Mokapop

juin 28, 2009

Checkvist

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 7:41

Je viens de trouver un truc très bien en matières d’outliner: Checkvist. En matière d’interface, c’est le summum: simple, pratique, rapide, avec des raccourcis (un panneau à droite dit quels ils sont). Il exporte en opml, html, wiki, texte, format imprimable, et importe dans les mêmes formats, et permet la coopération sur un document. Et, ô joie, on peut aller chercher une sortie avec curl:

curl -u username:password http://checkvist.com/checklists/14537.txt?export_status=true&export_notes=true&

Où username est votre pseudo et password votre mot de passe, et où vous remplacez “14537″ par le numéro de votre liste (c’est dans l’url).

mai 19, 2009

Pourquoi BIXI ne fonctionnera pas

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 5:00

Parce que c’est tout simplement hors de prix, voilà pourquoi. Voici le tarif:

Un tarif un peu... intense!

78$… c’est un peu plus que ce que j’ai payé pour mon vélo. Je m’en sers depuis 5 ans, et je n’ai jamais eu à payer d’autre frais, ni à craindre d’avoir à payer pour l’utiliser plus de 30 minutes, ni à chercher de borne de stationnement. J’ai dû passer à boutique de vélo 4 fois, dont deux à cause de pneus crevés et une parce qu’un conducteur m’est rentré dedans, et à chaque fois, ça m’a couté moins de 30$. Et qu’a-t-on pour 78$ par an? Je ne sais pas, mais le site mentionne qu’on est responsable du vélo… peu importe ce que ça signifie.

Sérieusement, c’est pour qui cette folie? Qui peut bien vouloir payer si cher pour si peu? Pas le touriste conventionnel, parce qu’il chercherait les borne de stationnement, et que le métro, de toute façon, c’est plus simple. Mais en tout cas, ce n’est pas rentable si on l’utilise plus qu’un mois. Peut-être un touriste culturel qui veut découvrir la vie montréalaise et louer son propre logement, mais qui ne reste que le temps de s’immerger. Ou peut-être n’est-ce qu’une façon très glamour de gaspiller l’argent des contribuables tout en se faisant du capital politique.

mai 17, 2009

Bas Van Fraassen: Rockstar Philosopher

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 2:51

La plupart du temps, les site de professeurs, quoique très instructifs et faciles à digérer pour les navigateurs, sont assez classiques. Fond blancs, polices à sérif standard, généralement pas de photos; tout au plus une liste de liens sur la gauche pour voir les publications, les projets de recherche, etc.

Mais pas Bas Van Fraassen, le grand philosophe des sciences. La première page de son site web nous dit clairement « Here’s your daddy, bitches! », avec un air de parrain de la drogue ou de star de musique. Mais contrairement à ces sombres personnages, il a peut-être de bonnes raisons de se vanter. Par ailleurs, je conseille vivement la page sur ses chats, qui est certes moins flamboyante, mais qui reste assez colorée.

Only in California, baby.

mai 2, 2009

Pétition pour la chasse au phoques

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 9:44

Parmi les merveilleuses choses sur cette planète qui me mettent positivement hors de moi, le succès de la guerre de Brigitte Bardot contre la chasse aux phoques est certainement quelque part dans le peloton de tête. Certes, l’essence philosophique de l’activisme animaliste n’est certainement pas la préservation de la Nature ou de la biodiversité, mais de prendre la défense d’un animal parce que ses bébés sont adorables, et parce que leur abattage déverse le sang rouge sur la neige blanche, ça me dépasse complètement. Qu’une poignée de matantes puissent le faire, passe encore, mais que les gouvernements européens s’y mettent, je ne comprend pas.

Le phoque n’est certainement pas en voie d’instinction, bien au contraire: en fait, c’est plutôt son explosion démographique qui a inquiété ces dernières années, parce qu’elle menace l’écosystème arctique. Mais les images ont la vie dure, et les chasseurs, de plus en plus inventifs dans leurs efforts pour revaloriser leur gagne-pain, ont décidé de lancer une pétition en faveur d’une chasse au phoque « éthique », suivant une sorte de déclaration universelle.

