Mokapop

avril 20, 2006

Parlons philo

Filed under: Personnel, Philosophie — mokawi @ 8:06

Il n’y a pas de moyen plus sûr de ne pas être compris que de devenir chercheur. Mais devenir chercheur en philosophie, ça frise l’irréel: il faut dire que pour le commun des mortels, la philosophie, c’est une discipline en voie de disparition. Les sciences, on sait ce que c’est: ça nous permet de fabriquer des fusées et des ordinateurs (évidemment, le commun des mortels s’imagine que ceux qui fabriquent des ordinateurs sont les mêmes qui ont établi la théorie de la physique quantique). La littérature aussi on sait ce que c’est: c’est chouette, ça nous donne de la lecture le dimanche quand on a rien à faire et qu’il n’y a vraiment rien à la télé. Et en plus, ça exalte notre sentiment patriotique en nous « définissant » comme québecois. Ah oui, et surtout, ça épate les filles. Mais la philo? La philo est invisible aux yeux de monsieur et madame tout le monde, alors elle n’existe pas.
Bref, lorsque les gens vous disent « Que faites-vous dans la vie? », la réponse « Je fais de la philo » est plutôt un appel à leur imagination fertile qu’une extension précise dans leur vision du cosmos. Bref, vous pouvez avoir droit à plusieurs réaction.
Il se peut que votre interlocuteur connaisse intimement la philo parce qu’il l’a étudié, et là vous déclinez vos domaines d’intérêts, et comme ils sont pratiquement toujours différents des siens, vous tombez poliment dans des sujets plus grégaires, soit vaguement vulgaires (les femmes, les potins de philosophe), soit particulièrement désintéressant.
Il se peut que votre interlocuteur soit une petite gens qui voit surtout le monde comme un endroit où il faut survivre. Vous êtes alors une créature particulièrement bizarre, qui n’obéit pas aux règles qu’il prête au monde, puisque vous vivez bien tout en pratiquant quelque chose de complètement ésotérique. Mais comme les petites gens sont peu soucieuses de ces choses-là, elles vous accueillent avec un mélange de curiosité (qu’est-ce que ça boit comme fort, un philosophe? comment ça baise? etc.) et de sympathie pour une telle aberration de la nature.
Mais le summum n’est atteint que lorsque vous rencontrez des gens bien éduqué qui ne connaissent de la philo que quelques noms attrapés au cégep qui ont survécu à la purge mnémonique que fait tout étudiant bien constitué après l’examen final de chaque cours.
Car pour eux aussi la philosophie est un oiseau rare. Mais malgré cette rareté, même ceux qui ont détesté la philo au cégep conserve une inexplicable sympathie pour cette auguste discipline qui a obsédé Platon et Aristote, et en fait, ils agissent comme s’ils souhaitaient en voir plus. Les raisons de cela demeure aussi obscures que l’idées qu’ils se font de la discipline. Par exemple, certains croient que « c’est bon pour toi », peut-être parce qu’ils ont lu (et oublié) Sénèque et Épicure, que ça peut « te rendre plus logique » (comme le sudoku, quoi!), que ça te permet « de donner un sens à ta vie ». D’autres voient bien que pour justifier une opinion, il faut savoir ce que c’est que justifier, alors ils vous demandent ce que vous pensez des mouvements alter-mondialistes, à quoi vous répondez à leur grand désarroi que vous n’en connaissez que dalle. Et enfin, il y a ceux qui se sont passionné pour un auteur, philosophe ou pas, mais convaincu de la grand profondeur. Ceux-là vous disent fièrement jusqu’à quel point ils ont été transformés par ce penseur, jusqu’à ce qu’ils reconnaissent dans votre visage le sourire de la pitié que vous n’avez pu contrôler, parce que vous trouvez ce « penseur » d’une insignifiance consommée (pensez à Coelho, par exemple), ou encore parce que votre interlocuteur l’a compris vraiment tout croche. Il y a aussi ceux qui vont se mettre à citer des choses comme « L’homme est un animal politique » (par exemple) et vous en donner une interprétation à mille milles de ce que c’était sensé vouloir dire pour Aristote. Évidemment, dans cette catégorie-là, vous avez les innombrables soi-disant « épicuriens », qui vivent dans une abondance et une insouciance d’eux-même qui étaient justement la cible d’Épicure.
Ces gens-là (les gens éduqués) ont tendance aussi à essayer de prouver que la philosophie est utile ou importante. Et c’est souvent à travers l’économie. Bref, on entend toutes sortes de bizarreries; par exemple, il paraîtrait que des entreprises embauches des philosophes professionnels, ou encore que certains philosophes se trafiquent en psychothérapeute. En vérité, je peux croire que ça fonctionne bien; les philosophes font de bons avocats, ils parlent couramment 3 langues, ce sont toujours les premiers à se lancer en politique étudiante, bref, ils sont experts dans l’art de se débrouiller là où ils ne sont pas spécialistes. Mais franchement, je n’ai pas étudié Aristote et la Critique de la Raison Pure, je n’ai pas étudié les secrets les plus fondamentaux de la pensée occidentale pour me retrouver là. Et c’est un peu ridicule de croire que la philosophie pourrait avoir pour fonction de former des psychothérapeute et des conseillers en éthique.
En fait, je suspecte que les gens pensent que la philosophie est en crise parce qu’il n’y a pas assez de philosophes. Et pourtant, les cours de philo sont pleins à craquer, et pour chaque offre d’emploi de professeur dans une université, plus d’une centaine de concurrents envoient leur CV—tous des Ph. D. ayant un dossier de publication. Et on est loin de désirer que de nouveaux postes ouvrent: imaginez, chaque professeur publie environ un article par an ou par deux an dans son domaine, et un bon chercheur doit se tenir au courant de tout ce qui s’écrit: imaginez quelle pléthore d’articles inintéressants nous devrions subir si on avait autant de philosophes que d’ingénieurs!

