Mokapop

mai 7, 2007

Sarkozy, économie et littérature antique

Filed under: Cultures, Politique, Uncategorized — mokawi @ 8:22

Je dois vous admettre, amis qui détestez certainement très franchement le candidat de l’UMP, et désormais président de la république, que je suis resté un peu perplexe face à au petit Sarko. Évidemment, il a l’air d’un véritable trou du cul, de la race de ces petits bonshommes qui compensent leur taille lilliputienne par une agressivité démesurée. Évidemment, il est excessivement provocateur quant on en vient aux banlieues, et son attitude le conduit tout droit à la catastrophe. En fait, je suis surpris de ne pas encore avoir entendu parler d’émeutes massives.

Mais la condition économique de la France demande un virage à droite, de toute urgence. L’économie moderne se définit comme une tentative de concilier la liberté individuelle de s’accomplir dans l’activité qui nous plaît avec le bien commun, propre à un état entier. L’avantage du capitalisme était de pouvoir donner à chacun l’espoir d’occuper l’emploi qui lui plaît; le prix à payer était l’inégalité économique: le chômage—surtout en période de crise—et la pauvreté. L’avantage du communisme économique était le plein emploi et l’absence d’inégalité économique (sauf peut-être pour les dirigeants), et le prix à payer était dans la rigidité d’une économie contrôlée à tous les niveaux par l’état, qui limitait l’innovation. La France a, semble-t-il, choisi une voix entre les deux, prenant un modèle économique capitaliste, et l’encadrant massivement avec des lois.

Le résultat est fascinant. Les lois destinées à protéger les travailleurs ont fait d’un emploi acquis un nid douillet, certes, d’où on ne saurait déloger l’employé, mais ce faisant, elles ont découragé l’emploi. Les entreprises, craignant d’engager des candidats ne leur convenant pas, ont appliqué des politiques d’embauches hyperboliquement conservatrices, ce qui a nuit beaucoup à ceux qui n’avaient pas d’emploi. De sorte que si quelqu’un se fait offrir un emploi en France, il y a de fortes chances qu’il le prenne, même si ce n’est pas exactement ce qui l’intéresse, et s’il ne trouve pas d’intérêt à son nouveau travail, l’employé en question sera plus frileux à se trouver un nouvel emploi, parce que le marché de l’emploi est mauvais. Par ailleurs, la politique conservatrice des entreprises les fait préférer les enfants issus de milieux aisés, qui représentent un moindre risque et encourage des pratiques comme le népotisme, qui est un fléau en France.

Il est très difficile de renverser ces tendances par de nouvelles lois. Dans un effort de contrôler la distribution des emplois et d’empêcher le népotisme, le gouvernement fédéral canadien a tenté un ambitieux programme de quantification des candidats. On a d’abord mis en place un questionnaire très élaboré (500 questions et plus) où on tentait d’évaluer l’expérience du candidat (« Avez-vous déjà utilisé Microsoft Word ou Corel Wordperfect? ») Évidemment, cette méthode a déjà ses limites: si vous utilisiez des logiciels semblables comme ThinkFree ou OpenOffice.org, vous êtes déjà hors circuit. Par ailleurs, le choix de réponse était modulé sur l’intensité de l’utilisation (jamais, parfois, souvent) et par la durée (jamais, 6 mois, 2 ans). Mais certains maîtrisent un logiciel super complexe en une journée, alors que d’autres ne seront toujours pas familier avec un outil après des années d’usage quotidien. Évidemment, il fallait aussi évaluer la compétence du candidat: normalement, on juge un peu par le CV et par les questions posées, mais ici, c’était impossible, puisqu’un CV est inquantifiable. Bref, on sort des tests: un test de communication écrite, un test d’intelligence et un test de personnalité. Le test de communication écrite est une rédaction qui doit résumer un texte, le test d’intelligence est un test de QI « light », avec trois dizaines de problèmes de trois types seulement qui sont des sortes de calculs logiques, et le test de personnalité est composé de questions du type « Votre collègue a fait un mauvais coup, allez-vous a) le dénoncer au patron, b) le convaincre de ne plus faire ce qu’il a fait, c) déposer une plainte à une autre instance ou d) vous fermer la trappe pour cette fois-ci? » dont toute personne intelligente répondrait nécessairement « ça dépend ». Évidemment, en plus d’être frustrant (en particulier le test de personnalité), ce test ne peut être adapté à chaque emploi—ce serait beaucoup trop laborieux—sinon peut-être par une voix qui reviendrait à délaisser aux patrons immédiats du candidat et à leurs adjoints le soin de mettre les critères sur papier, voix qui en plus d’être assez laborieuse pour ceux-ci, ne mettrait pas le candidat à l’abri du pistonnage. Le résultat est qu’on a jamais le candidat que l’on demande, et qu’il n’a jamais les compétences de l’emploi. Comme cette façon de prendre des candidats n’est pas la seule, mais qu’elle est la seule qui donne accès à la banque de demandeurs d’emploi du gouvernement, les employeurs du gouvernement font ont de plus en plus recourt à leur réseau pour trouver des candidats qualifiés.

