Mokapop

mars 22, 2007

Politique canadienne

Filed under: Politique — mokawi @ 8:40

« For 10 short but surrealistic minutes on Monday, the sovereignist leader of the Parti Québécois held the fate of the 39th Canadian Parliament in his hands. »
Ainsi commence la dernière chronique de Chantal Hébert dans le Toronto Star. On vit une période particulièrement intéressante en fait de nouvelles à Montréal, et ce n’est pas seulement parce que les Canadiens de Montréal ont gagné quatre de leurs cinq derniers matchs pour se garder un espoir de faire les séries.
Il y a douze ans, le référendum sur la souveraineté du Québec—le 2e en 15 ans—donnait un « non » par une marge de moins d’1%. Lors du premier référendum, perdu par les souverainistes par une marge bien plus importante, René Lévesque, chef du parti de la souveraineté, avait dit « Si je vous comprend bien, vous me dites: « À la prochaine fois. » ». L’allocution du premier ministre québécois à l’issue du second référendum fût beaucoup moins brillante—assez catastrophique, en fait, pour l’envoyer en retraite prématurée dès le lendemain—mais il était encore plus clair dans la tête des souverainistes que la question n’était pas réglée.
Douze ans plus tard, de l’eau a coulé sous les ponts, et le Canada s’attend à ce que le partisans de l’indépendance aient soif d’un référendum comme un poisson en plein désert, ce qui n’est pas sans fondement, puisque dans le feu d’une nouvelle campagne électorale pour détrôner un gouvernement libéral hautement impopulaire, le chef du Parti Québecois, André Boisclair, a annoncé qu’il avait l’intention de faire un nouveau référendum sur l’indépendance de la nation.
Pendant ce temps, à Ottawa, la capitale fédérale, les conservateurs sont au pouvoir après près de 15 ans de règne libéral. Règne minoritaire, cependant: comme ils partagent la chambre basse, ils ne peuvent passer de loi sans l’aide de l’un des partis d’opposition, et la chambre haute, sorte d’aréopage canadien, reste et restera encore pour longtemps majoritairement libérale.
Mais le chef conservateur, Stephen Harper, est prêt à faire ce qu’il faut pour défaire ses adversaires. Il l’a déjà montré une faisant volte-face dans le dossier de l’environnement. Sa base électorale étant dans l’ouest canadien, et surtout en Alberta, le parti conservateur a toujours été sceptique quant au protocole de Kyoto, qui obligerait les provinces productrices de pétrole, l’Alberta en tête, à réduire leur production. Mais ce dossier, qui prenait de l’importance au coeur des canadiens des autres provinces, risquait de lui faire perdre ses élections au Québec et en Ontario, qui sont les deux plus grosses provinces au pays. Harper a donc limogé son ministre de l’environnement au profit d’une nouvelle tête, et a annoncé la réouverture de programmes environnementaux.
Harper avait réussi aux dernières élections à rafler in extremis et à la surprise générale plusieurs sièges au Québec, notamment dans la région de sa capitale. Pour ce faire, il avait simplement reconnu l’existence d’un déséquilibre fiscal, i.e. que les provinces avaient une trop petite part des revenus de l’impôt pour la part des responsabilités qu’elles assumaient. Enfin, le premier ministre a réussi un coup de maître en reconnaissant le Québec comme nation et ce en s’attirant un minimum de critique, alors que la presse anglophone clamait depuis des mois que c’était la chose à ne pas faire pour le premier ministre.
Harper a été consacré politicien excessivement habile, et il aura le bonheur d’affronter un politicien qui s’exprime encore plus mal en anglais que lui ne s’exprime en français. Mais malgré ses gestes de bonne volonté, il reste en tête d’un parti qui s’est exprimé contre la primauté de la charte canadienne des droits et libertés, qui a demandé un second vote sur la question du mariage homosexuel, qui a aboli tous les programmes du gouvernement précédent pour l’environnement, et qui est accusé de menacer l’indépendance du pouvoir judiciaire en tentant d’ajouter la nomination des juges de la cour suprême aux tâches du premier ministre et en changeant le processus de nomination des autres juges. Les Ontariens et les Québécois, attachés à un modèle de gouvernement où les élus ont somme toute très peu de pouvoir et plutôt libéraux en ce qui concerne les homosexuels et la protection de la nature, craignent toujours ce qui peut arriver avec un gouvernement conservateur majoritaire.
Il y a une chose cependant qui leur tient à coeur avant tout, à l’un et à l’autre, et c’est le débat constitutionnel. Bien qu’il soit officiellement en dehors de l’agenda, parce que les politiciens précédents l’ont mené à une impasse, il pourrait être l’as caché de Stephen Harper. Du côté du Québec, on veut avant tout avoir ce que les résultats du référendum de 95 nous promettaient, c’est-à-dire un gouvernement provincial fort en pouvoir locaux et influant à travers le Canada. Du côté de l’Ontario, on veut que les libéraux gagnent les prochaines élections pour ne pas entendre parler de l’indépendance du Québec pour un autre quatre ans.
Si le parti conservateur peut montrer aux Québécois qu’il leur en donne plus que le parti libéral fédéral en matière d’autonomie, il va rafler des sièges au Québec et gruger sur la mainmise du Bloc Québécois—pendant fédéral du Parti Québecois—ce qui est peut-être une condition nécessaire à l’avènement d’une majorité au Parlement. S’il contribue à faire élire le parti libéral au Québec, et qu’il convainc les Ontariens que sa voie et son leadership est celui qui permettra de garder le pays uni, alors on lui pardonnera ses errements trop à droite et il sera élu pour quatre ans.
La solution était donc de donner au Québec ce qu’il veut—des milliards en transferts du fédéral aux provinces—en espérant que ça donnerait un coup de pouce au premier ministre québécois sortant, M. Jean Charest. Du même coup, il donnait peu de marge de manoeuvre au Bloc et au PQ, qui auraient été à court d’argument pour expliquer leur refus du budget le plus favorable au Québec depuis des décennies, et grâce à l’appui du Bloc, le parti conservateur faisait approuver son budget par la chambre basse, alors que les autres partis d’opposition héritaient de toute la liberté de le critiquer. C’est au court des dix minutes d’hésitation où le chef du Bloc, Gilles Duceppe, s’est entretenu avec André Boisclair que ces derniers ont eu dans leur mains le pouvoir de faire basculer le règne de Stephen Harper—ce dernier n’aurait cependant pas été en reste, puisqu’il a déjà grimpé sur les sondages grâce à l’impopularité du nouveau chef libéral fédéral, Stéphane Dion.
Mais voilà, même si l’Ontario approuve, même si le budget est resté assez Alberta-friendly, les autres provinces se montrent critiques à l’égard de celui-ci. Et si Harper a peut-être nui aux libéraux en menaçant les québécois de ne plus discuter avec leur gouvernement s’ils élisaient un indépendantiste, Charest, de son côté, a attisé les critiques de Harper en transformant directement une partie des sommes du fédéral en baisses d’impôts sur le revenu.
Bref, le Québec se voit une fois au centre de la politique canadienne au grand complet, et ce par le seul spectre du débat constitutionnel.

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