Évidemment, il ne s’agit pas tant de changer la chasse au phoque que de montrer qu’elle se fait fort décemment. N’empêche, j’encourage tout le monde à la signer: ces signatures électroniques-là vont peut-être leur permettre de continuer de rester en région et d’exercer un travail noble et salutaire à la préservation de la biodiversité.

avril 21, 2009

Petite Cassandre devant son mirroir

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 6:02

If you actually do this, what really happens is Douglas Hofstadter appears and talks to you for eight hours about strange loops.

Il y quelques temps, après avoir été intrigué par un comic de xkcd, je suis tombé sur un article nommé « Bloody Mary in the Mirror: A Ritual Reflection of Pre-Pubescent Anxiety », par Alan Dundes. L’auteur y montrait les résultats d’une étude ethnologique: il avait interviewé aux États-Unis un certain nombre de femmes et de jeunes filles sur le rituel de « Bloody Mary », alias « Mary Worth », alias « Mary Jane », etc.

Le rituel change d’un endroit à l’autre, mais généralement, ça fonctionne un peu comme suit: l’enfant (généralement une fillette de 9 à 11 ans) va dans la salle de bain, fixe le miroir et appelle trois fois « Bloody Mary ». Une femme ensanglanté apparaît alors dans le mirroir – et comme dans le comic, elle peut s’attaquer à celle qui l’appelle ou lui faire une blessure sanglante.

L’interprétation de Dundes, c’est qu’il s’agit d’un rite de passage vers l’âge adulte et d’une appréhension des premières règles. La salle de bain évoquerait le lieu de ces premières règles, le miroir présentait une Mary ensanglantée ne ferait que refléter l’évènement qui se prépare dans le corps de la fillette. Le fait que ce rituel ne semble pas concerner les garçons semble confirmer l’interprétation.

En lisant cela, je fus pris d’une fascination morbide, une sorte d’excitation un peu semblable à celle que me causaient les nouvelles fantastiques de Maupassant. Il y avait cependant un peu plus: un des plus grand mystères de notre époque – sans doute le mieux occulté – est le secret de la différence de genre. Or cette histoire, bien qu’il fallait qu’elle me semble étrangère à ma réalité de jeune adulte mâle, m’étonne au-delà de cette distance: jamais je n’aurais cru la nature humaine capable de cela. Mon expérience d’anthropologue de bistro me dit que c’est dans ces aspérités qu’on trouve le filon.

Cepedant, trois gouttes de sang dans un mirroir sont bien peu d’indice pour trouver un des grands secrets de la chose féminine. Je dus m’en remettre au mystère. Mais hier soir, j’ai vu le film El laberinto del Fauno, dont le principal personnage est une fillette de 10-11 ans et se prénomme Ofelia. À un moment, la fillette s’enferme dans la salle de bain pour lire le livre magique que lui a remis le faune, qui a pour pouvoir ambigu de prédire l’avenir et, du même coup, de la guider dans sa quête. Lorsqu’elle l’ouvre, elle s’attend à ce qu’y apparaisse les consignes de sa prochaine épreuve, mais des tâches écarlates remplissent la page et coulent vers la reliure comme si le livre saignait abondemment. Comprenant que le livre vient de prédire de nouveaux ennuis avec la grossesse de sa mère, elle ouvre la porte et trouve sa mère titubant dans une robe pleine de sang.

La ressemblance de la scène avec Bloody Mary est frappante: la salle de bain, le livre qui remplit exactement le rôle du miroir, le sang, de surcroît sang de l’utérus. On peut donc prendre pour hypothèse qu’Ofelia vient de se faire révéler l’annonce de sa puberté. Or un des traits les plus évidents de ce film, c’est que la quête magique d’Ofelia ne se mêle jamais avec la guerre des adultes (l’histoire se passe au coeur même d’une bataille entre franquistes et brigades rouges): ce trait est sans cesse rappelé, que ce soit par la désapprobation de sa mère ou par les questions d’Ofelia à la servante avec qui elle se lie d’amitié. Ofelia, au moment même où elle doit devenir adulte, s’enfonce dans l’enfance.