Je ne crois pas que cette difficulté peut être surmontée. Même si on neutralisait la stupidité crasse qui a donné lieu à ce genre de dispositif, il ne ferait que mettre les mauvaises personnes au mauvais endroit au mieux, et au pire il créerait davantage d’inégalités en faisant des classes artificielles de « haut QI » ou de « haute personnalité » qui ne correspondent pas à des compétences réelles. Trouver le bon candidat est déjà un art, se limiter à ce qui est quantifiable est un handicap inacceptable à ce titre.

Il vaut donc mieux combattre le népotisme et la discrimination socio-économique ou raciale en ne donnant pas de raison pour l’utiliser. En ce sens, le virage économique à droite s’impose en France: si on donne aux entreprises le loisir de balancer les mauvais employés, le prix à payer pour un beau risque devient moindre. Si on établit des mesures de discrimination positive pour amener les employeurs à engager des gens issus de milieux défavorisés ou de minorités visibles, le risque devient aussi rentable que pour un candidat issu d’un milieu aisé.

Bref, j’aime la politique économique de Sarkozy. 

Le reste, j’aime moins. Ce que j’aime moins, ce sont des trucs comme ça:

« Vous vous fixez comme objectif de ne laisser aucun enfant sortir du système scolaire sans qualifications. Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ?

– Par exemple dans les universités, chacun choisira sa filière, mais l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage. L’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5000 étudiants pour 250 places.

Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ? 

– Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes. »

Dans le domaine culturel, la France fait figure de modèle. Si elle coupe là, d’autres le feront. Mais le calcul me semble mauvais, même d’un point de vue purement utilitariste: Mozart a apporté beaucoup plus au monde que le monde ne lui a redonné, et je crois que le même raisonnement est valable pour l’ensemble des artistes et créateurs. L’argent que l’état leur donne sous forme de subventions ou de bourses est un investissement.

Mais les français ne sont pas des utilitaristes: le droit de créer est pour eux un droit inaliénable. J’ose espérer que Sarkozy ne bafouera pas ce droit pour avoir maladroitement simulé l’utilitarisme anglo-saxon qu’il a de toute façon compris tout de travers.

2 commentaires »

  1. Salut,

    Je ne commenterai pas l’ensemble de ton post, ça serait trop long. Je voudrais par contre commenter la partie où tu remets en doute la volonté de Sarko (en tant que fan, je peux l’appeler par son petit nom) de sabrer dans le financement des programmes « d’intérêt personel ». En tant qu’étudiant en philosophie, il est dans ton intérêt de comabttre pareille mesure, mais est-ce l’intérêt général. En considérant qu’une proportion faramineuse « d’artistes » de sexotechnologues de « scientifiques » de la politique n’apporteront jamais grand chose à la société et qu’il se regrouperont probablemet en petit groupe pour exiger des subventions publiques ou parasiter des services sociaux ou des miistères, n’est-il pas mieux de combattre ce mal à la racine en empêchant ses sang-sues d’obtenir de la crédibilité par un blocage financier. Le problème de ces « étudiants » n’Est pas les 3 ans qu’ils passent en lire des livres qui les intéressent sous supervision de l’État. Le problème c’Est les 40 ans de carrières qu’ils vont faire après.

    Commentaire par Pontifex Coepi — mai 25, 2007 @ 3:34

  2. La littérature ancienne, comme toutes les disciplines anciennes et comme la philosophie, sont l’étude du ciment de notre société occidentale. Ce sont des disciplines qui n’ont pas directement monnayables, mais qui servent les disciplines qui le sont. L’ingénieur, par exemple, a un savoir technique qui repose sur une base théorique. La base théorique ne rapporte rien à celui qui la connaît, parce qu’elle ne permet pas de faire des ponts. De plus, si tous les physiciens et tous les philosophes mourraient, de sorte qu’on ne pourrait plus faire avancer la physique, les ingénieurs seraient toujours là, mais il n’y aurait personne pour comprendre la valeur de leur science ou pour la développer.
    Les disciplines anciennes et la philosophie forment des caractères qui permettent une vision juste de la réalité et une capacité à juger qui est très prisée en entreprise—au point où on retrouve davantage de gens formés dans ces disciplines architectoniques que dans des disciplines liées à l’économie et à la gestion.
    Le fait que Sarkozy ne puisse voir cela démontre un manque de vision qui est pourtant nécessaire au genre d’entreprise qu’il s’apprête à mener à bout. J’ose espérer qu’il est bien entouré

    Commentaire par Mokawi — mai 25, 2007 @ 5:31


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