Mokapop

février 12, 2008

Xavier — L’interprétation

Filed under: Philosophie, psychologie — mokawi @ 10:52

Bon, alors je vous ai parlé de Xavier et de son camp d’hiver scout dans les derniers posts.

Comme Don Quichote, Xavier interprète le monde selon un récit a priori. Il est la victime des autres, et rien d’autre. C’est ce qui lui donne le droit d’être méchant à souhait envers eux. C’est aussi ce qui lui permet d’interpréter la moindre peccadille comme une injure et une malice à son endroit. C’est enfin ce qui lui permet de vivre en retrait, de choisir quelles activités il veut faire avec le groupe sans s’occuper du tord que son absence pourrait faire.

Qu’y a-t-il de particulier dans le récit de Xavier? On sent qu’il est beaucoup plus « récit » que le récit de Gertrude, par exemple. Il y a dans ce récit un début (le nid douillet, l’amour inconditionnel de la mère), un noeud (la confrontation avec l’autre), des épreuves, une conclusion où on apprend que le héros doit soit vaincre les autres soit être vaincu lui-même, certes dans la souffrance, mais dans l’honneur. Et il y a un héros, bien évidemment. Le récit de Xavier, comme le récit de Don Quichote, pourrait se retrouver dans un roman; pas les récits de George ou de Gertrude.

Évidemment, il est particulièrement malsain qu’un récit initial possède une fin et qu’il prenne la confrontation comme a priori. La méthode d’interprétation du monde, qui est de trouver les preuves que le récit est vrai dans les similitudes entre le récit et l’expérience, est aussi dangereuse: le jeu de la ressemblance entre le récit et le monde limite le monde au récit.

Mais surtout il possède un héros. C’est un problème pragmatique: le héros ayant un statut éthique spécial, il a différends droits et devoirs que les autres. C’est un peu le genre d’éthique qu’on retrouvait au troisième Reich (sauf que là le « je » est une nation) et chez le héros de Crime et châtiment de Dostoievsky. Le héros pose problème car, à la limite, il est possible de coller un récit au monde, de chercher les ressemblances entre les deux et de rester fonctionnel, mais lorsque le récit implique un héros, la mécanique du récit s’expose à être contrée par les faits. Et lorsque le monde refuse au héros son statut éthique, lorsque le héros faillit à sa destinée, le récit s’effondre, souvent dans des circonstances tragiques.

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :