Mokapop

juin 16, 2008

Chaotique copyright

Classé dans : Arts, Cultures, Politique — mokawi @ 12:55

J’ai fait un post l’autre jour sur cet article de Rasmus Fleisher sur l’avenir du copyright, mais il n’est apparemment pas sorti, et on s’en fout parce que je ne disais rien d’autres que d’aller le lire. Il y a eu deux réponses à date, une qui s’accordait globalement avec Fleisher, et une autre écrite par Doug Lichtman qui le critique de façon très acerbe.

Globalement, je suis très d’accord avec Fleisher. En fait, je suis probablement beaucoup plus anarchiste que m. Fleisher: je crois qu’il est grand temps non seulement d’arrêter d’étendre à tout prix la propriété intellectuelle sur internet, mais aussi de limiter son utilisation notamment dans les brevets. Ce n’est cependant pas de quoi je veux parler ici.

Lichtman critique Fleisher sur la base de deux arguments: 1) les pertes de revenu frapperaient davantage les artistes de « niche » (qui ne participent pas de la culture de masse), feraient baisser la diversité et la qualité artistique et 2) Fleisher ne donne pas vraiment de contrepartie de la culture de téléchargement.

En ce qui concerne le premier point, Lichtman ne nous donne aucune information sur la chose, mais il semble plutôt que ce soient les artistes mainstream qui y goûtent à date. Dans une émission de Bandeapart.fm (la radio alternative de Radio-Canada), on mentionnait qu’alors que les ventes chutaient dans l’industrie en général, les ventes de disques québécois augmentaient. Idem, comme le mentionnait Fleisher, pour les revenus des performances live. Par ailleurs, les artistes marginaux sont généralement très heureux de la diffusion que leur donne internet, diffusion que jamais les autres médias, beaucoup trop centralisés autour d’une culture de masse, n’avaient jamais pu leur donner. On voit même apparaître des groupes qui auraient sombré dans l’oubli avant internet: Les amis au Pakistan, par exemple.

Dans un monde où le net serait libre de copyrights, il faut le concéder à Lichtman, il serait sans doute plus difficile de lever les moyens pour les grosses productions, comme Spartacus et Halo. Mais c’est précisément des aspects de la culture mainstream qui souffriraient, et pas les pauvres de petits pauvres, comme le pense Lichtman.

Quand au deuxième point, rappelons que, selon la formule de Lichtman, la protection de la propriété intellectuelle vise à créer un climat favorable à la création. Or les artistes (du moins les musiciens, qui sont les plus touchés) sont précisément pour le téléchargement parce que ça leur donne davantage accès à du matériel inspirant, en plus bien sûr de se donner un large auditoire. Pour quelqu’un qui aime passionnément la musique, tout ce qui peut aider sa propagation est une bonne chose.

Comme le dit Pheek:

C’est pourquoi il faut revenir à ce qu’était notre but premier en faisant de la musique: avons-nous commencé à créer pour plaire, pour faire de l’argent, pour nous faire connaître ou parce que nous aimons faire de la musique?

[...]

Créer ne devrait pas être une histoire de couilles, mais bien d’avancement de l’art et d’embellissement, chacun à sa façon, de son entourage immédiat et lointain, sans vivre dans la peur de perdre ce qu’on a. Pensez-y, la musique qui se multiplie pour rejoindre un grand nombre de gens relève pratiquement du miracle et n’est, en fait, qu’une culture qui s’étale selon les goûts du moment. Ce n’est pas une perte, c’est la multiplication totale. Un rêve de réunir une foule, en un court laps de temps.

Le principe le plus élémentaire de l’art et de la connaissance, c’est qu’ils doivent être diffusés. Le copyright sur les médias physiques aidait à leur distribution, mais il joue le rôle inverse sur le net. C’est pourquoi, à terme, il devrait mourir.

juin 5, 2008

Rapport Bouchard-Taylor: La noblesse d’âme et la fierté d’être québécois

Classé dans : Politique — mokawi @ 3:55

Je prédisais que le rapport Bouchard-Taylor ne serait pas très aimé des médias, et que ces derniers vergeraient dessus à grand coups… Ça ne s’est pas passé. Somme toute, même les critiques des différents organismes nationalistes ont eu assez peu de couverture médiatique, et leurs appels à l’indignation ont eu assez peu d’échos. Même si il y a encore des intellectuels aux compétences douteuses pour s’époumoner dans la section « Opinions » du Devoir, leurs pamphlets contiennent plus d’insultes que de critiques. Même la critique de Pauline Marois, qui d’ailleurs ne reprochait pas grand chose à la commission, semble déjà oublié, perdue au milieu des petites crises récurrentes qui sont le fait toute opposition en santé.