avril 15, 2006

Réinventer le féminisme: l’homme, la femme et l’amitié

Filed under: Éthique, Philosophie, Politique — mokawi @ 4:24

Je dois vous le dire d’avance: je ne suis pas un spécialiste du féminisme. C’est que la littérature féministe a tendance a provoquer une réaction viscérale: « Mais comment peuvent-ils/elles être aussi peu rigoureux sur un sujet aussi important? ». (Il faut dire que dans mon cas, ça a souvent passé par la littérature environnementaliste, dont les théories sur l’histoire de l’éthique ont beaucoup en commun avec les contes pour enfant: le début de l’histoire, c’est des guerres de clan qui déchirent les hommes et les êtres vivants, puis c’est l’esclavage le plus dur de la nature par l’homme et enfin, le happy end: tout le monde se considère comme entité digne de respect moral, et ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps. Là-dedans, la femme est considérée comme victime de la seconde phase.)
Mais bon, il s’agit d’un sujet important, et il faut le régler.
Premièrement, parlons de l’homme (de sexe masculin). J’ai été fort surpris de réaliser que certaines littératures féministes l’associent avec la raison, alors que la femme est associée avec la nature. De fait, ce n’est pas une idée neuve: les grecs avaient quelque chose de semblable; pour eux, une idée ou une action virile était une action sensée et noble. Mais franchement, je ne vais pas la discuter: inutile de la prendre au sérieux. Ce n’est pas parce que certaines femmes sombrent dans une émotivité délirante une fois par lune qu’elles sont incapable de prendre des décisions sensées, évidemment. Au Québec, on dit aussi exactement le contraire des hommes, c’est-à-dire qu’ils seraient dépassés par l’avènement du féminisme, et qu’ils ne sauraient plus où se placer, de sorte que c’est la Mama qui domine la maison, et qu’il prend sa revanche au bureau. Par ailleurs, il paraîtrait que dans la séduction, le jeu soit aussi en faveur des femmes, qui mènent les hommes par le bout du doigt, et les larguent comme elles veulent. La femme aurait pris toute sa place, et l’homme n’en aurait plus pour lui. Évidemment, je suis peut-être encore jeune pour voir dans les créatures une si grande domination, peut-être la développent-elles seulement après 25 ans. Toutefois je me demande si il n’y a pas quelque part dans cette hypothèse un mélange de la frustration d’hommes sans charmes et de la fierté de femmes qui aiment se faire qualifier ainsi. Certes, le ménage est le domaine où la femme est reine, mais l’homme n’y est qu’à moitié. Je ne connais pas grand hommes qui ne se réfugient pas au café ou au bureau pour laisser bobonne à sa vaisselle de toute façon. Et en séduction, admettons-le, à l’homme habile tout souris.
Il y a quelque chose chez l’homme qui est intéressant: son approche de l’amitié. Si un « chum » vous demande de l’aide, il est impératif de l’aider: tout passe après. En revanche, si une femme n’est pas nécessairement prête à vous aider, elle veut bien vous écouter vous confier pendant des heures. Les « chums » vont plutôt vous offrir des solutions. On dit aussi qu’un homme ne parle qu’en bien de ses amis, alors que certaines femmes vont aimer leur planter des couteaux de temps en temps. Je n’ai pas épuisé les lieux communs, mais il reste que si la dimension pragmatique de l’homme ressort nettement. Ce n’est pourtant pas mon hypothèse, que la femme est moins pragmatique que l’homme. Je crois que le salut de l’homme passe par ses amis, alors que celui de la femme passe par elle-même. Cette expression fait de l’ami de l’homme un bastion de sa propre réussite (ou de sa propre survie, dans les cas plus extrêmes): il est donc important qu’il garantisse à celui-là sa propre réussite. Ce n’est pas que l’homme, par ambition, cherche des amis puissants: en fait, souvent, il semble s’en méfier. Il cherche plutôt des amis fidèles, sachant que peu importe où est leur art, ils sauront l’aider si le besoin se fait sentir. C’est le principe du lion et de la souris de Lafontaine qui prime.
Le rapport de l’homme à lui-même suit cette dynamique: a priori, à l’aube de sa vie, l’homme n’est rien de valable, alors que la femme est déjà une mère en puissance. L’homme est une machine au service de quelque chose d’extérieur. Certes, les jeunes femmes font aussi, parfois, de bons martyrs, mais il n’y a vraiment rien comme les jeunes hommes à ce rayon-là. Déjà enclin au service à autrui, l’homme se met au service de ses amis et donne ainsi un sens à son existence.
Le rapport de la femme à elle-même, en revanche, passe par une entreprise d’amélioration et de perfectionnement. La femme tente d’être appréciée pour ce qu’elle est, plutôt que ce qu’elle prodigue, avec pour funeste résultat que certaines femmes se sentent moins obligées d’aider leurs amis et amies, et que cette aide passe parfois par un projet de construction d’un personnage de soi. Peut-être qu’un tel thème cadre bien avec un certain sentiment de vulnérabilité, anticipant le jour où la femme ne sera plus en mesure de faire profiter ses amis, parce qu’elle sera occupé par sa progéniture.
C’est néanmoins une hypothèse qui me semble douteuse: il y a sans doute davantage de culture dans cela que de nécessité biologique. Mais un fait reste: l’isolement des femmes doit être brisé, et pour cela, il faut que leur accomplissement se fasse autrement que par un perfectionnement interne conçu pour créer une héroïne valable en elle-même.

