avons travaillé très fort pendant deux semaines afin que cette célébration du 100e anniversaire du scoutisme soit absolument inoubliable. »

Je crois que ça explique tout.

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