Mokapop

mars 28, 2007

Le chalet du lac aux Castors

Filed under: Arts, Personnel, Uncategorized — mokawi @ 5:05

Mon oncle Claude et ma tante Mariette ne sont plus des nôtres depuis bientôt un an, mais la rénovation du chalet du lac des Castors, sur le mont Royal (Montréal), à laquelle ils ont contribué, est en nomination pour un prix d’excellence d’architecture. La contribution de Claude et Mariette, ce sont des plaques de métal colorées mises en évidences sur les murs extérieurs du chalet. Voyez:

Le chalet maintenant.

Ils viennent remplacer des céramiques que Claude avait installé il y de ça bien longtemps. J’ai trouvé une photo des vieilles céramiques:

Le chalet avant.

Claude était presque aveugle au moment de ce chant du cygne. Ça ne l’a pas empêché d’être audacieux: les couleurs ont été fixées au métal grâce à une technique assez inusité, à ce que j’ai entendu, voire même inédite. le résultat, comme vous voyez, est assez saisissant. Les couleurs donnent toute sa chaleur au bâtiment.

Il est possible de voter pour le projet: cliquez ici pour voir les autres projets en nomination ou cliquez ici pour voter directement pour le chalet du Lac des Castors. 

Publicités

mars 27, 2007

Élections 2007: un tournant?

Filed under: Politique, Uncategorized — mokawi @ 9:01

L’ADQ (action démocratique du Québec), le parti le plus à droite du Québec, a raflé à la surprise générale la deuxième position aux dernière élection provinciales et est passé bien proche de former un gouvernement minoritaire.

Que l’ADQ arrive si proche du pouvoir, c’est pour le moins déstabilisant. On nous dit ce matin que c’est l’électorat réactionnaire à l’immigration qui a permis à l’ADQ de frapper si fort en région. En fait, il ne faudrait pas réduire le nationalisme qui a poussé l’ADQ à sa position sur les accommodements raisonnables—position somme toute assez timorée si on compare avec ce qui se passe en Europe.  Il faudrait plutôt se rappeler que les électorats nationalistes votent traditionnellement à droite, que le Parti Québécois est (était?) à cet égard une exception.

Par ailleurs, l’ADQ représente pour beaucoup une solution neuve et énergique à de vieux problèmes: l’excès de bureaucratie, évidemment, qu’on accuse de bien des tords, mais aussi le sous-financement dans les universités, qui auraient bien besoin de dégel des frais de scolarité, etc. Le côté polisson de l’ADQ a de quoi plaire dans un état aussi volumineux que le nôtre.

Ceci dit, je suis bien content qu’ils aient échappé le pouvoir; je ne suis pas sûr qu’il y ait assez de ministres potentiels dans l’ADQ—et je m’inquiéterais de voir l’ancien patron du conseil du patronat dans un cabinet.

Certains prédisent que cette élection annonce une ère de trois partis. J’ai mes doutes. Je crois que les trois partis, le PQ en premier, vont jouer leur existence. En effet, je doute que deux partis puissent canaliser le vote nationaliste: le PQ va devoir se faire une cure de jouvence s’il veut séduire de nouveau son électorat traditionnel. S’il échoue, les souverainistes, fidèles comme ils le sont généralement, se partir une nouvelle église un peu plus loin, et devenir marginaux. S’il réussit, il pourrait renvoyer l’ADQ là où il était avant son élection, à moins que Charest ne fasse définitivement fuir ses électeurs vers l’ADQ avec un bilan encore plus mauvais que celui des 4 dernières années—là, ce serait le PLQ qui se trouverait marginalisé. Bref, je crois que la marge est proche pour les trois partis (mais surtout pour le PQ), de sorte qu’il serait facile de retomber dans un climat politique où deux partis se partagent les projecteurs.

mars 22, 2007

Politique canadienne

Filed under: Politique — mokawi @ 8:40

« For 10 short but surrealistic minutes on Monday, the sovereignist leader of the Parti Québécois held the fate of the 39th Canadian Parliament in his hands. »
Ainsi commence la dernière chronique de Chantal Hébert dans le Toronto Star. On vit une période particulièrement intéressante en fait de nouvelles à Montréal, et ce n’est pas seulement parce que les Canadiens de Montréal ont gagné quatre de leurs cinq derniers matchs pour se garder un espoir de faire les séries.
Il y a douze ans, le référendum sur la souveraineté du Québec—le 2e en 15 ans—donnait un « non » par une marge de moins d’1%. Lors du premier référendum, perdu par les souverainistes par une marge bien plus importante, René Lévesque, chef du parti de la souveraineté, avait dit « Si je vous comprend bien, vous me dites: « À la prochaine fois. » ». L’allocution du premier ministre québécois à l’issue du second référendum fût beaucoup moins brillante—assez catastrophique, en fait, pour l’envoyer en retraite prématurée dès le lendemain—mais il était encore plus clair dans la tête des souverainistes que la question n’était pas réglée.
Douze ans plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts, et le Canada s’attend à ce que le partisans de l’indépendance aient soif d’un référendum comme un poisson en plein désert, ce qui n’est pas sans fondement, puisque dans le feu d’une nouvelle campagne électorale pour détrôner un gouvernement libéral hautement impopulaire, le chef du Parti Québecois, André Boisclair, a annoncé qu’il avait l’intention de faire un nouveau référendum sur l’indépendance de la nation.
Pendant ce temps, à Ottawa, la capitale fédérale, les conservateurs sont au pouvoir après près de 15 ans de règne libéral. Règne minoritaire, cependant: comme ils partagent la chambre basse, ils ne peuvent passer de loi sans l’aide de l’un des partis d’opposition, et la chambre haute, sorte d’aréopage canadien, reste et restera encore pour longtemps majoritairement libérale.
Mais le chef conservateur, Stephen Harper, est prêt à faire ce qu’il faut pour défaire ses adversaires. Il l’a déjà montré une faisant volte-face dans le dossier de l’environnement. Sa base électorale étant dans l’ouest canadien, et surtout en Alberta, le parti conservateur a toujours été sceptique quant au protocole de Kyoto, qui obligerait les provinces productrices de pétrole, l’Alberta en tête, à réduire leur production. Mais ce dossier, qui prenait de l’importance au coeur des canadiens des autres provinces, risquait de lui faire perdre ses élections au Québec et en Ontario, qui sont les deux plus grosses provinces au pays. Harper a donc limogé son ministre de l’environnement au profit d’une nouvelle tête, et a annoncé la réouverture de programmes environnementaux.
Harper avait réussi aux dernières élections à rafler in extremis et à la surprise générale plusieurs sièges au Québec, notamment dans la région de sa capitale. Pour ce faire, il avait simplement reconnu l’existence d’un déséquilibre fiscal, i.e. que les provinces avaient une trop petite part des revenus de l’impôt pour la part des responsabilités qu’elles assumaient. Enfin, le premier ministre a réussi un coup de maître en reconnaissant le Québec comme nation et ce en s’attirant un minimum de critique, alors que la presse anglophone clamait depuis des mois que c’était la chose à ne pas faire pour le premier ministre.