L’a-t-on vraiment compris, ce rapport? Probablement pas. Bien qu’il soit écrit dans une langue très accessible, il est fait pour qu’on s’accorde à tous ses jugements. Le document dessine une philosophie de l’intégration qui est déjà celle du Québec, et qui est ancrée dans nos habitudes, dans notre sens commun. Les quelques jugements un peu intrépides qui s’y retrouve sont exprimés dans le cadre d’une pensée qui est déjà la nôtre.

Difficile donc, pour les médias, d’en dire quoi que ce soit d’intelligent. Le rapport a un profil si peu provocateur qu’on ne peut rien en dire.

Laïcité et « tord moral »

Mais le diable, comme d’habitude, est dans les détails. À témoin, le concept de « tord moral », exposé dans le chapitre sur la laïcité:

« … si donner de la viande à un patient dont la condition exige un menu végétarien équivaut à lui infliger un tort physique, forcer le végétarien, pour une question de principe, à manger de la viande revient à lui infliger un tort moral. On pourrait aussi dire que, dans un cas, la personne est soumise à une restriction physique, alors que, dans l’autre, elle l’est à une restriction « morale » ou « de conscience ». » - Rapport intégral de la commission, p.145

Le problème le plus évident dans ce concept de tord moral, c’est qu’il est difficile de définir une restriction de conscience dans la sphère publique. C’est une règle donnée à soi par soi, et il est trop facile, a priori de prétendre à une restriction de conscience qui permettrait de contrôler les autres. Cependant, ce genre de bluff tient mal le long terme, et il a fallu assez peu d’astuce pour réaliser que Said Jaziri agissait davantage pour se donner de l’importance que par restriction de conscience.

En revanche, ce genre de vision vient à l’encontre d’une vision que j’appellerais « le repas ». Prenez des gens de toutes origines et de tous âges, et mettez-les ensemble autour d’une table. Vous aurez sans doute plusieurs langues, plusieurs philosophie du repas et plusieurs restrictions de conscience différentes autour de la table. Afin de satisfaire tous les convives, il faudra sans doute une grande variété de plats. Si un convive ne suit pas les manière de table habituelles, vous n’en ferez pas un plat. La conversation va probablement sauter d’une langue à l’autre, généralement en préférant les langues plus communes comme l’anglais ou le français aux langues plus rares comme l’abénaquis ou le breton. Les sujets de conversations seront rassembleur, et les convives feront attention à ce que personne ne soit exclu.

Si un convive adopte une restriction de conscience radicale (par exemple, refuser que les autres mangent de la viande en sa présence), les autres essaieront de l’intégrer dans la dynamique du repas, en tâchant d’adopter le langage de sa conscience. En tâchant de penser comme lui ou elle, les autres se montrent vulnérables en ce sens qu’ils peuvent être convaincus, mais cette vulnérabilité est contre-balancée par la force du groupe. De l’autre côté, en tâchant de penser comme le convive réfractaire, ils font marque de respect, et le rende à la fois lui-même vulnérable parce que suivant sa logique, ils sont en mesure de donner des arguments convaincants.

Cependant, la restriction de conscience du végétarien est parfois tyrannique, car elle impose parfois de voir toute viande comme un cadavre, avec les règles de bienséance qui s’imposent. Si les convives croyaient vraiment que refuser de respecter ces règles en présence de ce végétarien consistait en un tord moral, ils chasseraient le végétarien comme un tyran: la notion de tord moral va donc à l’encontre de la philosophie du repas. Dans la philosophie du repas, il faudrait au contraire voir le fait de suivre ces règles d’une part comme un acte de générosité de la part des autres convives et une exception métaphysique à la règle qui veut que le monde ne se conforme jamais à ce qu’on voudrait de sa part, et d’autre part comme une stratégie pour intégrer le convive à la fête.

En toute honnêté, il y a toujours une forme de prescription dans la philosophie du repas, mais le sens de cette prescription est différend. D’un certain angle, c’est comme si les commissaires essayaient de forcer la générosité et l’intégration avec une contrainte de droit, ce qui n’est d’ailleurs pas représentatif du reste du rapport. Il ne faudrait pas qu’une générosité forcée, ce n’est plus de la générosité.

