Mokapop

septembre 15, 2007

Thérapie de groupe

Filed under: Politique — mokawi @ 11:03

Chantal Hébert est encore une fois une source de perspective fraîche dans un sujet qui commence à sentir la moisissure: les accommodements raisonnables. S’il y a un sujet dont on ne sait pas trop par quel bout le prendre, c’est bien celui-là. Voici sa piste:

Its high profile has more to do with the void left behind by the fading sovereignty-versus-federalism debate than with the place of minorities within Quebec’s public space.

Et d’ajouter que l’attitude du gouvernement Charest, qui envoie la chose en commission plutôt que de l’étouffer dans l’oeuf, est dangereuse; c’est la même attitude de la part de Paul Martin qui a étalé le scandale des commandites au-delà de son importance.
Le Québec n’a rien à gagner dans ce débat, qui est devenu le forum de toutes les frustrations. La raison ne fera de lumière dans ce débat que lorsque les gens qui s’y expriment admettrons que les enjeux n’ont rien à voir avec leurs problèmes, et qu’ils accepteront de diviser la pseudo-problématique selon des problèmes réels. C’est évidemment une chose que certains accepteront difficilement, puisque la colère sur les accommodements raisonnables donne une valeur et une médiatisation à leurs revendications.
Espérons donc que cette thérapie de groupe ne se soldera pas par des mesures trop concrètes.

septembre 12, 2007

Les amis au Pakistan

Filed under: Arts — mokawi @ 9:28

Je reconduisais Gustavo chez lui, un soir, quand la radio « frais chié » de CBC nous a soudainement donné une petite chanson en français sur le hamster. Ça évoquait passe-partout, mais avec une trame de musique absolument géniale, faite exprès pour les amateurs de mélodie à tons successifs comme moi. Niveau instrument, c’était vaguement « dessins animés années 80″/ »jeux vidéos japonais début années 90 ». On s’est arrêté pour voir ce que c’était que ce bijoux-là, et il s’est avéré que ce sont les amis au Pakistan.
Et là je peux pu arrêter la musique de me trotter dans la cervelle.
Bandeapart.fm les a interviewé dans cette émission. Le truc bien, c’est qu’il y a 4 de leurs meilleures tounes sur l’émission; le truc poche, c’est qu’en plus du blabla avec la voix insupportable du journaliste qui veut faire cool, il y a de la musique d’autres groupes qui sont nettement inférieurs. Pour faire le tri, c’est facile: s’il y a des paroles bizarre (« Je suis un scott towel et je fais de la rétention d’eau »), alors c’est des amis, sinon, c’est pas des amis.

septembre 9, 2007

Schizophrénie et sexe des anges

Filed under: Politique — mokawi @ 6:16

Il y a déjà quelques temps, Nadia a cité ceci sur son blog:

Le foulard islamique et le sexe des anges

Dans ce point de vue publié par le quotidien turc en ligne Gazetem, un grand écrivain s’indigne de ce que ses concitoyens polémiquent sur le voile que porte l’épouse du nouveau président, négligeant les vrais sujets de préoccupation.

Dans notre pays, tout le monde sait que les théologiens byzantins discutaient encore du sexe des anges alors que leur ville, Constantinople, était sur le point de tomber aux mains des Turcs [en 1453]. Cette anecdote fait partie de notre folklore national. Je me suis toujours demandé pourquoi nous connaissions si bien cette fable de prêtres byzantins alors que nous ignorions des pans entiers de notre propre histoire. Il doit bien y avoir une raison pour qu’une société comme la nôtre, qui manifeste si peu d’intérêt pour l’Histoire, connaisse ce genre de détail historique.

Serait-ce parce que nous ressemblons finalement beaucoup à ces prêtres byzantins qu’ils suscitent tant notre intérêt ? Ou alors serions-nous en train de nous rassurer en projetant nos propres faiblesses sur d’autres ? Très probablement un peu des deux. Pour trouver une réponse à ces questions, il n’y a qu’à imaginer la façon dont l’Histoire, dans cent ans, décrira la façon dont nous vivons aujourd’hui : « Pendant que leur capitale était confrontée à la sécheresse, que la désertification était en marche dans certaines régions du pays, que les spécialistes affirmaient que leur plus grande ville, qui comptait alors 15 millions d’habitants, était sous la menace d’un tremblement de terre imminent et que les accidents de la route provoquaient des morts par dizaines, ils se disputaient pour savoir si les femmes devaient se couvrir la tête. »

[…]

Nous allons mourir, mais qu’importe ! Notre négligence ne pousse d’ailleurs pas ceux qui nous gouvernent à prendre soin de nous. Allons-nous succomber si l’épouse du président de la République porte un voile ? Voilà de quoi nous discutons. Si Istanbul devait être touché par un séisme, il y aurait des centaines de milliers de morts, le pays s’effondrerait. Mais qu’est-ce qu’on en a à faire ? Ankara souffre de graves pénuries d’eau. Et alors ? Nous, ce qui nous tient en haleine, c’est la controverse sur le fait de savoir si les cheveux des femmes doivent être conformes aux normes édictées par Atatürk [fondateur en 1923 de la république – laïque – de Turquie] ou à celles découlant des prescriptions religieuses. Et pendant ce temps on se moque des Byzantins qui se disputaient sur le sexe des anges alors que leur capitale tombait aux mains des Turcs ! Ils étaient vraiment stupéfiants, ces Byzantins ! Assurément, nous ne leur ressemblons pas ! Nous au moins, alors que nous nous préparons à mourir, tenaillés par la soif, lors du prochain tremblement de terre, nous ne discutons pas du sexe des anges ! Non, nous, nous nous interrogeons sur le bien-fondé du voile !

La vie a donc bien changé dans ce pays : en six cents ans, nous sommes passés du sexe des anges au morceau de tissu que les femmes mettent sur leur chevelure…

Ahmet Altan
Gazetem via Courrier International

(Article complet)

Depuis quelques temps, une décision d’élections Canada fait la une dans un pays en manque de nouvelles intéressantes. Ce soir, j’ai trouvé ceci dans mon fil rss, et ça m’a fait pensé à ce post.
Dans un soucis d’équité, Élections Canada a décidé de mesures pour permettre aux musulmanes portant la burqa de voter sans montrer leur visage, et ce même si les musulmanes n’ont jamais rien demandé. Ces mesures ayant été jugées insuffisantes au public pour prévenir les fraudes, on a droit à un tollé, d’autant plus prévisible que le directeur des élections du Québec avait eu la même réponse après une tentative similaire.

Appréciez la saveur canadienne de cet épisode: les autorités adoptent en toute connaissance de cause une réforme très impopulaire qui doit bénéficier à une minorité minuscule (les porteuses de burqa sont sans doute dénombrables à la dizaine dans tout le pays) qui ne revendique rien, et ce par un pur soucis (douteux, peut-être, mais certainement authentique et honnête) de justice. La pensée qui prévaut dans ce pays oblige à un dialogue avec un interlocuteur qui n’existe pas. La fonction publique synthétise le discours de cette minorité fantôme à partir de la charte canadienne des droits et liberté, envers et contre tout.

On dira même plus: elle tente de synthétiser tous les discours, incluant ceux qui se contredisent, dans un espace unique. Être canadien, c’est croire qu’on peut croire, dans un certain sens du verbe, que p et non-p. Bref, si les moines byzantins avaient été canadiens, ils auraient résolu que les anges sont à la fois sexués et asexués. Mais pas au sens où Dieu est une seule et trois personne(s) à la fois: Dieu peut être un et trois à la fois, mais les anges ne peuvent pas être sexués et asexués; ils doivent être l’un ou l’autre. C’est plutôt une simultanéité éthique, une façon de conceptualiser la multiplicité des opinions et de la valeur de vérité qui leur est accordée.

En fait, on pourrait être plus précis. Disons que p= »Les anges ont un sexe », et qu’un théologien canadien résout que p. En tant que théologien, il considère que p, mais comme citoyen, il pense (ou il devrait penser) que p et non-p, pour représenter la glorieuse multiculturalité de son pays. Bref: il croit que p et (p et non-p). Être canadien, c’est donc être schizophrène.

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