Mokapop

mai 20, 2012

Que valent les prêts et bourses?

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 4:23  

La source, sans doute, des plus grandes incompréhensions dans cette grève: les étudiant-e-s demandent une baisse des frais de scolarité, et le gouvernement répond par une amélioration des prêts et bourses. Les commentateur-e-s de l’extérieur la qualifient de « très généreuse », et les étudiant-e-s y sont presque unaniment opposés.

Revenus et dépenses

Voyons les tableaux de la Presse (calcul de Luc Godbout, je crois):

Frais de scolarité avant et après la hausse

Le plus que puissent rapporter les prêts et bourses, c’est 7 553 $. En soi, ce n’est pas le Pérou. Regardez les dépenses:

par mois par an
Loyer 400 $ 4 800 $
Chauffage 50 $ 600 $
Internet/Téléphone 40 $ 480 $
Nourriture 200 $ 2 400 $
Université 4 000 $
Livres 500 $
Total 12 780 $

Notez que je n’ai pas mis de frais afférents (100$ à 1200$ selon l’endroit) et qu’il faut bien se vêtir, dormir dans un lit, avoir un ordinateur pour travailler, etc. Notez aussi que les prix supposent que le marché reste le même, ce qui est improbable – le prix de la bouffe, en particulier, augmente beaucoup par les temps qui courent. Donc disons que vous aurez besoin de 14 000$.

Donc il faut d’autre argent. Un emploi d’été peut aller chercher un peu plus de 5 000 $; ajoutez un petit contrat, une petite jobine, et tiguidou.

Mais voilà! Les prêts et bourses sont calculés en fonction du revenu de l’étudiant, donc vous aurez besoin de plus de 7 000 $ en revenu d’emploi pour palier à la baisse des prêts et bourses. Les calculs de l’aide financière aux études sont très mystérieux, mais comme dans tout calcul mystérieux, on en sort généralement assez dépossédé.

Je pense qu’il est possible de s’en sortir en faisant 15h/semaine de travail ou moins, de sorte que le travail n’affecte pas démesurément les études. Cependant, il ne faut pas trop passer de temps au chômage. C’est dire que l’étudiant-e est l’otage de son travail, qui peut ainsi augmenter à souhait ses heures et lui demander de travailler dans les périodes d’examen.

Tout ça vaut pour les enfants dont les parents font 45 000 $ et moins. Jusqu’à 60 000 $, l’AFE donne la même chose, mais moins en bourse et plus en prêt – ces enfants-là vont s’endetter énormément. Après 60 000 $ (la majorité des jeunes), les prêts totalisent 4 678 $ pour un étudiant qui ne travaille pas, de sorte qu’après la réduction dûe au revenu étudiant, la part de l’AFE sera sans doute négligeable. Il est donc très improbable que ces jeunes puissent y arriver en travaillant 15h ou moins.

Évidemment, je ne prend pas en compte la contribution parentale. La loi oblige les parents à contribuer aux études de leurs enfants, et les cours peuvent les obliger à le faire. Mais de facto, cette aide est pratiquement absente, et lorsqu’elle se fait, c’est souvent une contribution en matériel (meubles, ordinateurs, etc.) – choses que je n’ai pas compté dans les dépenses.

Incertitude

Par ailleurs, être dépendant de l’aide financière a ses dangers. Dans les trois dernières années, l’aide financière m’a été coupée deux fois parce que, ayant fait mes choix de cours un peu tard, l’université n’avait pas enregistré mon inscription. Son calcul a fluctué souvent, et la raison n’étant jamais expliquée, je n’ai pas toujours su pourquoi.

L’aide financière compte beaucoup de vérificateurs fort pointilleux. J’ai eu un appel parce que mon revenu anticipé différait de quelques centaines de dollars de mon revenu réel, et on m’a exigé force preuves de ma bonne foi. À la moindre suspicion, l’aide financière vous coupe les vivres.