Harper a été consacré politicien excessivement habile, et il aura le bonheur d’affronter un politicien qui s’exprime encore plus mal en anglais que lui ne s’exprime en français. Mais malgré ses gestes de bonne volonté, il reste en tête d’un parti qui s’est exprimé contre la primauté de la charte canadienne des droits et libertés, qui a demandé un second vote sur la question du mariage homosexuel, qui a aboli tous les programmes du gouvernement précédent pour l’environnement, et qui est accusé de menacer l’indépendance du pouvoir judiciaire en tentant d’ajouter la nomination des juges de la cour suprême aux tâches du premier ministre et en changeant le processus de nomination des autres juges. Les Ontariens et les Québécois, attachés à un modèle de gouvernement où les élus ont somme toute très peu de pouvoir et plutôt libéraux en ce qui concerne les homosexuels et la protection de la nature, craignent toujours ce qui peut arriver avec un gouvernement conservateur majoritaire.
Il y a une chose cependant qui leur tient à coeur avant tout, à l’un et à l’autre, et c’est le débat constitutionnel. Bien qu’il soit officiellement en dehors de l’agenda, parce que les politiciens précédents l’ont mené à une impasse, il pourrait être l’as caché de Stephen Harper. Du côté du Québec, on veut avant tout avoir ce que les résultats du référendum de 95 nous promettaient, c’est-à-dire un gouvernement provincial fort en pouvoir locaux et influant à travers le Canada. Du côté de l’Ontario, on veut que les libéraux gagnent les prochaines élections pour ne pas entendre parler de l’indépendance du Québec pour un autre quatre ans.
Si le parti conservateur peut montrer aux Québécois qu’il leur en donne plus que le parti libéral fédéral en matière d’autonomie, il va rafler des sièges au Québec et gruger sur la mainmise du Bloc Québécois—pendant fédéral du Parti Québecois—ce qui est peut-être une condition nécessaire à l’avènement d’une majorité au Parlement. S’il contribue à faire élire le parti libéral au Québec, et qu’il convainc les Ontariens que sa voie et son leadership est celui qui permettra de garder le pays uni, alors on lui pardonnera ses errements trop à droite et il sera élu pour quatre ans.
La solution était donc de donner au Québec ce qu’il veut—des milliards en transferts du fédéral aux provinces—en espérant que ça donnerait un coup de pouce au premier ministre québécois sortant, M. Jean Charest. Du même coup, il donnait peu de marge de manoeuvre au Bloc et au PQ, qui auraient été à court d’argument pour expliquer leur refus du budget le plus favorable au Québec depuis des décennies, et grâce à l’appui du Bloc, le parti conservateur faisait approuver son budget par la chambre basse, alors que les autres partis d’opposition héritaient de toute la liberté de le critiquer. C’est au court des dix minutes d’hésitation où le chef du Bloc, Gilles Duceppe, s’est entretenu avec André Boisclair que ces derniers ont eu dans leur mains le pouvoir de faire basculer le règne de Stephen Harper—ce dernier n’aurait cependant pas été en reste, puisqu’il a déjà grimpé sur les sondages grâce à l’impopularité du nouveau chef libéral fédéral, Stéphane Dion.
Mais voilà, même si l’Ontario approuve, même si le budget est resté assez Alberta-friendly, les autres provinces se montrent critiques à l’égard de celui-ci. Et si Harper a peut-être nui aux libéraux en menaçant les québécois de ne plus discuter avec leur gouvernement s’ils élisaient un indépendantiste, Charest, de son côté, a attisé les critiques de Harper en transformant directement une partie des sommes du fédéral en baisses d’impôts sur le revenu.
Bref, le Québec se voit une fois au centre de la politique canadienne au grand complet, et ce par le seul spectre du débat constitutionnel.