Stratégies d’intégration

Une des choses les moins vraies qui a été dite du rapport Bouchard-Taylor, c’est qu’il considérait les québécois « de souche » comme une minorité ethnique parmi d’autres. En fait, le rapport Bouchard-Taylor est concentré sur le phénomène d’accommodement, ce qui est naturel vu son mandat. Ce qui rend une image un peu croche: les groupes qui prennent existence dans un tel phare, ce sont le groupe affichant la différence et le groupe majoritaire qui n’a pas cette differentia specifica. Le premier groupe est souvent hassidique, sikh ou musulman, mais il varie. Le second en revanche, est toujours un ensemble de toute la société confronté à la demande d’accommodement. Il n’a pas vraiment d’identité sinon par opposition au groupe demandeur.

De là on peut arriver à deux perceptions fausses. On peut croire qu’aucun groupe ne représentant explicitement la majorité francophone, elle a été oubliée, ou plutôt elle n’est qu’une communauté ethnique parmi tant d’autres. Ou alors on peut penser que le groupe confronté à la demande d’accommodation est toujours un groupe de québécois de souche, et que de la sorte, ce sont toujours eux qui portent le fardeau de l’intégration. Dans l’une ou l’autre des lectures, le groupe majoritaire aurait été contraint au silence.

Il faut avoir lu très vite et très mal pour s’arrêter à cette conclusion. La vision de l’interculturalisme de Bouchard et Taylor est justement caractérisée par une culture commune forte, implicitement celle du Québec de souche. Le rapport souligne l’importance du français et l’importance de la communion autour de projets communs. Autrement dit, contrairement au multiculturalisme, l’interculturalisme est basé sur une intégration qui ne peut se faire que sous le leadership de la culture majoritaire.

C’est un aspect du rapport qui a été très peu souligné et qui explique certaines choses. D’abord, que le fardeau de l’accommodement semble échoir à la majorité francophone: le leadership implique davantage de responsabilité parce qu’il implique davantage de pouvoir. Après tout, les accommodements sont présentés comme des stratégies d’intégration.

Malaise identitaire et fierté nationale

Je dois cependant mettre un bémol. Robert Leroux, qui a fait un (assez mauvais) article sur le sujet dans Le Devoir, cite Gérard Bouchard s’exprimant sur l’interculturalisme en 1999:

« C’est une idée [l'interculturalisme] qui a déjà dix ou quinze ans, et à mon avis, c’est la proposition la plus intéressante. Elle m’intéresse à titre d’intellectuel ou de scientifique, et à titre de citoyen aussi. J’entends bien faire tout mon possible pour travailler à la promotion d’une idée comme celle-là, comme modèle d’arrangements des rapports collectifs dans la société québécoise. C’est un idéal très élevé, chargé de valeurs les plus nobles. » - Dialogue sur les pays neufs, p. 185

De fait, Bouchard est manifestement un tout petit peu aveuglé par la « noblesse » de l’idéal. En découle un optimisme un peu exagéré, et il mine le rapport au complet, qui a souvent l’air d’un merveilleux voyage au pays des « Câlinours ». Si le rapport de la commission a raison d’inviter à l’accommodement et au dialogue, s’il est vrai que ce sont des moyens légitimes d’intégration, je crois que Pauline Marois a touché juste en parlant du silence sur le « malaise identitaire ».

Cependant, et je crois que Mme Marois serait d’accord, le malaise identitaire n’est pas une recherche de l’identité: les québécois savent très bien qui ils sont. Le malaise, c’est qu’on ne sait pas ce que les autres cultures vont nous apporter. Et surtout, on ne sait pas si on va pouvoir conserver les valeurs qui nous sont chères si on doit jongler avec des règles tyranniques au nom de « tord moraux » dus à des « restrictions de conscience ». Le souvenir du pouvoir de l’église catholique est assez frais pour que le potentiel explosif d’une telle règle paraisse évident.

Pourquoi alors Bouchard et Taylor sont-ils tombés sous le charme des idéaux jusqu’à oublier cet aspect et jusqu’à proposer la notion de « tord moral » ? Je serais tenté de dire qu’ils aiment leur pays, et qu’à ce titre ils veulent lui donner les plus belles et les plus nobles qualités, pour continuer d’en être fier sans limite.

mai 24, 2008

Le test psychométrique - comment je me suis préparé

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 5:29

Il y a quelques semaines, je vous parlait de ma méfiance pour le test psychométrique. Je crois que c’est une méfiance partagée parce que le traffic sur le site a explosé. Je ne sais pas en revanche si mes visiteurs ont eu ce qu’ils voulaient: je soupçonne que, comme moi avant le test, ils voulaient se préparer.

La compagnie chargée des tests psychométriques (eh oui, l’Université Laval pas fait appel à ses propres psychologues) nous ont fait signer un papier comme quoi nous acceptions de ne pas parler du test. En revanche, je peux vous dire comment je me suis préparé et quelles démarches m’ont souri. Après tout, le test m’a valu au moins une bonne surprise, malgré un dossier du reste assez piteux, donc je suis peut-être à même de vous aider.

Première règle: connaissez le champ de bataille.

J’ai d’abord voulu savoir quel genre de test j’allais subir. J’ai donc ouvert mon fureteur et j’ai demandé à Google de me donner des pages où le sujet est abordé. Je n’en ai trouvé qu’une, qui nous donnait le format et la durée, ainsi que quelques indications en vue de la préparation. La source nous conseillait de lire sur le leadership participatif et sur le leadership directif. J’ai donc attaqué les bibliothèques avec deux objectifs: voir si je pourrais, à partir des données de ma source, avoir plus d’information sur le test, et me renseigner sur le leadership.

Dans les deux cas, j’ai ratissé large, mais je n’ai pas trouvé grand chose de précis. J’ai appris la différence, globalement, entre le leadership directif (style monarchique) et le leadership partagé (où tous les membres de l’équipe participent). J’ai aussi appris le fonctionnement global des tests. Généralement, il s’agit d’associer les questions à des traits de caractères (sociable, empathique, colérique, perfectionniste, etc.).

Deuxième règle: pensez comme votre examinateur

J’en ai donc déduit qu’il fallait que j’adopte une manière de penser particulière. Normalement, quand j’ai à prendre une décision, je me base sur l’ensemble des circonstances, je les soupèse rapidement et je tranche. Par exemple, s’il y a un conflit entre un collègue et notre patron, ma réaction va dépendre des circonstances. Si mon collègue est animé par la jalousie, je vais plutôt parler avec lui, afin de diriger ses amibitions là où elles sont productives. Mais si c’est un sentiment d’humiliation, le travail de conciliation sera davantage avec mon patron, afin de l’encourager à corriger son attitude. Donc si on me dit “il y a conflit entre votre patron et votre collègue, que faites-vous?”, je répond “ça dépend”.

Troisième règle: sachez qui vous êtes (ou qui vous devriez être)

Mais c’est exactement le genre de question que posent les tests psychométriques, et “ça dépend” n’est pas dans les choix de réponse. Le test est très loin de l’expérience pratique parce qu’il compte sur un aspect fondamental à la psychologie: la confession. Il y a quelque chose de gratifiant, de cathartique et de valorisant à avoir un discours sur soi-même. Or, le plus souvent, ce discours porte justement sur le genre qualificatifs qu’utilisent les tests psychométrique. Dès lors, on s’attend à ce que l’examiné ait fait un certain travail pour se positionner là-dessus.

Évidemment, tout le monde n’a pas fait ce travail préalable. Pour ma part, toutes mes tentatives de me donner des qualificatifs ont échoué. J’ai donc décidé de me créer un personnage de toute pièce avec les caractéristiques nécessaires. À partir de mes lectures (et des conseils d’un ami qui a fait son bac et sa maîtrise en psycho), j’ai élaboré ce personnage dans tous les aspects qui me semblaient susceptibles d’être controllés.

Je suis donc arrivé au test préparé, et les questions semblaient me dire d’elles-même le fonctionnement du test et j’ai pu déduire assez facilement les réponses qui me paraissaien les meilleures. Après le test, j’ai pris un carnet, et j’ai pris des notes en vue du prochain test psychométrique. Voilà. Bon test!

mai 21, 2008

Rapport Bouchard-Taylor et les médias: qui sait?

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 11:04

En prenant mes céréales matinales, j’ai cliqué sur un lien de Google News qui m’a envoyé sur cette page. Oui, messieurs dames, Valérie Dufour, du journal de Montréal utilise le vocable “les sages” pour parler de mm. Bouchard et Taylor (voir aussi ici)! Sa couverture est surtout une explication du rapport, et emploie de large citations du rapport. Moi qui disait hier que les journalistes allaient taper à pieds joints sur le rapport Bouchard-Taylor, j’espère qu’ils vont être nombreux à me prouver que j’ai tord.

Évidemment, c’est pas gagné. De son côté, le Devoir a bien entendu publié de nombreux billets très critiques envers ledit rapport dans sa section “Opinion”, mais n’a offert aucune autre couverture du sujet que les déclarations de Mario Dumont qui veut rouvrir le débat pour trouver la juste ligne entre l’aplatventrisme et l’ouverture (ayoye! il veut repartir pour une ronde de commission, lui?)

mai 20, 2008

Rapport Bouchard-Taylor: attendez-vous à voir les médias répliquer

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 3:59

Même si le rapport Bouchard-Taylor n’a pas été publié, la version préliminaire qui a trouvé le bureau de Jeff Heinrich est désormais disponible sur le site web de son employeur, The Gazette. Avec un examen très chaud dans quelques jours, je n’ai pas encore eu le temps de le lire, mais on peut déjà s’attendre à ce que les journalistes ne soient pas tendres à son égard. En effet, dès les premières pages, on peut lire qu’un chapitre sera consacré à l’écart entre la réalité et la perception:

Ce chapitre confronte la version « stéréotypée » des évènements liés aux accomodements (les perceptions répandues dans la population) avec la version « documentée » par ds chercheurs de la Commission. Il vise à montrer qu’il y a eu crise effectivement, mais pas dans la réalité des pratiques d’accomodement, seulement dans les esprits, dans les perceptions. Le rôle des médias est abordé, mais aussi celui de la rumeur populaire.

Malgré le langage très posé, le journaliste verra sans doute une critique à cette interprétation de crise des accomodements raisonnables. Même si la société est consciente du fait qu’elle ne peut espérer des journalistes qu’ils brossent un portrait exact des situations, les gens se font toujours une idée démesurée de ce qu’ils font eux-mêmes. Les journalistes sont convaincu d’être le mirroir transparent de ce qui se passe devant eux, et même s’ils sont conscient des ratées de leurs collègues et des systèmes médiatiques étrangers, leur fierté dépend de leur conviction de ne pas tomber dans ces écueuils. De sorte que même si Bouchard et Taylor ne croient pas attaquer le système médiatique québecois en mentionnant leur rôle dans la propagation de la crise des accomodements raisonnables, les journalistes vont se sentir ciblés.

Corrélat nécessaire de cette perception, les journalistes vont probablement répondre par une réaction assez habituelle dans cette profession où le silence est nécessaire (parce que comme chacun sait, les mirroirs ne parlent pas): le déni. Le déni est une attitude plus qu’une voix, et il est assez subtil pour passer plus ou moins inaperçu. Ce déni silencieux va passer par une croyance qui va rester sous-jacente dans toute la couverture du rapport: nous, les journalistes, avons adéquatement représenté la situation. Nous avons dit que les gens étaient préoccupés par les changements culturels imposés par l’immigration, donc les gens sont fondamentalement préoccupés par cela. Nous n’avons rien ommis, nous avons documenté ces perceptions par des cas réels.

Dès lors, lorsque Bouchard et Taylor affirment que les craintes ne sont pas fondées, ils attaquent indirectement le travail des journalistes.

Il y aura des exceptions: The Gazette a donné un couverture médiatique plutôt favorable au rapport, ce qui n’est pas très surprenant puisque les anglophones sont eux-même une minorité culturelle. Radio-Canada, quant à lui, suivra probablement sa ligne éditoriale assez socialiste, et qu’il a déjà affirmé en donnant la parole à Daniel Weinstock, un des intellectuels qui contribué à la commission Bouchard-Taylor. Mais globalement, les journalistes seront pris dans un conflit invisible, et le rapport aura mauvaise presse.

mai 18, 2008

Rome, Athènes, Sparte et les accomodements raisonnables

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 3:53

Bouchard et Taylor n’ont pas encore remis leur rapport qu’il essuie déjà le feu nourri de critiques francophones. De ceux qui ont lu le rapport préliminaire, certains en ont tiré l’impression que la majorité franco-québecoise était celle qui allait avoir le gros de l’adaptation à faire pour que la paix sociale et ethnique dont nous jouissons soit conservée.

De toute évidence, la question n’a pas fini de défrayer les manchettes. Et pour cause: elle est appelé à remplacer la question de l’indépendance du Québec. Les immigrants sont appelés à remplacer les anglo-canadiens comme menace culturelle numéro 1.

