Mokapop

avril 18, 2008

Seulement au Québec

Filed under: Politique — mokawi @ 8:30

Il y a une vieille tradition qui réunit tous les Canadiens hors de l’Ontario, qu’ils viennent du Québec, des maritimes ou de l’Ouest: c’est de dire du mal d’Ottawa et du gouvernement fédéral. À Gatineau, la moitié québecoise de la capitale nationale du Canada (il faut le préciser, parce Québec aime dire qu’elle est la capitale nationale du Québec!), la tendance est en revanche de plus en plus à chiâler contre le gouvernement provincial. Les gatinois, qui ne sont pas chiâleux de nature, commencent à réaliser que leurs hôpitaux et leurs écoles sont les pires de la province. La chose est assez surprenante, puisque la région est la plus prospère de la Belle Province, que sa population y est plutôt instruite, et que le coin est hospitalier, la nature, clémente, la ville, assez jolie et sécuritaire, etc. Et comme l’éducation et la santé sont les deux domaines où le gouvernement provincial a le plus de poid, l’équation a été assez facile à faire pour les gatinois: Québec nous délaisse.

J’aimerais cependant montrer un autre processus (de nature culturelle, celui-là) qui contribue peut-être à l’état de nos institutions provinciales, illustré par une règle et une anecdote. La règle, c’est la question de l’ancienneté: les syndicats québecois ont instauré dans les conventions collectives un article gérontocratique qui défie toute intelligence: si un poste est libéré et que deux personnes y appliquent, on donne priorité à celui qui y est depuis le plus longtemps. J’ai vu des absurdités semblables dans la branche québecoise du syndicat des commissionnaires, mais c’est le seul endroit où je l’ai vu dans les structures fédérales.

L’anecdote, c’est mon aventure avec la commission scolaire. Hier, je suis allé à l’école secondaire Mont-Bleu pour soumettre ma candidature comme suppléant avec un CV et une lettre. On me dit qu’il me faut un papier de la commission scolaire, qu’il faut que je m’y pointe avec mon DEC (équivalent du bac pour les français), et on me prend mon CV et ma lettre. « Ce n’est pas très long, m’assure-t-on, ils vont vous délivrer le papier sur place. »

Je me présente donc cet après-midi à la commission scolaire avec mon diplôme d’université et mes relevés de notes. Or, voilà, il me faut plus qu’un DEC, me dit-on. Ils veulent mes relevés de notes depuis le secondaire 5, mon CV, une lettre, tous mes diplômes post-secondaires et mon certificat de naissance. Je leur explique que je n’ai pas fait de secondaire 5 (j’ai fait l’équivalent français) et que l’université de Montréal (où j’ai tenté de faire ma maîtrise) rend l’obtention des relevés de notes difficile, alors on me répond que ce n’est pas grave, que ce que je peux obtenir va me suffire, et on me remet une liste des choses à emmener, où je peux constater qu’on demande trois ou quatre documents additionnels aux gens qui appliquent pour le poste de professeur, et encore deux ou trois documents additionnels pour ceux qui sont nés hors du Canada.

Je reviens une heure et demi plus tard à la commission scolaire, après avoir visité la maison de mes parents et mon appart, avec tout le patatra. J’attend (longtemps) devant un bureau désert, et la femme qui me répond finalement me dit que je devais apporter de photocopies de mes documents, pas des originaux. Je plonge mes yeux sur ma feuille, et effectivement, il est marqué en gras et souligné que la province de Québec veut des copies de mes documents.

« Je suis vraiment désolé, je n’ai pas de photocopieuse chez moi. Est-ce que je peux le faire avec la vôtre? » Et je pointe une photocopieuse dans le hall qui est resté silencieuse pendant tout le temps de mon attente.

« Je suis désolé, mais vous ne pouvez pas utiliser notre photocopieuse. Vous comprenez, on ne pourrait pas laisser tous les applicants l’utiliser, il y en a tant. » Je jette un regard derrière moi, instinctivement, comme pour regarder le fantôme d’applicant auquel elle fait référence. On est vendredi après-midi, le moment de la semaine où il y a le plus de chances de rencontrer un applicant, et je suis le seul qui ne travaille pas déjà pour la commission scolaire. Je ne peux m’empêcher de faire une référence peu gracieuse à François Pérusse: « C’est un petit peu Mickey Mouse ici.

– Pardon?

– Je veux dire que c’est organisé d’une manière étrange.

– Monsieur, normalement, quand vous allez à une entrevue d’embauche, vous emmenez des copies de vos papiers.

– Madame, quand je vais à une entrevue d’embauche, je ne me suis jamais fait refuser l’usage d’un photocopieur. »

Finalement, la dame accepte de faire une exception, et me donne ma paperasse sur place.

La fonction publique fédérale a toutes sortes de travers. Comme disait un de mes amis: « J’aimerais mieux me tirer une balle dans le crâne que de travailler là ». Cependant, même si l’absurdité des tâches est souvent déconcertante, les règlements le sont moins. Le gros bon sens anglo-saxon y règne, et c’est pour le mieux. La morale de cette histoire, c’est que tout gatinois normalement constituée préfèrera travailler pour le fédéral que pour le provincial si lui donne le choix. Le salaire, plutôt que d’atténuer cette tendance, l’exacerbe. Donc, les institutions provinciales outaouaise subissant la compétition des institutions fédérales pour l’embauche, elles ne peuvent qu’embaucher des gens globalement moins compétents, ce qui rend encore plus pesante l’absurdité bureaucratique de la fonction publique provinciale. Ce qui explique encore pourquoi les professionnels, et notamment les professionnels de la santé, émigrent tous vers d’autres cieux.

2 commentaires »

  1. Bon bon bon bon bon

    Le gatinois qui s’énarve. Avant de te plaindre que le gouvernement provincial te délaisse, il serait pertinent que tu te demandes pourquoi il devrait s’intéresser à toi. Ni le PQ, ni le PLQ n’a d’intérêt à dépenser ne serait-ce que le change de l’État en Outaouais. Le PQ sait que l’Outaouais ne votera jamais pour lui et le PLQ sait que quoi qu’il fasse, l’outaouais votera pour lui. Pourquoi se donner de la peine?

    Je me permets maintenant d’apporter à ton attention le fait que les écoles ne relève pas directement de l’État provincial, mais des commissions scolaires qui ont leur propre pouvoir de taxation (as-tu déjà entendu parler de la taxe scolaire?). Les professeurs et le personnel administratif médiocre des écoles ne sont pas des fonctionnaires. Ils évoluent dans un environnement appeler parapublique. Si votre commission scolaire d’outaouins va mal, c’est le problème des outaouin et non pas de la fonction publique provinciale.

    Commentaire par Hervé le tout puissant — mai 22, 2008 @ 6:44

  2. Je ne suis pas un spécialiste des commissions scolaires, mais j’ai toujours cru que c’était une manière pour les politiciens de mettre leurs amis dans une position de pouvoir, et une manière pour ces amis-là de se faire des dents en vue de rentrer dans la politique municipale.

    Or à Hull-Gatineau, la particularité est que notre élite politique provinciale, c’est à dire la gang de cochons rouges qui se font réélire systématiquement depuis 60 ans, mérite difficilement le qualificatif d’élite. Ceci pourrais expliquer cela.

    Ceci dit, effectivement, c’était surtout une montée de lait.

    Commentaire par Mokawi — mai 22, 2008 @ 9:33


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