Comme nous l’ont appris Kahneman et Tversky, les êtres humains n’aiment pas le risque – surtout s’il implique de ne manger que du riz et des fèves pour quelques mois. Donc il n’est pas surprenant que celles et ceux qui planifient d’aller aux études ne comptent pas trop sur l’aide financière lorsque vient le temps du budget. C’est pourquoi le nouveau régime va inévitablement empêcher des milliers d’inscriptions et encourager les étudiant-e-s à allonger leurs diplômes.

Exclusion

Le défaut le plus souvent mentionné de l’aide financière est qu’elle n’aide pas les plus démunis. Martine Desjardins mentionnait récemment qu’il excluait les jeunes mères en ne calculant pas leurs dépenses essentielles. Plus généralement, le calcul en fonction du revenu des parents ne prend pas en compte que les jeunes les plus vulnérables ne sont pas celles et ceux dont les parents sont pauvres, mais celles et ceux dont le milieu familial est malsain.

Les média ont souvent parlé des jeunes adultes comme des « enfants-rois », mais pour faire des enfants-rois, il faut des parents-gâteaux – faire plaisir à son enfant est avant tout une indulgence et un plaisir qu’on se fait à soi-même. L’hédonisme de ces générations continue lorsque leurs enfants atteignent l’âge adulte, alors qu’ils sont volontiers prêts à offrir un gadget électronique, mais rarement à contribuer aux frais de scolarité.

Il est difficile de vivre avec un parent-gâteau, comme en témoigne le taux de divorce (un mariage sur deux se termine en divorce). Mais on oublie souvent que les relations ne sont pas seulement tendues dans le couple, mais aussi souvent avec les enfants. Face à une mésentente avec leurs parents ou suite à une rupture, beaucoup de jeunes sont pour ainsi dire laissés à eux-mêmes, et sont privés de support à un moment où ils en ont beaucoup besoin. Ce genre de situation est fréquent, et les victimes sont plus dépourvues que les enfants de parents pauvres qui peuvent compter sur l’aide de ces derniers.

L’aide financière considère néanmoins ces quasi-orphelins comme des privilégiés si leurs parents gagne plus de 60 000 $. Lorsque ces jeunes ont une autre contrainte – par exemple, un handicap, une maladie chronique ou un enfant – la porte de l’université leur est pratiquement fermée.

Bref

Parce qu’elle baisse avec l’augmentation du revenu, l’augmentation de l’aide financière est insuffisante même pour les plus pauvres. Par ailleurs, les étudiants ne peuvent vraiment compter sur elle parce qu’elle n’est jamais vraiment garantie. Mais surtout, elle n’aide aucunement les enfants que leurs parents ont laissé à eux-mêmes, un groupe fort nombreux qui sont les jeunes les plus défavorisés en terme d’accès aux études.

Les étudiants vont continuer d’y résister, et les québécois auraient intérêt à tenter de comprendre les raisons qui sous-tendent leur méfiance.

MISE À JOUR

J’ai décidé de m’inscrire pour l’AFE, pour profiter sa nouvelle « générosité ». Le calculateur de l’AFE me donnait ~10 000 $, avec ~6 000 $ de bourse (chiffres de mémoire). Le résultat: j’obtient 5000$, dont 200$ de bourse! Et comme le calcul est caché, difficile de demander des explications.

avril 28, 2012

Grève et confiance

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 9:17  

Il y a quelques années, quand j’ai emménagé à Montréal, j’ai eu un coloc français; un garçon bien rangé dont je garde le meilleur des souvenirs. Un jour, en rentrant très tard du métro, je le croise devant la fruiterie arabe du marché Jean-Talon, qui, à l’époque, était ouverte jusqu’à minuit. En contemplant les étalages fermés du marché, il me dit: « Je ne peux pas croire que personne ne vient voler. En France, il faut que les producteurs ramènent leur marchandise tous les soirs et tous les matins, sinon il ne reste plus rien le matin venu. » Mais on est au Québec. Ici, on ne barre pas nos portes, on laisse nos étalages de fruits à la vue de tout le monde, et on fait confiance.