Mais étrangement, cette quête, qui semblait devoir mener vers l’innocence éternelle se termine sur une scène tout aussi chargée symboliquement que la scène du livre ensanglanté: après avoir kidnappé son petit frère, elle refuse qu’il paie de son sang le prix pour qu’elle puisse accéder au royaume magique, et croit voir pour cette raison la porte vers celui-ci fermé à tout jamais. Elle se retourne et trouve en face d’elle son demi-père, qui, furieux, lui prend le bébé et la tue d’une balle de revolver. Ofelia tombe, sa main au dessus de la porte magique: de celle-ci coule quelques goutte de son sang. C’est ce sang-là, le sien, qui lui permet finalement d’accéder à son royaume merveilleux, et on a une image d’Ofelia, vêtu de vêtement royaux un monde fantastique. Puis le film se termine sur une image de la servante, inconsolable sur la dépouille ensanglantée de la fillette. À la suite du rapprochement avec Bloody Mary, comment ne pas y voir un symbole de la toute première menstruation, et une fabuleuse évocation du tragique et du merveilleux qu’elle porte?

Cette histoire évoque en moi toutes sortes de souvenir, de L’exorciste aux paroles d’une amie qui se plaignait que ses parents soient un peu endeuillés de la petite fille qu’elle était. Je n’ai pas tout lié comme il faut, mais je voudrais bien comprendre le fin mot de cette histoire. Un pan de matière empirique s’est dévoilé à moi, et je veux qu’il me livre ses secrets.

mars 29, 2009

Michael Ignatieff et le cannibalisme

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 1:51

Dans une classe universitaire, des étudiants de philo et de sciences po qui s’installent sur des pupitres qui sont beaucoup trop petits pour eux. On bavarde, comme ça se fait souvent, sur le mode de l’exagération: la vieille recette qui consiste à prendre une bonne théorie ou une bonne idée et à l’amener au bout de sa logique, là où elle devient loufoque. Et aujourd’hui, le loufoque, c’est le cannibalisme.

Un homme plus vieux entre, et prend la balle au bon pour se gauler d’un roi de l’Ancien Testament, qui louait les israelites de ne pas s’adonner au cannibalisme, comme s’il y avait là un grand prodige. Je trouve que le lien avec la conversation est un peu ténu. « Bof, après tout, c’est un politicien, » que je me dis: de fait, c’est Michael Ignatieff. « Il doit faire ça pour faire jovial. D’ailleurs, je crois que j’ai lu ce passage-là quand j’étais enfant. »

On s’asseoit, et pof, je me réveille dans mon lit.

Et vérification faite: google ne trouve pas de semblable passage, mais il y aurait au contraire un passage où le Seigneur demande à ses ouailles de bouffer leurs ennemis (Deutéronome 20:14).

mars 3, 2009

Nuit de la philo – HusserlSIM

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 6:16

Pour les gens qui ont la chance d’être à Montréal les 20 et 21 mars, c’est la Nuit de la philo! Eh oui, et je vais inaugurer l’évènement (avec une bonne dizaine de collègues, à vrai dire) avec une présentation sur Husserl!

Je vais présenter sur les Méditations cartésiennes, qui est une série de conférences que Husserl à Paris et qui tente de refaire le parcours de Descartes dans ses propres Meditationes: il essaie d’évacuer toute connaissance qui n’est pas absolument certaine, et de reconstruire les sciences à partir de presque rien. Pour illustrer ça, je vais avoir fait une belle simulation, et on va pouvoir voir si des homoncules de silicones se comportent comme Husserl le prédisait dans un monde tel qu’il le décrivait… Bref, c’est à 10h le vendredi 20 mars, au local R-M140.