mars 12, 2007

Mario Dumont se fait rosser par Chantal Hébert

Filed under: Politique, Uncategorized — mokawi @ 10:30

Mais grave.
Pour ceux qui ne le savent pas, Dumont est un politicien québecois, aspirant premier ministre dans la présente campagne, et Chantal Hébert est une excellente chroniqueuse politique qui s’attelle surtout à la politique fédérale. Et comme il est le leader le plus charismatique de la campagne, ça en dit long sur les deux autres chefs.
Ceci dit, s’il y avait davantage de journalistes comme elle, il y aurait définitivement davantage de participation aux élections.

Partie 1 | Partie 2

Le Bailly!

Filed under: Cultures, Sciences humaines, Uncategorized — mokawi @ 7:35

Bonjour amis amateurs de langue, je vous offre aujourd’hui rien de moins que le dictionnaire grec ancien-français de notre ami Anatole Bailly. Il s’agit d’une version abrégée du début du siècle, tombée dans le domaine public. Pour un modique 35 megs de pdf, vous aurez accès à ce dico depuis le confort de votre maison sans même avoir accès à internet.
Si vous avez accès à internet en revanche, je vous conseille cette page, malheureusement assez bien cachée sur le site web de Perseus, qui vous permet de chercher dans l’incomparable dictionnaire de messieurs Liddell et Scott en utilisant les formes infligées (conjuguées, déclinées, contractes, etc.).

mars 8, 2007

Thunar, mon amour

Filed under: Informatique, Linux — mokawi @ 10:56

Xubuntu 6.10 vient avec le gestionnaire de fichiers Thunar version 0.4 et des poussières. J’ai justement décidé récemment de l’envoyer à la poussière, parce qu’il ose prendre plus de 30 secondes à s’ouvrir, qu’il est rempli de bogues et qu’il plante constamment.
Je cherchais quelque chose de rapide et de léger.
Voici mes tests:

Worker

C’est un de ces gestionnaires de fichiers à deux panneaux identiques, où vous devez naviguer pour trouver votre fichier dans le panneau de gauche et sa destination dans le panneau de droite pour copier, déplacer, etc. C’est vraiment très laid, ça a une interface assez zarbi merci, mais on peut tout personnaliser. C’était très rapide sur MacOS X, mais, je ne sais pas pourquoi, c’est moins vrai sur mon Xubuntu, et ça plante à l’occasion. Il ne supporte pas le drag’n drop.

Xfm

Celui-là, je l’ai essayé il y un petit bout sur MacOS X. C’est vraiment laid, ça ne supporte ni GTK ni Qt, et pour une raison étrange, c’est très lent. Exit.

Xfe

Encore un qui ne supporte pas GTK ni Qt. Pis encore, l’interface rappelle windoze 95/98. Horreur. Les caractères accentués s’affichent mal, alors je ne parle même pas de mes dossiers en grec polytonique, et il y a un GROS problème avec l’affichage. Je n’ai pas réussi à le compiler avec MacOS X, et je ne l’ai essayé que sur Xubuntu.

Midnight Commander

Je m’imaginais que je n’aurais pas à lire le manuel pour savoir comment ça marche, donc finalement, je n’ai pas était plus loin qu’au premier écran. Je vous averti, c’est pour le terminal, avec interface curses.

Dfm

C’est tout ce qui peut donner un bureau que j’aie arrivé à compiler sur mac (remarque, je n’ai pas essayé rox-filer). Vraiment très laid, pas pratique pour une cent. Ça ressemble à l’archaïque finder de MacOS 7, mais avec des icônes même pas alignées et une interface garrochée à la va-vite. J’ai simplement mis le bureau, j’ai changé toutes les icônes et j’ai changé tous les liens pour partir mes dossiers avec worker. Malgré tout, c’est rapide.

ROX-Filer

Le plus rapide (temps d’ouverture: moins d’une seconde, et afficher la liste des dossiers aux inventaires les plus longs dans des temps records). Malheureusement, tout l’interface présuppose que tu va utiliser le drag’n drop, et ce n’est pas encore le luxe de MacOS X. Dans MacOS X, tout en draguant un objet, on peut changer de fenêtre avec Exposé, (tu pèses une touche, et ça t’affiche toutes tes fenêtres dans un seul plan à la grandeur de l’écran) à peu près tout ce qui est dossier, système de fichier peut être ouvert par « spring load » (on met l’objet dragué sur le dossier qu’on veut ouvrir, on appuie « espace » ou on attend 2 secondes, et le dossier s’ouvre). Le spring load existe, mais sans touche de déclenchement, et il n’y même pas moyen de faire circuler les fenêtres en draguant. Il est possible que ça soit différent si on utilise OroboROX, le gestionnaire de fenêtres de ROX, mais j’ai des doutes.
En revanche, c’est très personnalisable, la navigation va très bien, et le bureau est bien fait. C’est un keeper. Mais aussi bien le faire jouer avec quelque chose de plus complet…

PCMan

Ça ressemble beaucoup à Thunar, c’est parfaitement intégré avec GTK2, jusqu’aux icônes et ça détecte les applications à utiliser pour chaque type de fichier—ce qui n’était pas le cas des précédents.
L’interface est super—avec tabs et un panneau d’arborescence ou de favoris. C’est vraiment rapide (temps d’ouverture: environ 3 secondes), le plus rapide après Rox.