Ça marche assez bien. Prenez un autre exemple. Des connaissances de ma famille en France – un couple, dont l’homme est plutôt âgé – avaient une femme de ménage. Un jour, leurs enfants leur demandent de la mettre à la porte: « Mais maman, elle brise nos choses! On est certain qu’elle fait exprès! » Mais voilà, la loi ne permet pas de renvoyer une femme de ménage. Vous pouvez toujours inventer quelque chose sur votre situation financière, mais alors vous ne pouvez certainement pas en engager quelqu’un d’autre. Comme madame n’avait aucune envie de faire elle-même le ménage pour ses trois garçons et son mari dans une maison de 4 étages (oui, ça me choque aussi qu’ils n’aient pas offert leur services, mais c’est la France), vous comprendrez qu’ils ont eu pour réponse une fin de non-recevoir. Mais on parle ici de trois futurs ingénieurs. Ils mettent donc des caméras un peu partout dans la maison, et jackpot! Non seulement ont-ils des images de la dame en train de casser les CDs des garçons, mais ils l’ont prise en train d’examiner les finances de la maison – même en France, c’est un motif valable pour renvoyer quelqu’un. Seulement, il est aussi illégal de filmer ses employés. Bref, madame fait désormais le ménage.

Évidemment, ces lois répondent aux besoins, fort réels, de protéger les travailleurs. On peut se douter que l’amour particulier des français pour la hiérarchie a mené à certains abus. Cependant, dans ce régime de loi, du point de vue de l’employeur, une embauche comporte des obligations plus indéfectibles que le mariage. Autant dire qu’ils sont frileux. Du coup, le marché de l’emploi est très défavorable à ceux qui en cherchent, ce qui explique le taux de chômage catastrophique chez les jeunes, mais aussi que les firmes ne ressentent pas le besoin de convaincre leurs employés de rester. Les conditions de travail se dégradent alors, et il faut d’autres lois, encore, pour protéger les travailleurs.

Tout aurait été plus facile en France si les patrons ne s’étaient pas mérité la méfiance des travailleurs, et s’ils ne s’étaient mis à leur tour à se méfier de ces derniers. En plus des conséquences économiques de mettre le tiers des jeunes au chômage, les français n’auraient sans doute pas à vivre la confrontation ethnique qu’ils vivent maintenant.

Ce à quoi je veux en venir ici est ceci: l’attitude du gouvernement – et plus généralement, le projet de « révolution culturelle » des Bachand, Bouchard, Desmarais et cie – en est une qui alimente la méfiance. Évidemment, il y a le ton arrogant et condescendant, de même que les tactiques divisives du gouvernement. Mais surtout, l’absence de justification solide est préoccupante. Le Québec, à la suite du rapport Parent, devait s’engager dans la voie de la gratuité scolaire, et les tarifs môdiques que j’ai payé en 2005 s’en approchaient un peu. On ne change pas une politique de 50 ans, ancrée dans la révolution tranquille, sans raisons solides. Or pour toute défense, le gouvernement a invoqué la compétition avec les universités hors du Québec.

De fait, il s’est rapidement avéré que l’on fait plutôt bien à ce niveau, malgré les transactions douteuses des administrations universitaires. De plus, on a découvert que la hausse, loin de rapporter de l’argent, pourrait coûter cher. Les diplômés universitaires sont les vaches à lait du ministère du revenu; ils rapportent chacun 50% de plus que les diplômés collégiaux (soit 375 000$ de plus), et vu que l’économie en demande de plus en plus, cette situation ne risque pas de s’atténuer. L’investissement dans un diplômé est des plus rentables.

Pour justifier qu’on préfère une autre dépense à un investissement aussi sûr et aussi rentable, il faudrait un dossier béton. Or il n’y en a pas. Comment expliquer alors le choix et l’attitude du gouvernement? C’est là que la collusion et la corruption entrent en ligne de compte. L’idée d’une classe dirigeante poursuivant son propre agenda au détriment du reste du Québec devient crédible, et l’attitude du gouvernement, qui semble déterminé à faire distraction, ne fait que reforcer cette impression.

