Mokapop

juillet 1, 2007

10 remarques sur la liberté d’expression

Filed under: Politique — mokawi @ 8:30

Aujourd’hui, c’est le jour du bloggage pour la liberté d’expression. Donc, je me mouille, sous forme de remarques en vrac. En passant, il est 3h du matin et j’ai déménagé à 200km de Montréal. Je suis épuisé. Pardon pour la facture très ordinaire de l’article.

  1. La liberté d’expression, ce sont des conditions de discours. D’une part, des conditions négatives: absence de répression par l’état ou par d’autres groupes d’intérêt. Mais ce sont surtout des conditions positives: un dialogue. (En fait, dialogue est un abus de langage, puisqu’il y a beaucoup plus que deux interlocuteurs.)
  2. Le dialogue doit avoir une vocation politique; on ne parle pas de liberté d’expression pour l’art, sauf lorsqu’il porte un message politique. C’est que le dialogue en question est surtout une délibération en vue d’une décision commune. C’est pourquoi ceux qui invoquent la liberté d’expression pour proférer des insultes ne sont pas écoutés, à la limite, on les accuse même de nuire au débat en faisant violence à leurs victimes, qui sont souvent des gens ayant des points de vue opposés.
  3. Le dialogue étant en vue de la décision, il importe de ne pas le censurer dans le contenu. Ignorer une voie qui pourrait être la bonne est une très mauvaise façon de délibérer, et ne peut qu’aboutir souvent à des erreurs
  4. Le dialogue doit être public, pour qu’il soit entendu par l’exécutif. C’est pourquoi la liberté d’expression peut exister dans une monarchie: à ce moment-là, on s’attend du souverain qu’il écoute le débat public et qu’il tranche sur toutes les questions. Un dialogue entendu devrait engendrer une paix sociale: car alors il semble plus facile d’avoir gain de cause en convainquant le souverain qu’en affrontant ses forces armées. Évidemment, si le souverain manque à l’obligation d’écouter, il risque d’être renversé. Les élections, évidemment, facilitent cette punition, et rendent les gouvernements plus sensibles aux voix du public: c’est pourquoi on associe souvent démocratie représentative et liberté d’expression.
  5. Peut-on parler de liberté d’expression pour les sciences? Bien sûr: le dialogue amène à une décision, soit considérer une proposition vraie ou fausse. Il n’en va pas nécessairement de même avec une religion, car les vérités qu’elle contemplent ne relèvent pas de la vérité mais de la foi. Parfois la religion, à défaut de pouvoir se donner une preuve, peut tenter de se justifier avec des raisons éthiques, mais on ne peut croire avec sincérité que pour des raisons pragmatiques. Les vérités de foi ont plus souvent pour origine une révélation ou un mystère. Il saurait y avoir échange sur l’expérience de la foi, et débat sur la juste interprétation des textes sacrés, mais en aucun cas il ne peut y avoir de débat sur la foi.
  6. Un pseudo-débat sur la foi mène nécessairement à l’exclusion: comme aucun des partis ne peut se faire entendre des autres, il les disqualifie comme réfractaires au dialogue. C’est aussi pourquoi il importe d’éloigner la religion de l’état: elle prendrait des décisions qui « appartiennent » seulement à ceux qui ont la « bonne » foi, la foi officielle. C’est ainsi qu’on se retrouve avec un massacre des Cathares.
  7. Bref, il est mauvais pour le dialogue de censurer la politique et la science. En revanche, on pourrait censurer la religion sans que ce soit une atteinte à la liberté d’expression. Mais en fait, ce serait idiot et intolérants; ce serait comme censurer l’art.
  8. Le dialogue suit des règles. Le respect de l’interlocuteur en est une, accepter de ne pas mêler des considération esthétiques ou de foi aux délibérations en est une autre. La transgression de ces règles-là mérite certaines pénalités, qui viennent souvent d’elles-même (discrédit, perte de visibilité, etc). À preuve, les fondamentalistes américains utilisent souvent des arguments scientifiques (pseudo-scientifiques) ou éthiques pour défendre leurs positions sur l’homosexualité, la contraception, l’enseignement du créationnisme à l’école, etc.
  9. Le vrai patriotisme ne consiste pas à se ranger derrière son pays par ses paroles, mais seulement à participer à son action par ses actes. Au contraire, se taire sur les tords de son pays est une censure, et est ainsi nuisible à son pays. C’est une des raisons qui ont amené la débâcle des USA en Irak.
  10. Tous les peuples ne possèdent pas également la liberté d’expression, et c’est en partie parce que tous les peuples n’en possèdent pas également les règles. Les règles sont en effet une question d’éducation: il est du devoir démocratique de l’état de former les citoyens au dialogue.

Toutes ces remarques sont absolument élémentaires, mais je les ai écrite chacune en pensant à une situation dans l’actualité.

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