Le test reste ouvert, bien sûr. Si vous êtes prêts à payer le prix en RAM et en occupation du CPU, vous voudrez sans doute tester Konqueror (le mastodonte des gestionnaires de fichiers) ou les nautilus (GNOME), evidence (Enlightment), KFM (KDE) qui sont liés à des interfaces graphiques complètes. Par ailleurs, Thunar 0.8 serait paraît-il bien meilleur que son aîné, vous voudrez peut-être le compiler pour voir (en ce qui me concerne, je crois qu’il ne peut pas être meilleur que PCMan, il peut tout au plus l’égaler).

mars 5, 2007

Défoulement sur le pseudo-féminisme enragé

Filed under: Cultures, Politique, Sciences humaines, Uncategorized — mokawi @ 9:43

Premièrement, disons-le, le féminisme est une des plus grandes conquêtes de l’homme. Ce qui me peine, c’est que les femmes qui se disent féministes sans restriction de nos jours utilisent davantage cette étiquette comme un bouclier pour soutenir toutes sortes d’absurdités qui tiennent davantage du défoulement que du souci de dire quelque chose de vrai et d’utile sur notre société. Ce qui me peine encore plus, c’est que c’est souvent le fait de gens intelligents.
Je ne connais pas les travaux de l’historienne Micheline Dumont, mais j’en ai entendu beaucoup de bien, moi qui ai la chance d’être fils de deux historiens. Mais j’ai été choqué par le manque de rigueur dont elle a fait preuve dans une entrevue dans le cadre d’un documentaire sur le féminisme qui a passé sur le canal savoir (sorte de canal communautaire axé sur l’éducation qu’on retrouve sur les ondes à Montréal).
Mme Dumont a fait preuve d’un certain laxisme quant à la façon de décrire l’histoire « mainstream » et ses raisons pour rejeter le projet des histoires un peu laissées de côté, comme l’histoire des femmes. Sans même traiter du manque flagrant de documentation pour raconter ces histoires parallèles, sans compter qu’il est difficile de les lier à des événements de l’histoire des sciences, des gouvernements, et autres piliers de notre société pour leur donner de l’importance dans le récit de l’histoire de l’humanité. Sans compter qu’il est difficile d’opposer l’histoire militaire, par exemple, à l’histoire des femmes, puisqu’elles n’ont même pas de lieu commun où s’affronter. À la limite, je peux comprendre qu’elle décrive ainsi, en terme très vague, la difficulté qu’a peut-être eu la nouvelle histoire à se donner une niche dans les années 60 et 70. Ce que je ne peux pas comprendre, en revanche, c’est qu’après avoir attaqué le manque d’égard de l’histoire au femmes, elle a fait de l’histoire des femmes une histoire exclusivement féminine. Comme si des hommes du XVIIIe et XIXe siècle n’avaient pas préparé le terrain.
Le résultat d’un tel manque, c’est que le récit de la libération des femmes devient celui-ci: après des millénaires d’oppression injuste, les femmes se seraient levé seules contre l’iniquité et auraient triomphé par le nombre. La seule raison pour laquelle les femmes auraient tout ce temps resté dans l’ombre des hommes, c’est que leur nature empreinte de douceur et de compassion n’aurait pas osé se lever contre le caractère violent et agressif du sexe fort, et la contraception ainsi que la protection de la loi et de la raison contre la sauvage violence virile auraient déclenché la révolution.
Évidemment, c’est un petit peu naïf. Si les hommes étaient réellement contre cette révolution, ils auraient eu les moyens de garder les femmes sous contrôle, eux qui détenaient tous les postes-clé, tous les diplômes, toutes les ressources. Il a bien fallu qu’il s’en trouve pour prendre le parti des femmes.
Mais je suppose qu’en fait, dans le récit brossé par nos féminisme, ce qui est vraiment intéressant, c’est la part de l’homme: il est coupable sur toute la ligne. Certes, le XIXe siècle a vu des offensives bien organisées contre le pouvoir de la femme avec notamment le concours de la médecine, mais à une époque où le corps reprenait son importance comme générateur de raison et où on était convaincu d’abord par les traités médicaux anciens de l’infériorité du corps de la femme, on peut admettre un minimum de bonne foi. Ce siècle du romantisme a par ailleurs été marqué par l’image d’une genèse de l’humanité où l’homme par son physique était tout-puissant. Retourner la femme dans le foyer, c’était revenir à des moeurs naturelles et saines, et ce n’est pas la seule erreur qu’a fait ce siècle dans le but d’assainir les moeurs. Et surtout, les siècles qui ont précédé n’ont pas senti ce besoin. Après tout, du haut moyen-âge jusqu’au XVIIIe siècle, les élites et les intellectuels (à part peut-être Rousseau, qui passait pour être le pire misanthrope de sa génération) aimaient s’entourer de femmes brillantes, dont plusieurs ont exercé des pouvoirs importants: pourquoi les hommes se seraient-ils soudainement senti menacés?
Des études visent à réécrire l’histoire de l’humanité comme l’accomplissement de la volonté de l’homme blanc d’imposer son joug à toute l’humanité: aux animaux, aux femmes, aux nègres, aux forces de la nature. Je suis désolé, mais j’ai bien de la difficulté à avaler que mon essence se limite à une volonté d’assujettissement, encore moins à la violence ou l’agressivité.
Reste que le corollaire de cette pensée, c’est ceci: c’est par bonté et par générosité que les femmes ne leur font pas payer toutes leurs souffrances passées. C’est un moindre mal qu’elle puissent les pointer du doigt et les faire sentir coupable, les mépriser lorsqu’elles peuvent s’en passer (comme les fameuses lesbiennes féministes enragées) et tenter de réformer leur nature profondément vicieuse (notamment dans le domaine des relations de couple, cf. cet article de Dan Savage).
Bref, des femmes, ayant lu l’histoire de l’homme comme histoire d’assujettissement et de violence, doivent raisonner que le féminisme leur offre les outils pour assujettir l’homme et pour lui imposer par la violence psychologique le règne de la femme. Que si elles ne contre-attaquent pas, elles vont se retrouver de nouveau victimes de l’homme. La bonne nouvelle, c’est qu’elles ont tord sur toute la ligne, et que pour cette raison, on donne peu de crédit à leur pensée.
Néanmoins, je crois que tout ça, c’est un putsch contre la plus belle conquête du XXe siècle, puisque plus personne ne veut être associé au écarts de ces pseudo-féministes. Et par le fait même, ça empêche la progression du féminisme, qui n’a pas peut-être pas terminé de réfléchir sur lui-même et de donner aux femmes leur juste place dans l’échiquier social.