La CLASSE est désormais, de loin, le mouvement étudiant dominant dans la grève, et la FEUQ elle-même s’est radicalisée, au point où, selon l’aveux de Martine Desjardins, la seule différence de position repose sur l’importance accordée à la lutte pour la gratuité scolaire. La reconnaissance de la lutte des classes est centrale dans toutes les positions étudiantes, car cette théorie semble la seule façon rationnelle de rendre compte du refus du gouvernement. Jean Charest et Line Beauchamp sont en train de donner une forte conviction à toute une génération que la classe dominante veut l’asservir par l’endettement, même si ça va contre l’intérêt général.

Que ce soit le cas ou non, personne ne gagne à diviser ainsi la société et à instaurer la méfiance. Si le gouvernement ne recule pas, et si les Desmarais et cie ne délaissent pas leur projet de « révolution culturelle », on s’en va tout droit vers un affrontement qui risque de miner la confiance que les québécois ont les uns envers les autres.

novembre 7, 2010

Todoist cli

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 3:56  

Ceux qui me connaissent savent que sur mon ordinateur portable, j’ai une liste de choses à faire tout à fait périmée, puisque j’utilise maintenant todoist pour suivre mes projets. J’ai donc fait un petit script bash pour aller chercher mes "todos". Attention: vous devez avoir iconv et curl d’installés, ainsi que json_xs, qui vient avec le paquet perl JSON::XS (que les distributions communes donnent donc généralement dans des paquets du genre "perl-json-xs").

#!/bin/bash

logS=$(curl -s todoist.com/API/login?email=trucmuche@gmail.com\&password=lapatente)
tok=$(echo $logS|json_xs -t yaml|grep ^api_token|sed 's/^api_token: //')
id=$(echo $logS|json_xs -t yaml|grep ^id|sed 's/^id: //')
projls="$(curl -s todoist.com/API/getProjects?token=$tok|iconv -s -f l1 -t utf8|json_xs -t yaml|awk '/^ *id:/ { sub("^ *id: ?","");id=$0 } /^ *name:/ { sub("^ *name: ?","");print id, $0 }')"

pcount=$(echo "$projls"|wc -l)

for i in $(seq 1 $pcount); do

echo "$projls"|awk -v n=$i 'NR==n { sub($1 " ",""); print $0 }'| awk '{ a=$0; gsub(".","#",a); print "##" a "##"; print "# " $0 " #"; print "##" a "##" }'
curl -s todoist.com/API/getUncompletedItems?token=$tok\&project_id=$(echo "$projls"|awk -v n=$i -v q="'" 'NR==n { print $1 }')|iconv -s -f l1 -t utf8|json_xs -t yaml|awk '

/^ *content:/ {

sub("^ *content: ?\47?","")
sub("\47$","")
c=$0 }

/^ *indent:/ {

sub("^ *indent: ?","")
ind=""
for (i=1;i<=$1;i++) { ind=ind "   " }

}
/^ *date_string:/ { sub("^ *date_string: ?", ""); dd=$0 }
/^ *priority/ {

sub("^ *priority: ?","")
ps=""
p=$1
for (i=2;i<=p;p++) { ps=ps "!" }
print ind ps c "\t" dd

}
'|column -t -s"$(echo -e '\t')"

echo ""

done

juillet 26, 2009

Prier pour l’hétérosexualité des penguins et pour le retour des dinosaures

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 9:39  

J’ai pas mal de beef avec le révérend Hipple, une sorte d’extrémiste bizarre qui tient un blogue franchement marrant sur wordpress. Il a tendance à être passablement injurieux, raciste, sexiste et à avoir tous les maux qu’on peut reprocher aux fondamentalistes.