Que vous veniez ou non à ma présentation, ne ratez pas la nuit de la philo: c’est vraiment magique. Il y en a pour tous les goûts, et les gens se donnent beaucoup de liberté pour ces présentations-là, et ils présentent typiquement des trucs à la fine pointe de la philo.

février 27, 2009

Adaline sur Maxima

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 7:33

Un truc absolument fascinant que je fais ces temps-ci, ce sont des réseaux de neurones. Je suis très chanceux: Sylvain Chartier, un prof du département de psychologie, a été assez impressionné par mon travail dans son cours de perception pour me proposer de me guider dans la découverte de réseaux cognitifs (il faut dire que je lui avais pondu un réseau d’environ 3500 neurones, un truc incalculable). Cette semaine, je fais du Hopfield, et la semaine dernière, c’était un réseau Adaline.

Je vais peut-être migrer vers Mathématica, mais comme le logiciel de Wolfram prenait trop de place pour mon Eee PC, je fonctionne encore sur Maxima, un équivalent open-source beaucoup plus léger.

Bref, voici mon script Adaline en Maxima, avec quelques fonctions graphiques pour représenter le résultat. Dès que je l’aurai fait, je vous montrerai mon Hopfield.

load(draw);
f1(a,b,c) := a-2*b+c;
tf(a,b,c) := if f1(a,b,c) > 0 then 1 else -1;

matsize:3;
r[x,y]:=random(1.0);
b:random(1.0);
w:genmatrix(r,3,1);
alpha:0.1;
bstep:0.1;

wchgtol:0.05;
lgestwchg:1;

for i: 1 while lgestwchg > wchgtol do (
wold:w,
for j: 0 thru 1.0 step bstep do
for k: 0 thru 1.0 step bstep do
for l: 0 thru 1.0 step bstep do (
x:matrix([j,k,l]),
t:tf(j,k,l),

y:b+(x.w),

dif:alpha*(t-y),

b:b+dif,

maxdif:0,
for m:1 thru matsize do if maxdif < x[1,m]*dif then maxdif:x[1,m]*dif,

w:w+transpose(x)*dif
),
lwchg: 0,
for j:1 thru matsize do if lwchg < abs(w[j,1]-wold[j,1]) then lwchg:abs(w[j,1]-wold[j,1]),
display(lwchg),
lgestwchg:lwchg );

redfn(a,c,d):= b+matrix([a,c,d]).w;
display(w);
draw3d( explicit(tf(u,v,1),u,-1,1,v,-1,1),explicit(redfn(u,v,1),u,-1,1,v,-1,1), columns=2);
draw3d( explicit(tf(u,1,v),u,-1,1,v,-1,1),explicit(redfn(u,1,v),u,-1,1,v,-1,1), columns=2);
draw3d( explicit(tf(1,u,v),u,-1,1,v,-1,1),explicit(redfn(1,u,v),u,-1,1,v,-1,1), columns=2);

février 24, 2009

Boulot et maladie mentale

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 3:45

C’est un peu poche. Je voulais commenter sur le blog de Lily, et malheureusement, on dirait qu’il y a un problème avec Blogger, parce que le vérificateur ne donne pas l’image habituelle, mais un “Loading…” qui ne disparaît pas – que ce soit sur Firefox, Konqueror ou Opera. Comme j’étais pas loin d’avoir de l’esprit, je partage:

Les lectures et les révisions nous font découvrir notre ADD intérieur. Pour les dissertations, c’est notre OCD profond – sauf que quand on les lit, on réalise qu’on est probablement autiste ou légèrement retardé ou les deux. Et enfin, en faisant une thèse, on devient bipolaire et entre chaque phase manique on passe par les cinq étapes du deuil (déni, colère, négociation, dépression, angoisse).

février 20, 2009

Les belles-soeurs, Denys Arcand et l’autocritique des québécois

Classé dans : Uncategorized — mokawi @ 5:54

Je suis dans l’autobus qui m’amène de Montréal à Ottawa, et je lis pour la toute première fois Les Belle-soeurs de Michel Tremblay en vue d’un cours de français que je donne demain soir.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a là quelque chose. Le mélange d’horreur, de gaité, de désespoir et de rire est accompli avec un art, une précision et une subtilité rare. Pratiquement toutes les lectures que mon prof de français du cégep nous avait donné jouaient le jeu de l’aigre-doux, mais la pièce de Tremblay est un canon dans le genre.