mars 3, 2007

La solitude des baby-boomers

Filed under: Cultures, Informatique, Uncategorized — mokawi @ 6:27

La famille, c’est toujours particulier. J’ai eu le malheur de perdre plus que ma dose d’oncles maternels dans les derniers mois, dont un qui est mort à peu près en même temps que son épouse. À travers ces dures épreuves, j’ai pu constater quelque chose de très particulier: les antichambres de la mort, à part pour nous, étaient surtout peuplés de mourants et d’infirmières. Ce qui veut dire que tous ces gens meurent seuls, ou presque, ne recevant qu’une ou deux fois par semaine.
Je peux vous dire qu’entre la solitude et les repas d’hôpital et la compagnie des fines bouches qui composent ma famille (ils servaient des soupes à se rouler à terre aux carcasses de nos malades), mon choix n’est pas difficile. Toujours est-il qu’il m’a semblé que ceux qui ont vraiment fait le calcul, ce ne sont pas les gens de la génération de mes parents, mais surtout les moins de 30 ans: leur présence était nettement sentie, même s’ils n’avaient pas la proximité de leurs aînés pour les mourants. Mais ça devait aller bien au-delà de la peur de la mort, parce que certains ont exprimé le voeu de se revoir.
En fait, c’est un fait avéré que notre génération revient à des valeurs plus traditionnelles. Là où les baby-boomers voulaient une carrière et un épanouissement personnel, les nôtres veulent travailler moins et avoir plus de temps pour leur famille. Il n’est plus question d’avoir un meilleur emploi que nos parents, donc on met nos cartes dans la qualité de nos relations. Les jeunes restent donc plus longtemps chez leurs parent (comme leurs grand-parents autrefois), ils tentent de conserver intactes leurs relation avec ces dernier. Bref, si on considère la rapidité avec laquelle nos parents ont envoyé nos grand-parents en foyer, on peut dire que c’est le retour du parent prodigue.
Alors pourquoi je vous parle de ça? Je viens de voir une émission à Télé-Québec où une poignée de vieux syndicalistes fustigeaient une demi-célébrité québécoise parce qu’elle soutenait que l’ordinateur rapproche les gens plutôt que de les isoler. En fait, je vous donne leurs arguments (ceux dont je me souvienne):

1 – L’inauthenticité du rapport virtuel
2 – L’ordinateur n’est pas un outil qui permet de bâtir (le rapport avec la problématique, c’est que ça devient un moyen de masturbation intellectuelle)
3 – L’utilisation de l’ordinateur fait compétition aux activités sociales, telle le traditionnel souper familial
4 – Les jeux simulent un rapport à l’autre malsain.