Vraiment? On pourrait penser que les immigrants sont trop “nous autres” pour être les anglais. Et pourtant, nous sommes tous canadiens. Ou alors que leur identité culturelle est trop fragmentée, ou encore qu’ils sont trop désireux d’apprendre le français et de s’intégrer pour poser une menace. Cependant, les anglos aussi ont une identité culturelle très effacée et sont généralement favorables à l’essort de notre culture, quitte à s’y intégrer. D’un côté comme de l’autre, la menace est théorique et ne soutient que très mal le test de la réalité. Que ce soit par les anglos ou les immigrants, nous sommes loins de perdre notre culture et notre identité.

La chose s’explique simplement par ce constat un peu décourageant: l’immigrant est la nouvelle menace intérieure, cet étrange lieu de l’imaginaire populaire qui semble nécessaire au sentiment national.

Cependant, il y a de bonnes raisons de résister à ce réflexe dans l’histoire de l’humanité. J’écoutais tantôt un podcast d’Isabelle Pafford, qui enseigne l’histoire de l’empire romain à l’université de Berkeley, et elle remarquait que la flexibilité de la citoyenneté romaine avait permis à Rome de dominer le monde sans jamais manquer de gens pour travailler à garder la mainmise sur ses sujets. Elle opposait l’exemple d’Athènes, mais celui de Sparte est sans doute encore plus éloquent.

En effet, Athènes a eu beau faire beaucoup de chichi autour de la citoyenneté des enfants de Périclès, elle a accueilli les Aristote, les Eudoxe et les Hippodamos de ce monde les bras grands ouverts, et s’est empressé de donner à Alexandre le Grand la citoyenneté lorsque celui-ci s’est présenté avec son armée. Sparte, en revanche, a exclu les étrangers de son système d’éducation et de ses rites culturels. Sparte est très vite devenu une sorte de theme park folklorique vivant des légendes sur son passé alors que ses habitants vivaient comme des athéniens, mais Athènes, en partageant volontiers son identité culturelle avec les étrangers et en acceptant qu’ils la façonnent avec eux, est resté le centre de la vie intellectuelle pendant une longue partie de l’ère romaine.

Bref: si le passé est garant de l’avenir, les immigrants ne sont pas tant un danger qu’une nécessité pour la survie de la culture franco-canadienne ou québecoise. C’est avec et par eux qu’on va briller et apporter notre contribution à l’humanité.

avril 23, 2008

Fans et keufs et la mauvaise foi

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 3:47

Devinez où j’étais hier soir? En charmante compagnie, dans un bar montréalais, à regarder le match. L’ambience était à l’ivresse collective, et par cela je ne veux pas dire que l’alcool compromettait les esprits, mais que tout en Montréal frémissait de joie et d’excitation à l’idée du match qui s’en venait. Il faut dire qu’il fait très beau à Montréal depuis quelque jours, et que le mercure est passé soudainement du point de congélation à une température de débardeur et de jupe courte. Dans de telles conditions, win or lose, on les aime nos Canadiens.

Mais après le but de Sergei, après la sirène finale, le triomphe de 5-0 a amené le petit peu d’énergie qu’il fallait pour amener le monde à l’euphorie. Les gens sortant du centre Bell ont sorti les klaxons, et on les a accueillis avec des acclamations, des chants et des cris. L’alcool a coulé, les jeunes ont dansé, bref le fun était dans la baraque. À un moment, les policiers sont arrivés gyrophares allumés et se sont arrêté près d’un groupe de jeunes qui acclamaient les voitures à la sortie d’un bar. Je ne sais vraiment pas ce qui leur a pris de sortir leurs gros sabots, mais tout le monde a cru qu’ils venaient mettre fin au party, et ils se sont fait huer très généreusement. Comme les policiers avaient dit qu’ils nous laisseraient festoyer, je crois que les gens ont cru qu’ils reniaient leur parole.

De mon côté, ça n’a pas dégénéré; ça ressemblait tout juste au quartier italien après la victoire en Coupe du Monde. Il faut dire que j’étais à l’UQAM, l’université hippie depuis sa création. Mais entre Peel et McKay, là où les émeutes ont eu lieu, on s’attend toujours à trouver des punks et des anglophones. Les premiers n’aiment pas beaucoup la police, et les seconds deviennent aggressifs dans l’ivresse. Même en temps normal, c’est le véritable « red light » de Montéal. Si les policiers ont eu autant de tact là-bas qu’à l’UQAM, je ne suis pas surpris qu’on se soit attaqué à eux.

Car c’est définitivement ce qui est arrivé: même si quelques vitrines ont été vandalisés, ce sont les policiers qui ont reçu les vrais coups.

Certains ont dit qu’il y avait un acte cathartique dans l’émeute d’hier soir. Je crois plutôt que c’est l’expression d’une véritable croyance en l’égalité: ce que disent les vandales, c’est que l’uniforme des policiers ne leur donne pas le droit de leur manquer de respect ou de se montrer de mauvaise foi.

avril 21, 2008

Mourir athée

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 5:22

Selon cet article de Libération, la ville espagnole de Rivas a ouvert une sorte de clinique légale dont un des rôles est d’aider ceux qui veulent l’apostasie (être enlevé des registres de l’Église). Selon Libération, ce service a beaucoup de succès. Mais ce qui est plus surprenant, c’est que beaucoup de gens qui la fréquente seraient des personnes âgées, qui veulent mourir en athées.

avril 18, 2008

Seulement au Québec

Classé dans : Politique — mokawi @ 8:30

Il y a une vieille tradition qui réunit tous les Canadiens hors de l’Ontario, qu’ils viennent du Québec, des maritimes ou de l’Ouest: c’est de dire du mal d’Ottawa et du gouvernement fédéral. À Gatineau, la moitié québecoise de la capitale nationale du Canada (il faut le préciser, parce Québec aime dire qu’elle est la capitale nationale du Québec!), la tendance est en revanche de plus en plus à chiâler contre le gouvernement provincial. Les gatinois, qui ne sont pas chiâleux de nature, commencent à réaliser que leurs hôpitaux et leurs écoles sont les pires de la province. La chose est assez surprenante, puisque la région est la plus prospère de la Belle Province, que sa population y est plutôt instruite, et que le coin est hospitalier, la nature, clémente, la ville, assez jolie et sécuritaire, etc. Et comme l’éducation et la santé sont les deux domaines où le gouvernement provincial a le plus de poid, l’équation a été assez facile à faire pour les gatinois: Québec nous délaisse.

J’aimerais cependant montrer un autre processus (de nature culturelle, celui-là) qui contribue peut-être à l’état de nos institutions provinciales, illustré par une règle et une anecdote. La règle, c’est la question de l’ancienneté: les syndicats québecois ont instauré dans les conventions collectives un article gérontocratique qui défie toute intelligence: si un poste est libéré et que deux personnes y appliquent, on donne priorité à celui qui y est depuis le plus longtemps. J’ai vu des absurdités semblables dans la branche québecoise du syndicat des commissionnaires, mais c’est le seul endroit où je l’ai vu dans les structures fédérales.

L’anecdote, c’est mon aventure avec la commission scolaire. Hier, je suis allé à l’école secondaire Mont-Bleu pour soumettre ma candidature comme suppléant avec un CV et une lettre. On me dit qu’il me faut un papier de la commission scolaire, qu’il faut que je m’y pointe avec mon DEC (équivalent du bac pour les français), et on me prend mon CV et ma lettre. « Ce n’est pas très long, m’assure-t-on, ils vont vous délivrer le papier sur place. »

Je me présente donc cet après-midi à la commission scolaire avec mon diplôme d’université et mes relevés de notes. Or, voilà, il me faut plus qu’un DEC, me dit-on. Ils veulent mes relevés de notes depuis le secondaire 5, mon CV, une lettre, tous mes diplômes post-secondaires et mon certificat de naissance. Je leur explique que je n’ai pas fait de secondaire 5 (j’ai fait l’équivalent français) et que l’université de Montréal (où j’ai tenté de faire ma maîtrise) rend l’obtention des relevés de notes difficile, alors on me répond que ce n’est pas grave, que ce que je peux obtenir va me suffire, et on me remet une liste des choses à emmener, où je peux constater qu’on demande trois ou quatre documents additionnels aux gens qui appliquent pour le poste de professeur, et encore deux ou trois documents additionnels pour ceux qui sont nés hors du Canada.

Je reviens une heure et demi plus tard à la commission scolaire, après avoir visité la maison de mes parents et mon appart, avec tout le patatra. J’attend (longtemps) devant un bureau désert, et la femme qui me répond finalement me dit que je devais apporter de photocopies de mes documents, pas des originaux. Je plonge mes yeux sur ma feuille, et effectivement, il est marqué en gras et souligné que la province de Québec veut des copies de mes documents.

« Je suis vraiment désolé, je n’ai pas de photocopieuse chez moi. Est-ce que je peux le faire avec la vôtre? » Et je pointe une photocopieuse dans le hall qui est resté silencieuse pendant tout le temps de mon attente.

