Mokapop

avril 23, 2008

Fans et keufs et la mauvaise foi

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 3:47

Devinez où j’étais hier soir? En charmante compagnie, dans un bar montréalais, à regarder le match. L’ambience était à l’ivresse collective, et par cela je ne veux pas dire que l’alcool compromettait les esprits, mais que tout en Montréal frémissait de joie et d’excitation à l’idée du match qui s’en venait. Il faut dire qu’il fait très beau à Montréal depuis quelque jours, et que le mercure est passé soudainement du point de congélation à une température de débardeur et de jupe courte. Dans de telles conditions, win or lose, on les aime nos Canadiens.

Mais après le but de Sergei, après la sirène finale, le triomphe de 5-0 a amené le petit peu d’énergie qu’il fallait pour amener le monde à l’euphorie. Les gens sortant du centre Bell ont sorti les klaxons, et on les a accueillis avec des acclamations, des chants et des cris. L’alcool a coulé, les jeunes ont dansé, bref le fun était dans la baraque. À un moment, les policiers sont arrivés gyrophares allumés et se sont arrêté près d’un groupe de jeunes qui acclamaient les voitures à la sortie d’un bar. Je ne sais vraiment pas ce qui leur a pris de sortir leurs gros sabots, mais tout le monde a cru qu’ils venaient mettre fin au party, et ils se sont fait huer très généreusement. Comme les policiers avaient dit qu’ils nous laisseraient festoyer, je crois que les gens ont cru qu’ils reniaient leur parole.

De mon côté, ça n’a pas dégénéré; ça ressemblait tout juste au quartier italien après la victoire en Coupe du Monde. Il faut dire que j’étais à l’UQAM, l’université hippie depuis sa création. Mais entre Peel et McKay, là où les émeutes ont eu lieu, on s’attend toujours à trouver des punks et des anglophones. Les premiers n’aiment pas beaucoup la police, et les seconds deviennent aggressifs dans l’ivresse. Même en temps normal, c’est le véritable « red light » de Montéal. Si les policiers ont eu autant de tact là-bas qu’à l’UQAM, je ne suis pas surpris qu’on se soit attaqué à eux.

Car c’est définitivement ce qui est arrivé: même si quelques vitrines ont été vandalisés, ce sont les policiers qui ont reçu les vrais coups.

Certains ont dit qu’il y avait un acte cathartique dans l’émeute d’hier soir. Je crois plutôt que c’est l’expression d’une véritable croyance en l’égalité: ce que disent les vandales, c’est que l’uniforme des policiers ne leur donne pas le droit de leur manquer de respect ou de se montrer de mauvaise foi.

avril 21, 2008

Mourir athée

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 5:22

Selon cet article de Libération, la ville espagnole de Rivas a ouvert une sorte de clinique légale dont un des rôles est d’aider ceux qui veulent l’apostasie (être enlevé des registres de l’Église). Selon Libération, ce service a beaucoup de succès. Mais ce qui est plus surprenant, c’est que beaucoup de gens qui la fréquente seraient des personnes âgées, qui veulent mourir en athées.

avril 18, 2008

Seulement au Québec

Filed under: Politique — mokawi @ 8:30

Il y a une vieille tradition qui réunit tous les Canadiens hors de l’Ontario, qu’ils viennent du Québec, des maritimes ou de l’Ouest: c’est de dire du mal d’Ottawa et du gouvernement fédéral. À Gatineau, la moitié québecoise de la capitale nationale du Canada (il faut le préciser, parce Québec aime dire qu’elle est la capitale nationale du Québec!), la tendance est en revanche de plus en plus à chiâler contre le gouvernement provincial. Les gatinois, qui ne sont pas chiâleux de nature, commencent à réaliser que leurs hôpitaux et leurs écoles sont les pires de la province. La chose est assez surprenante, puisque la région est la plus prospère de la Belle Province, que sa population y est plutôt instruite, et que le coin est hospitalier, la nature, clémente, la ville, assez jolie et sécuritaire, etc. Et comme l’éducation et la santé sont les deux domaines où le gouvernement provincial a le plus de poid, l’équation a été assez facile à faire pour les gatinois: Québec nous délaisse.

J’aimerais cependant montrer un autre processus (de nature culturelle, celui-là) qui contribue peut-être à l’état de nos institutions provinciales, illustré par une règle et une anecdote. La règle, c’est la question de l’ancienneté: les syndicats québecois ont instauré dans les conventions collectives un article gérontocratique qui défie toute intelligence: si un poste est libéré et que deux personnes y appliquent, on donne priorité à celui qui y est depuis le plus longtemps. J’ai vu des absurdités semblables dans la branche québecoise du syndicat des commissionnaires, mais c’est le seul endroit où je l’ai vu dans les structures fédérales.

L’anecdote, c’est mon aventure avec la commission scolaire. Hier, je suis allé à l’école secondaire Mont-Bleu pour soumettre ma candidature comme suppléant avec un CV et une lettre. On me dit qu’il me faut un papier de la commission scolaire, qu’il faut que je m’y pointe avec mon DEC (équivalent du bac pour les français), et on me prend mon CV et ma lettre. « Ce n’est pas très long, m’assure-t-on, ils vont vous délivrer le papier sur place. »

Je me présente donc cet après-midi à la commission scolaire avec mon diplôme d’université et mes relevés de notes. Or, voilà, il me faut plus qu’un DEC, me dit-on. Ils veulent mes relevés de notes depuis le secondaire 5, mon CV, une lettre, tous mes diplômes post-secondaires et mon certificat de naissance. Je leur explique que je n’ai pas fait de secondaire 5 (j’ai fait l’équivalent français) et que l’université de Montréal (où j’ai tenté de faire ma maîtrise) rend l’obtention des relevés de notes difficile, alors on me répond que ce n’est pas grave, que ce que je peux obtenir va me suffire, et on me remet une liste des choses à emmener, où je peux constater qu’on demande trois ou quatre documents additionnels aux gens qui appliquent pour le poste de professeur, et encore deux ou trois documents additionnels pour ceux qui sont nés hors du Canada.