Mais il est très drôle. Complètement inapologétique, il accumule les abominations les plus rocambolesques, qu’il accompagne parfois de justifications encore plus relevées, qui aboutissent généralement à ses visions (« Dieu m’a dit hier soir … »). La dernière? Il veut aller en Antarctique. Parce que Dieu le lui a demandé, bien sûr, mais aussi pour prier pour que le continent retrouve son antique grandeur et ses forêts du crétacée (et ses dinosaures), que ses ressources soient exploitées au bénéfice du Nord, et pour que les penguins purifient leurs moeurs.

J’aimerais bien qu’il y ait un mouvement « Ship Hipple to ‘Tica »: parce que ça serait marrant, bien sûr, mais aussi parce que ses abominations paraissent moins abominable et plus marrantes lorsqu’elles traitent des contrées désertes et de la moralité des penguins.

juin 28, 2009

Checkvist

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 7:41  

Je viens de trouver un truc très bien en matières d’outliner: Checkvist. En matière d’interface, c’est le summum: simple, pratique, rapide, avec des raccourcis (un panneau à droite dit quels ils sont). Il exporte en opml, html, wiki, texte, format imprimable, et importe dans les mêmes formats, et permet la coopération sur un document. Et, ô joie, on peut aller chercher une sortie avec curl:

curl -u username:password http://checkvist.com/checklists/14537.txt?export_status=true&export_notes=true&amp;

Où username est votre pseudo et password votre mot de passe, et où vous remplacez "14537" par le numéro de votre liste (c’est dans l’url).

mai 19, 2009

Pourquoi BIXI ne fonctionnera pas

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 5:00  

Parce que c’est tout simplement hors de prix, voilà pourquoi. Voici le tarif:

Un tarif un peu... intense!

78$… c’est un peu plus que ce que j’ai payé pour mon vélo. Je m’en sers depuis 5 ans, et je n’ai jamais eu à payer d’autre frais, ni à craindre d’avoir à payer pour l’utiliser plus de 30 minutes, ni à chercher de borne de stationnement. J’ai dû passer à boutique de vélo 4 fois, dont deux à cause de pneus crevés et une parce qu’un conducteur m’est rentré dedans, et à chaque fois, ça m’a couté moins de 30$. Et qu’a-t-on pour 78$ par an? Je ne sais pas, mais le site mentionne qu’on est responsable du vélo… peu importe ce que ça signifie.

Sérieusement, c’est pour qui cette folie? Qui peut bien vouloir payer si cher pour si peu? Pas le touriste conventionnel, parce qu’il chercherait les borne de stationnement, et que le métro, de toute façon, c’est plus simple. Mais en tout cas, ce n’est pas rentable si on l’utilise plus qu’un mois. Peut-être un touriste culturel qui veut découvrir la vie montréalaise et louer son propre logement, mais qui ne reste que le temps de s’immerger. Ou peut-être n’est-ce qu’une façon très glamour de gaspiller l’argent des contribuables tout en se faisant du capital politique.

mai 17, 2009

Bas Van Fraassen: Rockstar Philosopher

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 2:51  

La plupart du temps, les site de professeurs, quoique très instructifs et faciles à digérer pour les navigateurs, sont assez classiques. Fond blancs, polices à sérif standard, généralement pas de photos; tout au plus une liste de liens sur la gauche pour voir les publications, les projets de recherche, etc.

Mais pas Bas Van Fraassen, le grand philosophe des sciences. La première page de son site web nous dit clairement « Here’s your daddy, bitches! », avec un air de parrain de la drogue ou de star de musique. Mais contrairement à ces sombres personnages, il a peut-être de bonnes raisons de se vanter. Par ailleurs, je conseille vivement la page sur ses chats, qui est certes moins flamboyante, mais qui reste assez colorée.