« Je suis désolé, mais vous ne pouvez pas utiliser notre photocopieuse. Vous comprenez, on ne pourrait pas laisser tous les applicants l’utiliser, il y en a tant. » Je jette un regard derrière moi, instinctivement, comme pour regarder le fantôme d’applicant auquel elle fait référence. On est vendredi après-midi, le moment de la semaine où il y a le plus de chances de rencontrer un applicant, et je suis le seul qui ne travaille pas déjà pour la commission scolaire. Je ne peux m’empêcher de faire une référence peu gracieuse à François Pérusse: « C’est un petit peu Mickey Mouse ici.

- Pardon?

- Je veux dire que c’est organisé d’une manière étrange.

- Monsieur, normalement, quand vous allez à une entrevue d’embauche, vous emmenez des copies de vos papiers.

- Madame, quand je vais à une entrevue d’embauche, je ne me suis jamais fait refuser l’usage d’un photocopieur. »

Finalement, la dame accepte de faire une exception, et me donne ma paperasse sur place.

La fonction publique fédérale a toutes sortes de travers. Comme disait un de mes amis: « J’aimerais mieux me tirer une balle dans le crâne que de travailler là ». Cependant, même si l’absurdité des tâches est souvent déconcertante, les règlements le sont moins. Le gros bon sens anglo-saxon y règne, et c’est pour le mieux. La morale de cette histoire, c’est que tout gatinois normalement constituée préfèrera travailler pour le fédéral que pour le provincial si lui donne le choix. Le salaire, plutôt que d’atténuer cette tendance, l’exacerbe. Donc, les institutions provinciales outaouaise subissant la compétition des institutions fédérales pour l’embauche, elles ne peuvent qu’embaucher des gens globalement moins compétents, ce qui rend encore plus pesante l’absurdité bureaucratique de la fonction publique provinciale. Ce qui explique encore pourquoi les professionnels, et notamment les professionnels de la santé, émigrent tous vers d’autres cieux.

avril 6, 2008

Les Canadiens premiers!

Classé dans : Diversions — mokawi @ 7:33

Pour tous les européens, à l’exception d’Antoine: les Canadiens (l’équipe de hockey) sont premiers dans la conférence de l’est! Enfin, ils seront peut-être rattrapés par les Penguins demain, mais ils seraient quand même champions de leur division (le tiers d’une conférence, qui est la moitié de la ligue).

Pour bien vous faire apprécier l’importance sociologique de ce fait, sachez que Hockey News, LA référence en hockey, prédisait qu’ils seraient parmi les pires équipes de la ligue, et que même les journalistes québécois s’attendaient à ce qu’ils ne fassent pas les séries. Ajoutez à cela le fait que la dernière fois que les Canadiens ont remporté leur division, il gagné la coupe Stanley, que cette équipe, qui gagné 24 coupes Stanley en 98 ans, n’en a remporté aucune depuis 1993, et vous avez une idée de l’importance que ça revêt. Apprenez encore qu’ils jouent à guichet fermé depuis trois, date d’entrée en vigueur des nouveaux règlements (qui rendent le jeu plus rapide et moins violent), et que même les salles d’urgence sont beaucoup plus tranquilles les soirs de match, et vous comprenez un peu l’ampleur de la chose. Ce printemps, tout le monde va s’habiller en rouge.

Mieux encore, les séries s’annoncent longues, et surtout captivantes. Évidemment, c’est ce à quoi on s’attend lorsqu’une équipe est première, mais les paires d’opposants sont très avantageuses. En première ronde, ce sont les Bruins, qui ont perdu leur 11 derniers matchs contre Montréal, et qui ont une rivalité très ancienne avec le CH. Pour la deuxième ronde, ce sont les Caps, les Rangers ou les Flyers. Des équipes avec des grosses étoiles, mais qui devraient perdre en 6 ou 7. Et enfin, on aura peut-être droit au Penguins de Sydney et Evgeni avant d’affronter l’ouest. Bref, on va avoir du bon hockey, rapide, créatif, émotif, du début à la fin.

Montréal est l’équipe de l’Ouest qui a le plus de chance se rendre loin en séries; le parcours des Penguins va vraisemblablement être plus difficile, ne serait-ce que parce que parce que la série contre les Flyers est la plus incertaine de la première ronde dans l’Est. Mais il reste plus probable qu’une équipe qui n’est pas les Canadiens se rende en finale qu’autrement. Donc ne rangez pas vos chapelet.

Mais si tout va bien, il va y avoir une émeute à Montréal en juin.

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