Je reviens une heure et demi plus tard à la commission scolaire, après avoir visité la maison de mes parents et mon appart, avec tout le patatra. J’attend (longtemps) devant un bureau désert, et la femme qui me répond finalement me dit que je devais apporter de photocopies de mes documents, pas des originaux. Je plonge mes yeux sur ma feuille, et effectivement, il est marqué en gras et souligné que la province de Québec veut des copies de mes documents.

« Je suis vraiment désolé, je n’ai pas de photocopieuse chez moi. Est-ce que je peux le faire avec la vôtre? » Et je pointe une photocopieuse dans le hall qui est resté silencieuse pendant tout le temps de mon attente.

« Je suis désolé, mais vous ne pouvez pas utiliser notre photocopieuse. Vous comprenez, on ne pourrait pas laisser tous les applicants l’utiliser, il y en a tant. » Je jette un regard derrière moi, instinctivement, comme pour regarder le fantôme d’applicant auquel elle fait référence. On est vendredi après-midi, le moment de la semaine où il y a le plus de chances de rencontrer un applicant, et je suis le seul qui ne travaille pas déjà pour la commission scolaire. Je ne peux m’empêcher de faire une référence peu gracieuse à François Pérusse: « C’est un petit peu Mickey Mouse ici.

– Pardon?

– Je veux dire que c’est organisé d’une manière étrange.

– Monsieur, normalement, quand vous allez à une entrevue d’embauche, vous emmenez des copies de vos papiers.

– Madame, quand je vais à une entrevue d’embauche, je ne me suis jamais fait refuser l’usage d’un photocopieur. »

Finalement, la dame accepte de faire une exception, et me donne ma paperasse sur place.

La fonction publique fédérale a toutes sortes de travers. Comme disait un de mes amis: « J’aimerais mieux me tirer une balle dans le crâne que de travailler là ». Cependant, même si l’absurdité des tâches est souvent déconcertante, les règlements le sont moins. Le gros bon sens anglo-saxon y règne, et c’est pour le mieux. La morale de cette histoire, c’est que tout gatinois normalement constituée préfèrera travailler pour le fédéral que pour le provincial si lui donne le choix. Le salaire, plutôt que d’atténuer cette tendance, l’exacerbe. Donc, les institutions provinciales outaouaise subissant la compétition des institutions fédérales pour l’embauche, elles ne peuvent qu’embaucher des gens globalement moins compétents, ce qui rend encore plus pesante l’absurdité bureaucratique de la fonction publique provinciale. Ce qui explique encore pourquoi les professionnels, et notamment les professionnels de la santé, émigrent tous vers d’autres cieux.

avril 6, 2008

Les Canadiens premiers!

Filed under: Diversions — mokawi @ 7:33

Pour tous les européens, à l’exception d’Antoine: les Canadiens (l’équipe de hockey) sont premiers dans la conférence de l’est! Enfin, ils seront peut-être rattrapés par les Penguins demain, mais ils seraient quand même champions de leur division (le tiers d’une conférence, qui est la moitié de la ligue).

Pour bien vous faire apprécier l’importance sociologique de ce fait, sachez que Hockey News, LA référence en hockey, prédisait qu’ils seraient parmi les pires équipes de la ligue, et que même les journalistes québécois s’attendaient à ce qu’ils ne fassent pas les séries. Ajoutez à cela le fait que la dernière fois que les Canadiens ont remporté leur division, il gagné la coupe Stanley, que cette équipe, qui gagné 24 coupes Stanley en 98 ans, n’en a remporté aucune depuis 1993, et vous avez une idée de l’importance que ça revêt. Apprenez encore qu’ils jouent à guichet fermé depuis trois, date d’entrée en vigueur des nouveaux règlements (qui rendent le jeu plus rapide et moins violent), et que même les salles d’urgence sont beaucoup plus tranquilles les soirs de match, et vous comprenez un peu l’ampleur de la chose. Ce printemps, tout le monde va s’habiller en rouge.

Mieux encore, les séries s’annoncent longues, et surtout captivantes. Évidemment, c’est ce à quoi on s’attend lorsqu’une équipe est première, mais les paires d’opposants sont très avantageuses. En première ronde, ce sont les Bruins, qui ont perdu leur 11 derniers matchs contre Montréal, et qui ont une rivalité très ancienne avec le CH. Pour la deuxième ronde, ce sont les Caps, les Rangers ou les Flyers. Des équipes avec des grosses étoiles, mais qui devraient perdre en 6 ou 7. Et enfin, on aura peut-être droit au Penguins de Sydney et Evgeni avant d’affronter l’ouest. Bref, on va avoir du bon hockey, rapide, créatif, émotif, du début à la fin.

Montréal est l’équipe de l’Ouest qui a le plus de chance se rendre loin en séries; le parcours des Penguins va vraisemblablement être plus difficile, ne serait-ce que parce que parce que la série contre les Flyers est la plus incertaine de la première ronde dans l’Est. Mais il reste plus probable qu’une équipe qui n’est pas les Canadiens se rende en finale qu’autrement. Donc ne rangez pas vos chapelet.

Mais si tout va bien, il va y avoir une émeute à Montréal en juin.

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