avril 7, 2006

La fin de l’hégémonie américaine

Filed under: Politique — mokawi @ 1:10

Il est désormais clair que la politique de Bush est une aubaine pour les puissances montantes que sont l’Inde et surtout la Chine. Au niveau économique? Non, en fait, je crois que les jeux étaient déjà fait. Mais Washington est devenu la bête noire de tout le monde musulman, au même moment où elle n’est plus la seule puissance mondiale. Par le fait même, George Bush a donné aux pays européens un bon prétexte pour prendre leur distance (même si les efforts pour donner une suite à cela ont plus ou moins abouti), il a donné l’occasion à l’Amérique latine d’élire des dirigeants socialiste pendant que les soldats américains sont occupés au Moyen-Orient, il a ébranlé la crédibilité des institutions internationales.
Cependant, c’est au niveau culturel que le bât blesse. Les films hollywoodiens ont de plus en plus de difficulté à rejoindre les audiences étrangères, qui consomment de plus en plus de films européens ou asiatique. L’arrivée d’internet n’a pas vraiment permi aux américains d’étendre leur hégémonie culturelle dans un environnement où seules règnent les lois du marché; bien au contraire, il a facilité l’accès au contenu étranger, souvent de meilleure qualité. Au niveau scientifique, les pays asiatiques sont en grande expansion. Non seulement les sciences dites « dures » (génie, recherche expérimentale): on commence à avoir de la philosophie chinoise dans des départements universitaires chinois importants. À ce niveau, d’ailleurs, l’Orient, bien que sa philosophie soit encore considéré comme marginale et qu’elle soit plutôt lacunaire, pourrait bien prendre du poid et venir opposer une troisième tradition à la philosophie continentale de modèle allemand et la philosophie analytique de modèle brittanique. Au même moment, l’Amérique réagit en brandissant la croix. Les chercheurs se plaignent de plus en plus des mauvais traitements du gouvernement qui tente de modifier la science pour la faire appuyer ses objectifs à saveur religieuse. (Cf. par exemple la controverse autour du vaccin contre le HPV)
Les États-Unis, autrefois gardiens de la démocratie, ne sont plus que le « ptit tough » qui tente de terroriser les autres enfants pour leur ravir un bonbon ou quelques sous noirs. Et comme un enfant frustrés, on dirait qu’ils boudent.

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