Ceci dit, quoique les contemporains de Tremblay en aient vanté le réalisme, il y a quelque chose qui sonne tout à fait faux: l’absence d’espoir (je ne dirai pas le désespoir, car l’auteur a eu la subtilité de le cacher pour le faire briller par son absence). Tous les personnages ont en eux quelque chose qui les maintient, sur un aspect (et généralement un aspect seulement), au-dessus de la médiocrité, mais cette vertu est risible au regard des vices qui l’entourent, de sorte qu’elle ne sert qu’à mettre l’emphase sur ces derniers. Il en résulte donc que la misère dans laquelle ils sont plongés apparaît comme intrinsèque aux protagonistes et inextricable de leur ethos. Les belles-soeurs auraient beau vivre dans un château, elles seraient encore misérable, elles engendreraient des enfants tout aussi méchants que leurs parents, et personne ne pourrait sortir de sa médiocrité.

Comment la pièce peut-elle bien avoir été reçue comme « réaliste » dans de telles conditions? Comment les gens ont-ils pu voir cette pièce et se dire « Ça, c’est bien nous! » ? On a souvent parlé de la tendance des québécois à se croire moindre qu’ils le sont vraiment. À lire la réaction des gens aux Belles-soeurs, je me dis que ce devait effectivement être le cas dans les années 60.

Mais ma propre réaction, qui consiste à voir une hyperbole là où mes aînés ont vu un portrait fidèle (à témoin André Major, du Devoir, qui commençait sa critique avec cette citation de Voltaire: « l’écriture est la peinture de la voix; plus elle est ressemblante, meilleure elle est »), m’indique que l’auto-dévaluation des québecois n’est peut-être plus ce qu’elle était. D’ailleurs, le débat sur le joual qui a suivi la présentation des Belles-soeurs en est un autre témoin: il serait difficile de trouver dans les générations X et Y le moindre intérêt pour la défense du « bien parler français », de sorte que la défense du joual tient de nos jours davantage d’un goût du folklore que d’une appropriation de la langue.

En ce sens, l’oeuvre représentative de nos temps serait probablement Les invasions barbares de Denys Arcand: là, le discours d’auto-dévaluation est retourné, et perd à son tour son sens. En effet, Rémi a beau regretter sa médiocrité, quelle crédibilité a-t-il quand tout son entourage semble témoigner de sa réussite? Entre ses flammes épleurées, ses enfants brillant, sa femme aimante, ses amis fidèles, peut-on vraiment le trouver minable? Le discours de Rémi tombe de lui-même d’une assertion empirique sur soi (et, par extension, sur le nous) à un jugement existentiel, à savoir pourquoi la primauté (et un peu l’éternité) du je transcendantal ne se traduit pas par une primauté (et un peu une éternité) du je de l’expérience.

Il y a cependant un bémol à mettre là-dessus. Lorsqu’il parle de sa génération et de son monde, Denys Arcand est un maître, mais lorsqu’il parle de la génération suivante, il est dans les brumes. Qu’il applique ainsi sa propre vision ou celle des parents, il dépeint le monde des enfants comme un univers sombre et mystérieux, parfois vertigineux (comme dans les hauteurs de la finance ou au milieu des mers), parfois enivrant (la drogue et les jeux vidéo) mais dont ressort toujours le vice d’un plaisir charnel dénué de sens.

Cette critique puritaine subsiste dans L’âge des ténèbres, où elle en vient à s’adresse à toute la société. Certes, Arcand est un pessimiste comme on n’en trouve très peu. Cependant, ses préoccupations (l’authenticité, le retour à un monde empreint d’un sens qui est nôtre) sont aussi celles des québécois, et particulièrement de ma génération, qui marque un retour affirmé à ses racines. Or pour se permettre un retour aux racines, ne faut-il pas se sentir assuré quant à sa propre valeur?

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