Only in California, baby.

mai 2, 2009

Pétition pour la chasse au phoques

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 9:44  

Parmi les merveilleuses choses sur cette planète qui me mettent positivement hors de moi, le succès de la guerre de Brigitte Bardot contre la chasse aux phoques est certainement quelque part dans le peloton de tête. Certes, l’essence philosophique de l’activisme animaliste n’est certainement pas la préservation de la Nature ou de la biodiversité, mais de prendre la défense d’un animal parce que ses bébés sont adorables, et parce que leur abattage déverse le sang rouge sur la neige blanche, ça me dépasse complètement. Qu’une poignée de matantes puissent le faire, passe encore, mais que les gouvernements européens s’y mettent, je ne comprend pas.

Le phoque n’est certainement pas en voie d’instinction, bien au contraire: en fait, c’est plutôt son explosion démographique qui a inquiété ces dernières années, parce qu’elle menace l’écosystème arctique. Mais les images ont la vie dure, et les chasseurs, de plus en plus inventifs dans leurs efforts pour revaloriser leur gagne-pain, ont décidé de lancer une pétition en faveur d’une chasse au phoque « éthique », suivant une sorte de déclaration universelle.

Évidemment, il ne s’agit pas tant de changer la chasse au phoque que de montrer qu’elle se fait fort décemment. N’empêche, j’encourage tout le monde à la signer: ces signatures électroniques-là vont peut-être leur permettre de continuer de rester en région et d’exercer un travail noble et salutaire à la préservation de la biodiversité.

avril 21, 2009

Petite Cassandre devant son mirroir

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 6:02  

If you actually do this, what really happens is Douglas Hofstadter appears and talks to you for eight hours about strange loops.

Il y quelques temps, après avoir été intrigué par un comic de xkcd, je suis tombé sur un article nommé « Bloody Mary in the Mirror: A Ritual Reflection of Pre-Pubescent Anxiety », par Alan Dundes. L’auteur y montrait les résultats d’une étude ethnologique: il avait interviewé aux États-Unis un certain nombre de femmes et de jeunes filles sur le rituel de « Bloody Mary », alias « Mary Worth », alias « Mary Jane », etc.

Le rituel change d’un endroit à l’autre, mais généralement, ça fonctionne un peu comme suit: l’enfant (généralement une fillette de 9 à 11 ans) va dans la salle de bain, fixe le miroir et appelle trois fois « Bloody Mary ». Une femme ensanglanté apparaît alors dans le mirroir – et comme dans le comic, elle peut s’attaquer à celle qui l’appelle ou lui faire une blessure sanglante.

L’interprétation de Dundes, c’est qu’il s’agit d’un rite de passage vers l’âge adulte et d’une appréhension des premières règles. La salle de bain évoquerait le lieu de ces premières règles, le miroir présentait une Mary ensanglantée ne ferait que refléter l’évènement qui se prépare dans le corps de la fillette. Le fait que ce rituel ne semble pas concerner les garçons semble confirmer l’interprétation.

En lisant cela, je fus pris d’une fascination morbide, une sorte d’excitation un peu semblable à celle que me causaient les nouvelles fantastiques de Maupassant. Il y avait cependant un peu plus: un des plus grand mystères de notre époque – sans doute le mieux occulté – est le secret de la différence de genre. Or cette histoire, bien qu’il fallait qu’elle me semble étrangère à ma réalité de jeune adulte mâle, m’étonne au-delà de cette distance: jamais je n’aurais cru la nature humaine capable de cela. Mon expérience d’anthropologue de bistro me dit que c’est dans ces aspérités qu’on trouve le filon.

Cepedant, trois gouttes de sang dans un mirroir sont bien peu d’indice pour trouver un des grands secrets de la chose féminine. Je dus m’en remettre au mystère. Mais hier soir, j’ai vu le film El laberinto del Fauno, dont le principal personnage est une fillette de 10-11 ans et se prénomme Ofelia. À un moment, la fillette s’enferme dans la salle de bain pour lire le livre magique que lui a remis le faune, qui a pour pouvoir ambigu de prédire l’avenir et, du même coup, de la guider dans sa quête. Lorsqu’elle l’ouvre, elle s’attend à ce qu’y apparaisse les consignes de sa prochaine épreuve, mais des tâches écarlates remplissent la page et coulent vers la reliure comme si le livre saignait abondemment. Comprenant que le livre vient de prédire de nouveaux ennuis avec la grossesse de sa mère, elle ouvre la porte et trouve sa mère titubant dans une robe pleine de sang.