De toute évidence, quiconque soutient (2) connaît très peu l’ordinateur. Il y a quand même une raison pour laquelle 95% des entreprises (à vue de nez) sont informatisés. Je ne veux même pas m’attarder à tous les endroits où on s’est mis à bâtir des trucs qui n’auraient jamais vu le jour sans ordinateurs. J’ai mis cet argument parce qu’il est si imbécile qu’il prouve hors de tout doute que ceux qui l’emploient ne savent pas de quoi ils parlent.
L’argument 1 est du même acabit, mais il est assez vague pour tenir vaguement la route si on le considère comme signifiant que des choses comme le langage non verbal, qui ne se retrouvent pas sur le chat ou le courriel. Je ne crois pas qu’il aurait convaincu Wittgenstein, mais si on est assez accro des implications métaphysiques du rapport direct, alors on peut lui donner une certaine valeur. Cependant, malgré cela, on ne peut nier que le rapport virtuel a une authenticité qui lui est propre. Les chatteurs ont créé des façons de converser nouvelles, c’est bien connu, mais ce qui est moins connu, c’est que le chat a invité et invite toujours ses adeptes à réinventer la communication et les jeux de langage. Or, le langage n’étant pas une toile uniforme, mais plutôt une constellation d’étoiles entre lesquelles les vides sont des zones d’accès difficile pour l’expression, une telle liberté permet de formuler plus précisément ce qu’on veut dire. Par exemple, le chat permet un accès illimité au langage parlé comme au langage écrit, de même qu’à des mots nouveaux ou des nuances qu’ont ne peut suivre à l’oral.
Ceci pour dire que si l’authenticité, c’est une meilleure expression et une meilleure compréhension, le chat a certains avantages. Même si tous admettent que la présence n’est pas la même.
Le troisième argument marche mal dans les faits. Le souper traditionnel a surtout subi le coup du carriérisme et de la télévision. Il est certes difficile pour les parents de décoller leur ado de l’écran pour les faire souper, mais somme toute, tant que les parents sont là pour les décoller, le souper n’est pas en danger. Et franchement, ce n’est pas d’hier qu’on a de la difficulté à faire bouger les ados (sauf à la douce époque où il était bien vu de les sodomiser, mais encore là il a fallu inventer la philosophie pour les convaincre de ne pas trop faire de bêtises).
Le quatrième argument a été soulevé dans le passé concernant la télévision, les sports, etc. Et il a été prouvé qu’il ne tient pas vraiment: il y a un monde entre le massacre virtuel et la réalité. À preuve, une société pacifique comme il n’y en a jamais eu! Je crois sincèrement par expérience que celui qui a « fraggé » vingt fois son meilleur ami durant l’après-midi a beaucoup moins envie de coller des baffes. Certes, la télé et les jeux vidéos, lorsqu’on en abuse, rendent de mauvaise humeur, mais c’est comme toutes les bonnes choses: μηδέν ἄγαν, pas d’excès.
Ce qui a vraiment donné à l’ordinateur sa réputation d’asocial, c’est l’usage qu’en ont fait les baby-boomers. Ils sont incroyablement résistants à l’usage du chat, qu’ils méprisent; au mieux, ils utilisent la téléphonie par internet, qui est pourtant assez médiocre merci. L’ordinateur est souvent associé aux obligations, comme le travail, le courriel est une source de pourriel et d’horrible chaînes, mais pas vraiment de contact parce que leurs amis les appellent ou leur envoient une carte une fois de temps en temps. Il est rare qu’ils conversent avec des gens de Barcelone ou de Beijing avec ça.
Il n’ont pas confiance en les ressources électroniques, parce qu’ils croient souvent que le web en est à la phase d’il y a une décennie, où l’essentiel des pages web étaient des pages personnels faites par des quidams qui parlent de leurs chats et de leurs hobbies, alors que des initiatives comme Wikipédia ou de nombreux projets universitaires donnent un contenu au fait des développements les plus récents, ce que les vieilles encyclopédies ne peuvent se permettre. Ils sont par ailleurs convaincus que le commerce électronique est très risqué, même s’ils ne prennent jamais le temps de déchirer convenablement leurs correspondance financière, ce qui est doublement risqué. Comme ils sont dépassé par l’inventivité qui démarque le web, et par le changement que ça apporte constamment, ils ont peur de se lancer dans des activités qui les exposeraient à une participation active. Ils n’écrivent pas dans les forums, ils ne partagent pas leurs connaissances dans wikipédia, ils ne visitent pas les blogs, ils ne savent pas ce que c’est qu’un fil de nouvelle ou un podcast. Bref, ils ne jouent pas le jeu.
Pour apprécier l’outil de communication qu’est l’ordinateur, encore faut-il l’utiliser. En fait, je crois qu’il y a un autre problème, cette fois-ci exclusif au Québec: les baby-boomers n’ont pas suivi autant de cours de science et de mathématique, mais ils ont suivi davantage de cours de langue et de sciences de l’homme. Les sciences humaines et les lettres sont des sciences fermées: l’homme reste le même, ce que l’on décrit, ce sont ses variations, et non pas son progrès. À la limite, notre connaissance de l’homme vaut celle de Platon et d’Aristote—d’ailleurs, c’est un fait que l’Éthique à Nicomaque inspire encore beaucoup nos contemporains. En revanche, les mathématiques, la logique et les sciences pures sont ouvertes: tout deviendrait réductible à des nombres, de sorte qu’en les agençant comme il faut, on peut optimiser la réalité et la compréhension qu’on en a. Les nouveautés technologiques, si elles sont l’expression d’un agencement de choses connues et compatible avec notre vision du monde, restent domaine connu et facilement assimilable; si au contraire elles semblent s’éloigner d’éléments clés de la nature de l’homme, comme le corps, elles sont vues comme un obstacle.
Sans doute cette anthropologie est-elle aussi au coeur du paradigme qui a causé la solitude des baby-boomers. Le baby-boomer cherche à combler les besoins de sa nature et à s’exprimer selon des voies qui sont inscrites en lui: par ce soucis égocentré, il en vient à voir ses proches comme des obstacles (cf. Sartre), et ses proches ne voient plus l’intérêt à le fréquenter.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.