La ressemblance de la scène avec Bloody Mary est frappante: la salle de bain, le livre qui remplit exactement le rôle du miroir, le sang, de surcroît sang de l’utérus. On peut donc prendre pour hypothèse qu’Ofelia vient de se faire révéler l’annonce de sa puberté. Or un des traits les plus évidents de ce film, c’est que la quête magique d’Ofelia ne se mêle jamais avec la guerre des adultes (l’histoire se passe au coeur même d’une bataille entre franquistes et brigades rouges): ce trait est sans cesse rappelé, que ce soit par la désapprobation de sa mère ou par les questions d’Ofelia à la servante avec qui elle se lie d’amitié. Ofelia, au moment même où elle doit devenir adulte, s’enfonce dans l’enfance.

Mais étrangement, cette quête, qui semblait devoir mener vers l’innocence éternelle se termine sur une scène tout aussi chargée symboliquement que la scène du livre ensanglanté: après avoir kidnappé son petit frère, elle refuse qu’il paie de son sang le prix pour qu’elle puisse accéder au royaume magique, et croit voir pour cette raison la porte vers celui-ci fermé à tout jamais. Elle se retourne et trouve en face d’elle son demi-père, qui, furieux, lui prend le bébé et la tue d’une balle de revolver. Ofelia tombe, sa main au dessus de la porte magique: de celle-ci coule quelques goutte de son sang. C’est ce sang-là, le sien, qui lui permet finalement d’accéder à son royaume merveilleux, et on a une image d’Ofelia, vêtu de vêtement royaux un monde fantastique. Puis le film se termine sur une image de la servante, inconsolable sur la dépouille ensanglantée de la fillette. À la suite du rapprochement avec Bloody Mary, comment ne pas y voir un symbole de la toute première menstruation, et une fabuleuse évocation du tragique et du merveilleux qu’elle porte?

Cette histoire évoque en moi toutes sortes de souvenir, de L’exorciste aux paroles d’une amie qui se plaignait que ses parents soient un peu endeuillés de la petite fille qu’elle était. Je n’ai pas tout lié comme il faut, mais je voudrais bien comprendre le fin mot de cette histoire. Un pan de matière empirique s’est dévoilé à moi, et je veux qu’il me livre ses secrets.

mars 29, 2009

Michael Ignatieff et le cannibalisme

Filed under: Uncategorized — mokawi @ 1:51  

Dans une classe universitaire, des étudiants de philo et de sciences po qui s’installent sur des pupitres qui sont beaucoup trop petits pour eux. On bavarde, comme ça se fait souvent, sur le mode de l’exagération: la vieille recette qui consiste à prendre une bonne théorie ou une bonne idée et à l’amener au bout de sa logique, là où elle devient loufoque. Et aujourd’hui, le loufoque, c’est le cannibalisme.

Un homme plus vieux entre, et prend la balle au bon pour se gauler d’un roi de l’Ancien Testament, qui louait les israelites de ne pas s’adonner au cannibalisme, comme s’il y avait là un grand prodige. Je trouve que le lien avec la conversation est un peu ténu. « Bof, après tout, c’est un politicien, » que je me dis: de fait, c’est Michael Ignatieff. « Il doit faire ça pour faire jovial. D’ailleurs, je crois que j’ai lu ce passage-là quand j’étais enfant. »

On s’asseoit, et pof, je me réveille dans mon lit.

Et vérification faite: google ne trouve pas de semblable passage, mais il y aurait au contraire un passage où le Seigneur demande à ses ouailles de bouffer leurs ennemis (Deutéronome 20:14).

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